Nous passons plusieurs puits et nous arrêtons pour faire la sieste en
sortant d’une ligne de dunes, à un endroit où le _hād_ apparaît pour la
première fois. Nous traversons un immense _sahan_[224] uni parsemé de
petits morceaux de calcaire (vétusté) ; si j’osais le penser, je
croirais que c’est un bassin d’eau desséché. Il est bordé en partie de
petits bourrelets de dunes. Nous couchons à une _ogla_ très profonde
appelée Dakhlet Sidi-’Aoūn, qu’il ne faut pas confondre avec El ’ogla
ech Cherguiya de Berresof.
1er août 1860.
Aujourd’hui les dunes apparaissent à droite et à gauche de notre route
sous forme de petits chaînons. Nous passons plusieurs puits et
rencontrons des troupeaux de chameaux et aussi une ou deux huttes
habitées par des Ferdjān qui ont là un cheval ; on nous apporte un peu
d’une boisson composée pour cet animal de lait de chamelle coupé d’eau.
Nous arrivons à la sieste à Bir er Reguia’t[225] où nous trouvons une
douzaine de « zeraïb » occupées par des Roubaa’ya[226]. Ces gens
prennent plaisir à effrayer mes hommes, déjà si impressionnés par l’idée
d’aller au-devant d’un inconnu. Ils finissent par me faire croire à la
possibilité que les Touāreg campés autour de Ghadāmès nous empêcheraient
d’y entrer.
Une marche moyenne dans l’après-midi nous amène à Berresof, le dernier
puits sur notre route. Nous trouvons ici plusieurs groupes de huttes
habitées par des Roubaa’ya. La caravane partie peu de jours avant nous
avec le Ghadāmsi est encore ici ; elle attend son guide qui est dans les
dunes à la chasse du « beguer », antilope oryx ou leucoryx. Elle nous
rassure sur les bruits que nous avons entendus ce matin.
Je reçois dans la soirée la visite des principaux Roubaa’ya campés ici ;
ils se mettent entièrement à ma disposition, et se plaignent en même
temps de ce que, depuis le gouvernement des Français, ils ne peuvent pas
aller razzier leurs voisins et sont, au contraire, exposés aux attaques
de tous. Je leur explique de mon mieux la politique des Français à cet
égard. Ils craignent ici les Ourghamma, les Beni-Zid et les Oulād
Yagoub, qui tous ne sont pas loin de ce point. Dans la soirée il y a
noce chez les Roubaa’ya ; étant un peu fatigué, je n’y vais pas, mais
mes serviteurs me racontent que des femmes y faisaient une sorte de
danse ayant leur chevelure dénouée, qu’elles jettaient à droite et à
gauche.