Le cheikh de Merhayer prétend que sa ville est plus élevée que Tougourt,
mais tout le monde est de l’avis contraire.
Nesigha avait autrefois une _dechera_ ; mais cette _dechera_ se dépeupla
peu à peu, les habitants moururent et sous le règne du cheikh Brahim la
dernière famille émigra à Merhayyer. C’est une vieille femme de cette
famille qui a émigré elle-même et qui me raconte ce fait. Elle me donne
beaucoup d’autres renseignements curieux. La _dechera_ de Nezigha ne fut
jamais bien grande. Ourīr a une mosquée dédiée à Sidi Mokhfi qui était
Righi[166]. Merhayyer est très ancienne, quoique fondée sous les
musulmans ; la Zaouiya de Sidi Embārek Sāim, de même ; elle fut bâtie
quarante ans après la fondation de la ville. Ce marabout était un chérif
arabe venu de loin. C’est depuis le règne du cheikh Hamed que la langue
arabe a prévalu dans les villages du Ras el Ouad, et qu’elle a remplacé
le Righi.
Voici la liste des cheikhs de Tougourt[167] :
Sidi Mohammed ben Yahiya, marabout arabe nayli, régna quarante ans ; son
règne fut un règne doux.
Cheikh Hamed, fonda la dynastie des Beni-Djellab, famille aussi arabe,
qui, dit-on, descend des Mérinides. Ce fut un bon souverain ainsi que
cheikh Brahim.
El-Khāzen ne régna que trois à quatre mois.
Cheikh Brahim régna de treize à quatorze ans.
Cheikh Mohammed régna longtemps, eut pour fils les trois souverains
suivants :
Cheikh ’Amor vient au trône deux ans avant la prise d’Alger ;
Cheikh Brahim régna quatre ou cinq ans.
Cheikh ’Ali régna quatre ou cinq ans.
Cheikh Ben Abd er Rahman régna onze ans.
Cheikh Selman régna trois mois et fut chassé par les Français au mois de
novembre 1854.
Les Mehadjeriya de Tougourt tirent leur origine, me dit-on ici, d’un
juif apostat qui vint à Tougourt, déjà musulman, sous l’ancienne
dynastie (Sidi Mohammed ben Yahiya). Cette indication est fausse[168].
La vieille femme me dit d’elle-même ces paroles singulièrement
curieuses : احناڢم باب الوصڢان, c’est-à-dire qu’elle reconnaît elle-même
que les Rouagha forment (ou formaient) la limite septentrionale du pays
des nègres.
Les deux ou trois palmiers isolés au sud-ouest de Merhayyer, séparés du
fossé par un petit _dra’_, indiquent l’emplacement d’une _dechera_
appelée El-Gharbi, dont les habitants possédaient une partie des
palmiers de Merhayyer. Les deux villes étaient ennemies l’une de
l’autre. El-Gharbi succomba dans la lutte et ses habitants, chassés du
village, furent se réfugier dans le Nefzāoua, au Djérid et une faible
partie entra à Merhayyer.
Voici les noms de tribus de Merhayyer : Oulad Hassen, — Oulad Imen, —
Oulad Mouça, — Oulad Bou ’Ali, — Oulad Djabou qui étaient autrefois à
El-Gharbi, — Er-Riāb, arabes habitant 2 à 3 maisons. Les Arabes de
l’Oued-Righ sont Selmiya, Rahmān, Oulad Moulet. Ces derniers ont une
centaine de tentes ; les deux autres tribus sont beaucoup plus fortes.
Les tribus de Nesigha étaient : O. Sidi Mohammed ben ’Aiça, O. el
Gharib, O. el Hāchi. Ils étaient tous Rouāgha et comptaient une
vingtaine de maisons.
Je m’enquiers des maladies de l’Oued-Righ, du moins de celles qui sont
le plus communes à Merhayyer.
Ophtalmie, peu. — Maux de tête, beaucoup. — Fièvres pernicieuses, peu. —
Douleurs : on dit qu’elles proviennent du travail. — Syphilis, très peu.
— Phtisie, peu, on n’en meurt pas. La plupart des morts viennent des
fièvres.
