31 juillet.

Nous passons plusieurs puits et nous arrêtons pour faire la sieste en

sortant d’une ligne de dunes, à un endroit où le _hād_ apparaît pour la

première fois. Nous traversons un immense _sahan_[224] uni parsemé de

petits morceaux de calcaire (vétusté) ; si j’osais le penser, je

croirais que c’est un bassin d’eau desséché. Il est bordé en partie de

petits bourrelets de dunes. Nous couchons à une _ogla_ très profonde

appelée Dakhlet Sidi-’Aoūn, qu’il ne faut pas confondre avec El ’ogla

ech Cherguiya de Berresof.

1er août 1860.

Aujourd’hui les dunes apparaissent à droite et à gauche de notre route

sous forme de petits chaînons. Nous passons plusieurs puits et

rencontrons des troupeaux de chameaux et aussi une ou deux huttes

habitées par des Ferdjān qui ont là un cheval ; on nous apporte un peu

d’une boisson composée pour cet animal de lait de chamelle coupé d’eau.

Nous arrivons à la sieste à Bir er Reguia’t[225] où nous trouvons une

douzaine de « zeraïb » occupées par des Roubaa’ya[226]. Ces gens

prennent plaisir à effrayer mes hommes, déjà si impressionnés par l’idée

d’aller au-devant d’un inconnu. Ils finissent par me faire croire à la

possibilité que les Touāreg campés autour de Ghadāmès nous empêcheraient

d’y entrer.

Une marche moyenne dans l’après-midi nous amène à Berresof, le dernier

puits sur notre route. Nous trouvons ici plusieurs groupes de huttes

habitées par des Roubaa’ya. La caravane partie peu de jours avant nous

avec le Ghadāmsi est encore ici ; elle attend son guide qui est dans les

dunes à la chasse du « beguer », antilope oryx ou leucoryx. Elle nous

rassure sur les bruits que nous avons entendus ce matin.

Je reçois dans la soirée la visite des principaux Roubaa’ya campés ici ;

ils se mettent entièrement à ma disposition, et se plaignent en même

temps de ce que, depuis le gouvernement des Français, ils ne peuvent pas

aller razzier leurs voisins et sont, au contraire, exposés aux attaques

de tous. Je leur explique de mon mieux la politique des Français à cet

égard. Ils craignent ici les Ourghamma, les Beni-Zid et les Oulād

Yagoub, qui tous ne sont pas loin de ce point. Dans la soirée il y a

noce chez les Roubaa’ya ; étant un peu fatigué, je n’y vais pas, mais

mes serviteurs me racontent que des femmes y faisaient une sorte de

danse ayant leur chevelure dénouée, qu’elles jettaient à droite et à

gauche.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 155 / 241 题