16 août.

Je vais me promener dans la ville. Il y a près d’ici, je crois dans le

quartier d’El Aouina[252], un petit marché où l’on vend des liqueurs ;

il est remarquable aussi sous un autre point de vue. D’un côté il est

bordé d’arcades, et je remarque un tronçon de colonne qui me paraît être

évidemment romain. Du côté opposé coule sous terre une petite rigole

auprès de laquelle est un abreuvoir et un lavoir. Plusieurs petites

auges carrées, en pierres de différentes grandeurs, sont encore ici en

souvenir de l’ancienne Ghadāmès. Mais j’étudierai tout cela

systématiquement un peu plus tard.

Je rends une visite au moudir et je le trouve très bien. Cependant,

j’apprends plus tard qu’il a eu une violente dispute avec sa femme

turque à la suite de laquelle celle-ci a demandé du poison pour le tuer.

De là rupture, et la femme répudiée s’en est allée à Dérdj. Le fils du

moudir qui est à Sinaoun est parti pour Tripoli aussitôt qu’il a appris

cette nouvelle. De sorte que le moudir est d’une humeur de chien pour

tout le monde. Je donne de l’opium au moudir, qui est dérangé à état

permanent. Il m’envoie le soir une excellente pastèque.

Il est curieux de voir les Ghadāmsia savoir presque tous le haoussa ;

rarement ils parlent à leurs esclaves dans une autre langue. Les enfants

blancs et les esclaves apprennent d’abord le ghadāmsia[253], et ce n’est

que plus tard qu’ils se mettent à l’arabe.

On a toutes les peines du monde à se procurer ici des légumes, des

melons et de la viande. Tout est pris d’avance : les acheteurs vont

chercher les fruitiers jusque dans leur ghaba, et le peu qui arrive au

marché est de suite accaparé. Quant à de la viande, depuis que je suis

ici, les Arabes n’ont pas apporté de moutons, il se passe quelquefois

quinze jours sans qu’il en vienne. On est réduit aux poules, pigeons et

à quelques chevreaux.

Le soir, je fais porter mon lit sur la terrasse et j’y dors en compagnie

de mon fusil chargé à balles. J’ai la distraction de voir les ombres de

mes voisines, blanches et noires, se promener sur les terrasses

d’alentour et d’entendre leur caquet à voix basse.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 171 / 241 题