Le matin, je change de demeure ; le pauvre cheikh Ali[249], qui bégaye
tant qu’on ne peut pas se moquer de lui, est presque toute la journée
chez moi ; il va me chercher tout ce qui me manque.
Je fais la sieste et écris quelques lettres. A l’heure du Medjelès, qui
a lieu toutes les semaines à pareil jour et une autre fois par semaine,
le moudir fait envoyer chercher mon firman. Je trouve bon de donner
aussi celui du Bey de Tunis et le décret des douanes, qui sont tous lus,
et sont le sujet d’un commentaire de la part du moudir. Dans la soirée,
on m’annonce sa venue ; j’ai une explication avec lui, mais il est si
bête, si borné, si entiché de son osmanlisme que l’on n’arrive à rien
avec lui. Enfin, il dîne avec moi. Il vient ici avec un armement
complet. Il me promet que, partout où j’irai, il me fera accompagner par
deux de ses fameux soldats.
J’apprends aujourd’hui que les nobles Ghadāmsia (sang blanc) qui
épousent une ’Atriya sont mal vus, que les ’Atriya mâles ne trouvent
jamais à épouser une femme noble.