L’oasis de Merhayyer compte huit sources coulant encore. Une forte et
sept petites. Elles ont 84 à 90 _dra_ (42 à 45 m.) de profondeur[169] ;
les unes sont douces, les autres sont salées ; la plus forte source est
salée. — Ourīr et Nesigha ont chacun une source. — Les palmiers
broussailles de Tamidount et de Merouān ne sont pas arrosés ; ils
donnent de petites dattes que mangent les chacals et les gazelles.
Sources artésiennes : ’Aïn Mellāḥa, eau assez bonne, température 24°,2 ;
profondeur d’après la tradition, 42m,5. — ’Ain Baṭṭāḥ-boum, température
24°,5 ; profondeur, 42 mètres.
Le nombre des palmiers de Merhayyer, de Nesigha, d’Ourīr et de Dendoūga
s’élève à 25 ou 26.000 ; mais ce chiffre doit probablement subir une
correction notable en augmentation, de même que ceux que je donnerai
pour l’Oued-Righ. Les cheikhs qui les ont comptés, croyant que le
chiffre qu’ils donneraient devait servir de base à un impôt, ont
naturellement indiqué le moins possible.
Dendoūga, dans le chott Melghigh, possède une _dechera_ abandonnée ;
elle avait autrefois une population de Selmiya et de Fouānīs (Rouāgha) ;
il y avait environ 15 maisons. Dendoūga possède une source et Choucha
aussi.
Parmi les Rouāgha, les blancs et les noirs sont considérés comme au même
niveau ; il n’y a pas d’idée de noblesse attachée à la blancheur de la
peau. Dans l’hypothèse probable de l’homogénéité primitive d’une race
noire dans l’Oued-Righ et le Nefzāoua, race successivement modifiée par
l’élément berbère et par l’élément arabe, ce serait dans les mélanges de
ces trois races qu’il faudrait chercher l’explication des nuances de
couleur, puisque les traits restent toujours les mêmes, et donnent
quelquefois le singulier spectacle de nègres et de négresses presque
blancs. A Sidi Khelil, à Merhayyer on ne fait pas de « ghēchem » ou vin
de palmier.
Autrefois les Beni-Djellab demandaient au cheikh de Merhayyer 100 ou 130
réals torbāga (de Tunis) et à la ville 250 réals torbāga. Le cheikh
Mohammed demandait autrefois 500 réals, mais les Français diminuèrent
l’impôt comme ci-dessus sous les derniers Beni-Djellab. Aujourd’hui il
n’y a à Merhayyer que les Oulad Hassen qui paient tribut à la France
parce qu’ils n’ont pas voulu accepter notre autorité dans l’origine.
Leur redevance monte à 156 douros. — Nesigha paie 31 douros et Dendoūga
44. En tout 1.155 francs. A Oumm et Tiour les habitants sont Selmiya. A
Chegga, ce sont des Chorfā.
A Merhayyer on cultive de l’orge dans de petits carrés entourés de
petits murs en terre, on laboure à la pioche (?). Du blé, il n’y en a
que très peu. Tout le travail des Rouāgha est l’agriculture.
A Djenéyyen il y a beaucoup de sangliers. Il y a deux ans, un de ces
animaux s’est égaré jusqu’à Merhayyer.
A Merhayyer la plupart des hommes n’ont qu’une femme ; 25 hommes
seulement en ont deux et un seul ménage en a trois. Les ménages ont deux
enfants en moyenne ; jamais plus de cinq.
Il n’y a pas de poissons dans les eaux de Merhayyer _parce qu’elles ne
forment pas de « bahar[170] »_.
Voici la liste des espèces de dattes qui se trouvent dans l’oasis :
El-Ghers, Degla (principales). — Degel. — El’Ammāri. — Deglet Noūr. —
Tīndjouhert. — El Itīma. — Zintebouch. — Tīsīnīn. — El’Adjīna. — Bou
Khennoūs. — Hamrāt el Kāïd. — Kouttich ed Degla (du Zāb). — Tīfziouīn. —
El Kenta. — ’Abd el ’Azzàz. — El Kesebba. — Dhofor el Goṭṭ. — Degla
Morhoss. — Bou ’Aroūs.
L’Oued-Righ compte 44 villages, dont 3 sont abandonnés.