5 août.

Aujourd’hui nous devons partir. Les chameaux et les méhara arrivent des

pâturages et on les mène au puits ; ces malheureuses bêtes en reviennent

avec le ventre rond comme un tonneau et un corps aussi large que haut.

On dirait qu’elles savent en buvant qu’elles vont traverser un désert

sans eau et qu’elles reconnaissent les puits qui précèdent les routes de

la soif. Les mehara seuls ne boivent peut-être pas assez. Les chameaux

que le khebir Mohammed m’a amenés de Sahan el Kelb[230] sont les plus

beaux animaux de cette espèce que j’aie encore vus ; ce sont de vrais

monstres par leurs proportions gigantesques. Je prends un peu de repos à

la _gaïla_, mais pas assez, au milieu du bruit de l’emballage. Je ferme

mon courrier et je plie bagage.

Nous partons. Nous traversons un pays tout à fait analogue à celui qui

précède Berresof, immédiatement au nord. Ce sont des espaces sablonneux,

couverts d’une végétation dense de _drīn_, appelé par les Roubaa’ya et

les Arabes de l’est _sebot_, et de _halma_, enfin de _hād_ et de

_seffār_. Ces espaces sablonneux sont coupés par des chaînons de dunes à

cime régulière, qui prennent le nom de _Zemla_. Avant la nuit nous

trouvons du _baguel_.

La première nuit de marche fut pénible pour moi ; le sommeil me vint

d’autant plus vile que j’étais accoutumé, depuis l’été, à faire la

sieste au milieu du jour. Je ne puis m’empêcher d’admirer, quand la lune

s’est levée, les Touareg sur leurs méhara. Avec leurs armes desquelles

tombent des lanières de peau diversement ornementées ; leur vêtement

fantastique et leur immobilité sur ces grands animaux au pas lent et

régulier, ils ont quelque chose qui me reporte en pensée aux temps de

notre chevalerie. Et réellement les Touareg ont dans le caractère

quelque chose de chevaleresque qui me plaît beaucoup. Au départ, tous

mes Arabes invoquent Dieu, le prophète et tous les saints de leur

paradis pour qu’ils nous protègent sur cette route dangereuse par sa

longueur et son manque d’eau absolu. Nous dépassons Ghourd el Liyya

derrière lequel arrive la route de Djedid à laquelle nous nous joignons.

Cette route est, au dire de mes guides, _la plus ancienne_ et la plus

directe. Autrefois le dernier puits était précisément celui de Djedid ;

mais depuis quelque temps on en a creusé un un peu plus au Sud, c’est le

puits de Bou Khalfa. La fatigue me fait commander l’arrêt d’un peu bonne

heure pour mes guides, qui sont scandalisés de cet acte de despotisme.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 158 / 241 题