10 août 1860.

Nous nous arrêtons pour la sieste épuisés de fatigue[242] ; je n’ose pas

comparer celle de mes domestiques à la mienne tant j’aurais pitié d’eux.

On verse dans le nez d’un chameau qui souffre de la soif une gamelle

d’eau. Cela vaut beaucoup mieux que donner à boire, parce que le peu

d’eau dont on peut disposer ne fait rien dans l’estomac de l’animal.

Nous arrivons près du ghourd Mámmer, à une dépression où je reconnais la

roche blanc d’argent dont j’ai parlé. Je trouve que c’est une terre très

savonneuse et salissant les doigts, toute imprégnée de coquilles de

_planorbis_, signe évident qu’il y avait là un petit lac autrefois. Tout

à côté de cette terre se trouve sous le sable une poussière noire, qui

m’intrigue beaucoup et dont je prends une petite quantité[243].

A la tombée de la nuit, le chameau sur lequel je suis monté, sur un lit

formé de mon matelas jeté sur les caisses, prend peur et part au galop

en sautant ; je suis lancé en l’air et un peu plus loin tombent les

cantines. Rien n’est cassé heureusement ni sur moi ni dans les caisses.

J’aurais été tué ou estropié si j’étais tombé sous les cantines.

Les dunes diminuent notablement et rapidement de hauteur, elles

reprennent la forme de _zemlat_. Nous traversons un petit _hamada_,

nommé Hameida, et nous reprenons les dunes, redevenues simples

ondulations de sables. Nous voyageons toute la nuit ; de bonne heure

nous entrons sur la hamada de Ghadāmès qui est d’abord recouverte de

sable, puis apparaît comme la chebka des Beni Mezāb, semée de pierres de

dolomies violettes, noires ou grises.

Peu après nous descendons dans une dépression profonde[244] de la

chebka ; c’est un chott à sol de _heicha_, tout semblable à celui de

l’Oued-Righ ; nous dépassons une grande dune située au milieu et enfin

nous arrivons à l’autre extrémité à une petite _ghaba_[245], appartenant

à la zaouiya de Sidi Maābed.

Marche de cette étape, 15 h. 36 m.

[Note 220 : Cf. _Relation du voyage de M. de Bonnemain_, par A.

Cherbonneau, _Nouv. Annales des Voyages_, juin 1857, et A. Bernard et N.

Lacroix, _Historique de la pénétration saharienne_. Alger, 1900, p.

46-47.]

[Note 221 : Du Sud.]

[Note 222 : D’après la détermination de Bourguignat : _Physa contorta_,

_Physa Brocchii_, _Physa truncata_, _Planorbis Maresianus_. (_Les

Touareg du Nord_, Append., p. 27.) On sait, par les explorations de MM.

Foureau et Flamand, que les fonds de sebkha à coquilles d’eau douce et

saumâtre se rencontrent fréquemment dans l’Erg, où ils apparaissent

entre les dunes. Le vent soulève les tests légers des coquilles et les

éparpille sur les sables.]

[Note 223 : Géants auxquels les indigènes attribuent aussi les tombeaux

mégalithiques (_Touareg du Nord_, p. 416).]

[Note 224 : « Dépression de terrain solide en forme de bassin arrondi au

milieu des sables » (H. Duv.).]

[Note 225 : Le vrai nom de ces puits est Maatig (H. Duv.).]

[Note 226 : Ou Rebaya ; fraction des Souafa.]

[Note 227 : Le kaïd de Tougourt.]

[Note 228 : Seau de cuir.]

[Note 229 : Le général de Martimprey fut un des principaux partisans du

commerce du Sud. Commandant des forces de terre et de mer en Algérie, il

écrivait dans une lettre officielle du 22 juillet 1860, reçue par

Duveyrier à ce puits de Berresof : « Un décret impérial vient de faire

tomber les barrières qui s’opposaient à nos relations commerciales avec

le Sud ; aujourd’hui et désormais les produits soudanais et sahariens

doivent entrer en Algérie en toute franchise. Veuillez répandre cette

bonne nouvelle... » Et il ajoutait ce _post-scriptum_ de sa main :

« Avant d’avoir reçu votre lettre qui me fait connaître l’intention où

vous êtes de vous faire accompagner par le cheikh Othman, je venais

d’adresser à ce chef l’invitation de se rendre auprès de moi. J’ai hâte

de conclure tous les arrangements qui pourront le plus tôt possible, la

sécurité existant à un degré suffisant, amener la liaison des relations

qu’il faut établir entre l’Algérie, le Soudan et les régions

intermédiaires... Vous comprenez que je tienne à ce que le cheikh Othman

soit ici quand l’Empereur y viendra. » — On sait que le cheikh Othman

préféra suivre Duveyrier.]

[Note 230 : « La cuvette du chien », un des pâturages de l’Erg.]

[Note 231 : Meha. « Beguer » ou « beguer el-ouahch » est le nom

vulgaire. (O. H.)]

[Note 232 : Cf. _Les Touareg du Nord_, p. 415-416.]

[Note 233 : « Les oueds du halma » (_Plantago ovata_). M. Foureau les a

retrouvés en 1893 sur la route de Ghadāmès à Tougourt, et en 1896 plus

au sud, vers 30° de latitude, mais là ce ne sont plus que des sillons ou

entonnoirs coupés de dunes sans orientation régulière. (_Dans le grand

Erg_, Paris, 1896, p. 43.)]

[Note 234 : Antilope addax (_Les Touareg du Nord_, p. 225.]

[Note 235 : On rapporte le même fait du mouton en hiver. L’Erg est plus

riche en plantes vertes qui, mâchées, fournissent une certaine quantité

d’eau.]

[Note 236 : Plantes notées sur le carnet pendant cette journée de

marche : _drine_, _neci_.]

[Note 237 : Dune à plusieurs arêtes, pâté de dunes.]

[Note 238 : Ce renseignement n’a pas été reporté sur la carte de

Duveyrier. Il mérite pourtant sérieuse considération, car M. Foureau,

faisant en 1893 une route un peu plus occidentale, a noté vers 31° de

latitude, l’altitude extraordinaire de 406 mètres, résultat de trois

lectures barométriques (renseignement manuscrit de M. Foureau). En

admettant une correction à faire du fait des variations atmosphériques,

il n’en faut pas moins voir dans ce « dos de l’Erg » un relief réel.]

[Note 239 : « La cuvette du Sfar » (variété d’_Arthratherum_).]

[Note 240 : Ce sont les longs cordons de sable signalés plus haut.]

[Note 241 : Pluriel de _el haoudh_.]

[Note 242 : Le carnet porte ce jour-là : Végétation rare et maigre :

_ézal_, _alenda_, _halma_.]

[Note 243 : C’est le _torba_ des Arabes. La poussière noire doit sa

coloration à des éléments tourbeux.]

[Note 244 : Le carnet de route dit : plus basse de dix mètres.]

[Note 245 : Endroit planté d’arbres (O. H.).]

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 163 / 241 题