15 août.

Je sors accompagné de deux soldats et je vais voir d’abord les

Esnām[251], ces restes de constructions que je crois être les ruines de

la ville ancienne du temps des Romains. Ce sont des supports de vastes

arcades, je le crois du moins ; tout à l’entour, s’étendent des débris

de pierres, et des fondations comme on en voit dans toutes les ruines

romaines de ce pays. Les pierres ne sont pas taillées ; quelquefois

cependant elles sont dégrossies ; elles sont unies par un ciment de

plâtre. Au milieu des décombres sont quelques tentes touareg, mais leurs

occupants n’étaient pas là et nous n’eûmes à disputer le chemin qu’à

deux lévriers qui gardaient les tentes.

Je vais voir la source ; elle forme un bassin profond d’une eau

transparente et d’un bleu charmant ; l’eau donne naissance à quelques

mousses aquatiques qui paraissent au fond en plusieurs endroits. Des

libellules rouge brique planent au-dessus de l’eau. Je ne vois pas de

poissons. Le bassin a une forme inégale : il est garni de pierres. L’eau

s’écoule d’une manière insensible à l’œil par un canal souterrain près

de l’endroit où l’on vient puiser l’eau. Le kaïd el mā, chargé de

distribuer l’eau, est loin de là dans une petite niche sur le marché.

Je passe la soirée couché sur un banc de la rue, où j’ai fait porter une

couverture et des coussins. Je regarde le mouvement autour de moi. Il y

a plusieurs négresses qui paraissent à poste fixe près d’ici ; elles

jacassent toute la journée. Quelques nobles Ghadamsia passent devant

moi ; les uns me saluent, les autres ne me disent rien. Je rends les

saluts à ceux qui me parlent. Les noirs dépassent de beaucoup parmi les

passants le nombre des blancs. Presque pas de Touareg.

Un de mes voisins possède une jument du Touat ; c’est le seul cheval

qu’il y ait en ce moment à Ghadāmès.

J’obtiens le soir la latitude de Ghadāmès par le passage de Mars au

méridien : j’ai 30° 6′ 33″ N.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 170 / 241 题