17 août.

Ihemma, le petit bandit targui qui accompagnait Si ’Othman, m’apporte

quelques lignes de tefinagh que m’ont écrites ses sœurs auxquelles

j’avais envoyé à chacune un miroir.

Je vais voir le marché qui a lieu toutes les semaines à pareil jour. Il

a lieu immédiatement après la prière à la mosquée au dohor. On prend ses

places d’avance ; le moudir m’a envoyé deux soldats qui sont postés à

côté de moi pour écarter les badauds. Je vois arriver le moudir, avec

son page abyssin et ses longs pistolets, puis le qawwas ; ils entrent

dans la mosquée par une porte à part donnant sur le marché. La prière ne

dure qu’un instant ; je suis ensuite rejoint par le cheikh de la ville

(Cheikh Ali) et il se rassemble autour de moi plusieurs Ghadāmsia, entre

autres Abd el Aziz, bel homme à barbe grisonnante et à beaux vêtements,

qui connaît de vue Tombouctou, Oualata, Tichit, le Soudan et le Touat,

ainsi que les pays intermédiaires. C’est un homme intelligent et

d’autant plus poli qu’il connaît Tunis et Tripoli. Nous nous tenons sous

un corridor, près de la boutique du gomrekdji[254]. Nous voyons passer

beaucoup de Touareg, dont plusieurs sont d’une taille colossale.

Quelques-uns me saluent ; d’autres me regardent et passent ; deux

Sakomāren[255] seulement se permettent de dire : « Fi ! c’est lui qui a

amené Cheikh Othman ». Mais cette parole de la bouche d’Imrhad n’a pas

beaucoup de poids.

Le marché n’est pas brillant ; on y vend des cotonnades anglaises et

maltaises, des étoffes de coton bleu à rayons rouges, du Soudan, dont

les unes servent de couverture et les autres de vêtements de dessus aux

femmes de Ghadāmès. On vend quelques fusils, des chameaux et un coffre.

On me dit que d’ordinaire le marché est plus beau.

Les Sakomaren qui sont ici sont des chameliers qui doivent amener au

Touat la grande caravane des Ghadāmsia dont les bagages sont déjà

exposés hors de la ville en attendant que les affaires soient arrangées

avec Ikhenoukhen.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 172 / 241 题