18 août.

De bon matin, un Targui m’amène un enfant parent de Si ’Othman, qui est

affecté d’un œdème très avancé provenant d’un anévrisme du cœur. Cet

enfant, âgé de 12 ans, fait mal à voir ; outre sa maladie qui l’a rendu

presque impotent, et qui a répandu une couleur jaune uniforme sur ses

chairs molles, il a eu encore dernièrement la petite vérole, qui a

laissé sur lui des traces profondes. Je déclare après l’examen que,

lorsque Si ’Othman viendra, je lui dirai mon avis sur la maladie. Je

crains toujours que les gens ignorants ne pensent que j’ai le remède de

telle ou telle maladie et que je ne veux pas la guérir.

Quelque temps après, je reçois la visite bienvenue de trois dames

targuies, l’une d’elles est jeune, assez grande et d’une blancheur

rare ; elle est de plus très bien peignée. Sa coiffure est, sur le

devant, identique à nos bandeaux plats d’Europe, mais ces derniers se

terminent derrière les oreilles par deux nattes courtes et épaisses. Les

ornements de ces Targuiāt sont sobres ; la belle porte trois légers

bracelets à chaque bras ; le tout est de bon goût et serait bien vu en

Europe. Ainsi ce ne sont plus les ornements grossiers des Arabes.

La conversation roule sur très peu de choses parce que ces dames me font

la malice de prétendre ne pas comprendre l’arabe, de sorte que je suis à

m’éreinter à chercher de rares expressions dans le cinquième volume du

Dr Barth. — Elles partent d’un éclat de rire formidable quand je

parviens à leur désigner « ulhi »[256] et « teraouen »[257] comme étant

le siège primitif de la maladie du jeune Targui qui est le frère de

l’une d’elles. Lorsque nous étions ainsi aux prises, arrive Si’Othman

qui, en voyant les Targuiāt, s’écrie : « Bism Illah er Rahman er

Rahim », expression que les Touareg emploient lorsqu’ils sont affectés

d’une surprise pénible. Nous parlons de nos affaires et, pendant ce

temps, les Targuiāt veulent s’en aller ; l’une d’elles retrouve son

arabe pour me demander du tabac. Je leur dis que je n’en ai pas, mais

que, si elles veulent bien revenir, j’espère être plus riche.

Aujourd’hui, on vend au marché tous les moutons qui sont arrivés hier.

Le cheikh Ali me dit qu’on en vend quelquefois 300 en un seul jour. Les

occasions sont si rares que l’on fait ses provisions. Le même homme me

raconte qu’à la dernière vente il acheta trois moutons, que cinq jours

après il en vendit deux, et qu’il eut le troisième pour profit de sa

spéculation. J’achète un mouton, hier j’en avais acheté un autre

engraissé en ville. Les moutons se vendent, comme du reste tout ce qui

passe sur le marché, par l’entremise de « dellāl », crieurs, et tout est

cédé à l’enchère. Les principaux marchands, et en général tous ceux qui

ont besoin de quelques-uns des articles en vente, se tiennent assis

autour du marché ; et les crieurs passent en exposant la marchandise et

en indiquant le dernier prix offert.

J’apprends qu’autrefois, les Ouled Hamed d’El-Ouad prélevaient un petit

tribut, « ghefara », sur les marchands de Ghadāmès qui passaient par le

Souf se rendant à Tunis ; depuis l’occupation française, cela n’a plus

lieu.

Autrefois, la route de Ghadāmès à Gabès était très fréquentée,

maintenant personne ne fait plus ce voyage de crainte des Ourghemma. Je

vois plusieurs Ghadāmsia qui ont fait chacun une demi-douzaine de fois

cette route.

Les nouvelles d’Ikhenoukhen sont qu’il est arrivé à Māsīn avec ses

chameaux altérés (les puits de cette région sont presque tous à sec

cette année). A Māsīn, ils ont trouvé le puisard contenant très peu

d’eau (le mot Māsīn ne signifie pas autre chose) ; il faut qu’il

séjourne là jusqu’à ce que les chameaux aient bu pour pouvoir franchir

les dernières étapes jusqu’à Ghadāmès. Le puits d’Inguelzām[258] est

aussi tari.

Toujours des difficultés pour trouver des légumes et des fruits. Santé

parfaite.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 173 / 241 题