Après un sommeil d’environ une heure et demie, nous nous remettons en
marche, et suivons des sortes de boyaux entre deux dunes ; quelquefois
ces boyaux s’élargissent et ressemblent à de petits oueds (style du
Souf). Nous faisons la sieste dans une dépression après avoir fait une
marche de 14 h. 11 m. depuis hier à pareille heure.
Ahmed, au départ le soir, est encore pris par la fièvre.
Le cheikh Othman me dit que nous sommes ici au Dhahar el ’Erg, c’est-à-
dire au point culminant de la région des dunes, qu’à partir d’ici le sol
va en s’abaissant vers Ghadāmès et vers El-Ouād[238]. Cet avis a besoin
d’être pesé, mais le fait sur lequel s’appuie mon compagnon targui est
indubitable, c’est la forme nouvelle que prennent les dunes. Les
_ghourds_ sont encore petits, pas aussi hauts que le Ketef, à mon avis,
mais leurs formes ont changé ; ils ont pris des formes de montagnes
pointues, anguleuses sur toutes les faces ; les ghourds sont moins
allongés. Nous rencontrons de temps en temps en travers de la route des
dunes en cordons hauts de 1 à 3 mètres seulement, mais longues de 400 à
700 mètres et très régulières, que le vent change sans cesse de force et
de direction. Ces endroits sont toujours un obstacle pénible pour les
chameaux et tout le monde se met à l’ouvrage pour leur frayer un chemin
oblique avec une pente légère. Le vieil Othman est toujours le premier à
l’ouvrage.
Deux des Arabes ont des symptômes d’ophtalmie.
Le khebir me dit que Ghourd Meçaouda est, selon lui, à moitié route de
Ghadāmès à Berresof. Au ghourd Rouba que nous avons passé il y a
longtemps, vient se joindre à notre route une des routes de Bīr
Ghardāya ; d’autres viennent ici et d’autres plus loin encore. Cette
route est peu stable, comme on le voit, et dépend du caprice du guide.
La végétation est toujours presque nulle. Nous arrivons au ghourd Ben
’Akkou, qui est le point très connu anciennement comme faisant le point
du milieu entre le puits de Djedid et Ghadāmès.
Dans le Haoudh[239] es Sefār je remarque une petite butte d’un blanc
éclatant. Nous nous arrêtons pour dormir un peu dans un endroit appelé
Ma’dhema.