Après un repos beaucoup moins long que celui d’hier nous repartons, et
rencontrons bientôt de nouveaux affleurements de calcaire. Nous arrivons
au commencement de la chaleur du jour à des dépressions irrégulières
allongées courant à peu près du E. 1/4 S. à l’O. 1/4 N., et séparées par
des chaînons de dunes. Othman m’assure que ces dépressions s’en vont
jusque sur la route de Ouarglā à Ghadāmès où elles prennent le nom de
Oudiān el Halma[233]. Je commence à remarquer qu’Othman a le sens
géographique très développé et qu’il possède, ce que je n’ai remarqué
chez aucun Arabe, la connaissance du rapport des différents accidents du
sol et de leur enchaînement. Nous faisons la sieste dans un de ces
derniers oueds, après une marche totale de 13 h. 46 m.
Dans la soirée, un de mes Arabes m’apporte une corne de _meha_[234]
qu’il a ramassée sur la route. Nous rencontrons des traces de chacals,
ce qui me donne l’occasion d’apprendre du cheikh Othman que partout,
dans son pays, les chacals boivent et ne s’éloignent pas de plus d’un ou
deux jours de la source qui les abreuve, qu’il ne connaît que l’Erg où
le chacal vive naturellement sans boire[235]. Le _fenek_ au contraire ne
boit jamais, et aussi se trouve-t-il presque exclusivement dans ces
sables. Un proverbe arabe dit : Trace de chacal, eau proche ; trace de
_fenek_, ceins-toi et marche.
Mon serviteur Ahmed a encore des accès de fièvre, ce qui dérange tout,
mes deux autres Arabes n’étant bons à rien ou à très peu de chose. La
végétation est toujours presque nulle[236]. Nous arrivons dans la nuit
au Sahan Tángăr où la route de Moui ’Aissa vient rejoindre celle de
Djedid ; près de là il y a, à droite, un petit _ghourd_[237] appelé
Gherīd Tángăr. Mes chameliers me font remarquer que la marche est
devenue plus rapide parce que les chameaux commencent à avoir diminué
notablement leur provision d’eau et ont le ventre allégé. Nous faisons
la halte de nuit à Ghourd es Sīd.