Nous partons comme toujours de bonne heure, et marchons entre les
_ghourds_ et les _zemlāt_[240]. Nous arrivons bientôt dans une série de
bas-fonds entre les dunes, que l’on a désignés sous le nom générique
d’El-Hiádh[241]. De temps en temps des pierres de calcaire gris plus ou
moins décomposé. Nous allons faire la sieste à l’extrémité sud du Haoudh
El-Hadj S’aīd, aussi nommé Hoūdh el Belbelāt à cause de la plante nommée
_belbal_ qui y croît. Le sol de ce terrain est très ferme, composé de
détritus de calcaire. Othman et les guides me désignent cet endroit
comme étant celui où l’on devrait tenter le forage d’un puits. La
présence de _belbal_, disent-ils, est un signe que l’eau ne doit pas
être loin. L’endroit me paraîtrait, à moi aussi, bien choisi.
Nous avons rencontré avant l’étape deux Souāfa venant de Ghadāmès avec
un chameau ; ils apportent la nouvelle que la plus grande partie des
Touareg ont quitté les environs de la ville par suite de la petite
vérole qui y règne et qui les décime. Si Othman me dit : « Dieu a créé
la petite vérole ennemie des Touareg et aussi la craignent-ils très
fort ». On me dit plus tard à Ghadāmès que si elle est si fatale pour
les Touareg, c’est qu’ils sont sales, et que même quand ils ont de
l’eau, ils font leurs ablutions en se frottant les mains sur une pierre.
Nous avons marché 14 h. 50 m. depuis la dernière étape. A notre départ,
la végétation, presque nulle comme toujours, se compose d’_álenda_, de
_drīn_ et de _hād_. A la nuit nous passons deux tombeaux d’individus
assassinés par les Arabes, dont l’un nommé Mîdi de Ghadāmès a donné son
nom à un ghourd voisin. Le vent a tourné à l’est. Nous marchons toute la
nuit et ne nous arrêtons qu’à 6 h. 65 m. du chronomètre le 10 août pour
faire la sieste. Cette deuxième étape a été de 13 h. 30 m. de marche.