Notre marche d’aujourd’hui n’a été que fort peu de chose ; nous allons
simplement à Mouï Rebah ; le pays qui sépare ce puits de celui où nous
avons couché hier est une plaine de sables unis légèrement ondulés et
couverts d’une assez riche végétation (comme hier) de _drin_, _arta_,
_’alenda_, _baguel_, _ezal_. Nous passons plusieurs puits morts et un
puits d’eau saumâtre.
Pendant la marche, mes gens prennent une gerboise des sables, que je
dépiote en arrivant. Au puits de Mouï er Rebah, Ahmed tue une sorte de
petit corbeau ou de grande corneille à tête et à nuque d’un brun bois
pourri foncé ; le reste du plumage est tout noir. Les chameliers et mes
gens mangent cet oiseau. En route une autre prise, celle d’un gros mâle
de _cherchimāna_ (_Scincus_ .....) à bandes latérales brun foncé,
séparées par des bandes de jaune gomme gutte. Tête d’un noir brunâtre
clair.
Nous arrivons au puits de Mouï er Rebah que l’on me dit avoir été creusé
par les Djohāla[223] ; le fait est que ce puits est très célèbre dans le
Sahara. L’eau en est bonne, mais a dans ce moment un goût de renfermé et
de corrompu, qu’elle doit à ce qu’il n’y a pas de troupeaux dans le
voisinage, et que l’eau n’a pas l’occasion de se renouveler par suite de
grandes quantités absorbées au dehors. Dans la soirée nous voyons
arriver deux ou trois chameaux chargés en partie de « jell » (crottes de
chameau) ; on vient en prendre bien loin pour fumer les jardins du
Souf !
J’ai oublié de noter qu’hier, peu de temps après notre départ, nous
fûmes rejoints par un nègre marron qui demanda la permission de nous
suivre à Ghadāmès ; je lui accorde cette permission, car je ne puis que
favoriser l’émancipation des esclaves. Cependant Ahmed et mes autres
compagnons ne partagent pas mes principes. Le nègre nous suivra donc et
si son maître ne vient pas à temps à Berresof, il ira à Ghadāmès et sera
là en sûreté. Le motif de la fuite de ce nègre (qui est de Kanō) est que
son maître lui donne toujours les plus pénibles tâches à remplir, et
qu’il lui défend d’aller aux fêtes des nègres.
Je ne fais pas une longue sieste, et, le soir, je veille un peu pour
tâcher de faire des observations astronomiques.