Ihemma, le petit bandit targui qui accompagnait Si ’Othman, m’apporte
quelques lignes de tefinagh que m’ont écrites ses sœurs auxquelles
j’avais envoyé à chacune un miroir.
Je vais voir le marché qui a lieu toutes les semaines à pareil jour. Il
a lieu immédiatement après la prière à la mosquée au dohor. On prend ses
places d’avance ; le moudir m’a envoyé deux soldats qui sont postés à
côté de moi pour écarter les badauds. Je vois arriver le moudir, avec
son page abyssin et ses longs pistolets, puis le qawwas ; ils entrent
dans la mosquée par une porte à part donnant sur le marché. La prière ne
dure qu’un instant ; je suis ensuite rejoint par le cheikh de la ville
(Cheikh Ali) et il se rassemble autour de moi plusieurs Ghadāmsia, entre
autres Abd el Aziz, bel homme à barbe grisonnante et à beaux vêtements,
qui connaît de vue Tombouctou, Oualata, Tichit, le Soudan et le Touat,
ainsi que les pays intermédiaires. C’est un homme intelligent et
d’autant plus poli qu’il connaît Tunis et Tripoli. Nous nous tenons sous
un corridor, près de la boutique du gomrekdji[254]. Nous voyons passer
beaucoup de Touareg, dont plusieurs sont d’une taille colossale.
Quelques-uns me saluent ; d’autres me regardent et passent ; deux
Sakomāren[255] seulement se permettent de dire : « Fi ! c’est lui qui a
amené Cheikh Othman ». Mais cette parole de la bouche d’Imrhad n’a pas
beaucoup de poids.
Le marché n’est pas brillant ; on y vend des cotonnades anglaises et
maltaises, des étoffes de coton bleu à rayons rouges, du Soudan, dont
les unes servent de couverture et les autres de vêtements de dessus aux
femmes de Ghadāmès. On vend quelques fusils, des chameaux et un coffre.
On me dit que d’ordinaire le marché est plus beau.
Les Sakomaren qui sont ici sont des chameliers qui doivent amener au
Touat la grande caravane des Ghadāmsia dont les bagages sont déjà
exposés hors de la ville en attendant que les affaires soient arrangées
avec Ikhenoukhen.