30 juillet.

Notre marche d’aujourd’hui n’a été que fort peu de chose ; nous allons

simplement à Mouï Rebah ; le pays qui sépare ce puits de celui où nous

avons couché hier est une plaine de sables unis légèrement ondulés et

couverts d’une assez riche végétation (comme hier) de _drin_, _arta_,

_’alenda_, _baguel_, _ezal_. Nous passons plusieurs puits morts et un

puits d’eau saumâtre.

Pendant la marche, mes gens prennent une gerboise des sables, que je

dépiote en arrivant. Au puits de Mouï er Rebah, Ahmed tue une sorte de

petit corbeau ou de grande corneille à tête et à nuque d’un brun bois

pourri foncé ; le reste du plumage est tout noir. Les chameliers et mes

gens mangent cet oiseau. En route une autre prise, celle d’un gros mâle

de _cherchimāna_ (_Scincus_ .....) à bandes latérales brun foncé,

séparées par des bandes de jaune gomme gutte. Tête d’un noir brunâtre

clair.

Nous arrivons au puits de Mouï er Rebah que l’on me dit avoir été creusé

par les Djohāla[223] ; le fait est que ce puits est très célèbre dans le

Sahara. L’eau en est bonne, mais a dans ce moment un goût de renfermé et

de corrompu, qu’elle doit à ce qu’il n’y a pas de troupeaux dans le

voisinage, et que l’eau n’a pas l’occasion de se renouveler par suite de

grandes quantités absorbées au dehors. Dans la soirée nous voyons

arriver deux ou trois chameaux chargés en partie de « jell » (crottes de

chameau) ; on vient en prendre bien loin pour fumer les jardins du

Souf !

J’ai oublié de noter qu’hier, peu de temps après notre départ, nous

fûmes rejoints par un nègre marron qui demanda la permission de nous

suivre à Ghadāmès ; je lui accorde cette permission, car je ne puis que

favoriser l’émancipation des esclaves. Cependant Ahmed et mes autres

compagnons ne partagent pas mes principes. Le nègre nous suivra donc et

si son maître ne vient pas à temps à Berresof, il ira à Ghadāmès et sera

là en sûreté. Le motif de la fuite de ce nègre (qui est de Kanō) est que

son maître lui donne toujours les plus pénibles tâches à remplir, et

qu’il lui défend d’aller aux fêtes des nègres.

Je ne fais pas une longue sieste, et, le soir, je veille un peu pour

tâcher de faire des observations astronomiques.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 154 / 241 题