4 juin.

Le cheikh de Merhayer prétend que sa ville est plus élevée que Tougourt,

mais tout le monde est de l’avis contraire.

Nesigha avait autrefois une _dechera_ ; mais cette _dechera_ se dépeupla

peu à peu, les habitants moururent et sous le règne du cheikh Brahim la

dernière famille émigra à Merhayyer. C’est une vieille femme de cette

famille qui a émigré elle-même et qui me raconte ce fait. Elle me donne

beaucoup d’autres renseignements curieux. La _dechera_ de Nezigha ne fut

jamais bien grande. Ourīr a une mosquée dédiée à Sidi Mokhfi qui était

Righi[166]. Merhayyer est très ancienne, quoique fondée sous les

musulmans ; la Zaouiya de Sidi Embārek Sāim, de même ; elle fut bâtie

quarante ans après la fondation de la ville. Ce marabout était un chérif

arabe venu de loin. C’est depuis le règne du cheikh Hamed que la langue

arabe a prévalu dans les villages du Ras el Ouad, et qu’elle a remplacé

le Righi.

Voici la liste des cheikhs de Tougourt[167] :

Sidi Mohammed ben Yahiya, marabout arabe nayli, régna quarante ans ; son

règne fut un règne doux.

Cheikh Hamed, fonda la dynastie des Beni-Djellab, famille aussi arabe,

qui, dit-on, descend des Mérinides. Ce fut un bon souverain ainsi que

cheikh Brahim.

El-Khāzen ne régna que trois à quatre mois.

Cheikh Brahim régna de treize à quatorze ans.

Cheikh Mohammed régna longtemps, eut pour fils les trois souverains

suivants :

Cheikh ’Amor vient au trône deux ans avant la prise d’Alger ;

Cheikh Brahim régna quatre ou cinq ans.

Cheikh ’Ali régna quatre ou cinq ans.

Cheikh Ben Abd er Rahman régna onze ans.

Cheikh Selman régna trois mois et fut chassé par les Français au mois de

novembre 1854.

Les Mehadjeriya de Tougourt tirent leur origine, me dit-on ici, d’un

juif apostat qui vint à Tougourt, déjà musulman, sous l’ancienne

dynastie (Sidi Mohammed ben Yahiya). Cette indication est fausse[168].

La vieille femme me dit d’elle-même ces paroles singulièrement

curieuses : احناڢم باب الوصڢان, c’est-à-dire qu’elle reconnaît elle-même

que les Rouagha forment (ou formaient) la limite septentrionale du pays

des nègres.

Les deux ou trois palmiers isolés au sud-ouest de Merhayyer, séparés du

fossé par un petit _dra’_, indiquent l’emplacement d’une _dechera_

appelée El-Gharbi, dont les habitants possédaient une partie des

palmiers de Merhayyer. Les deux villes étaient ennemies l’une de

l’autre. El-Gharbi succomba dans la lutte et ses habitants, chassés du

village, furent se réfugier dans le Nefzāoua, au Djérid et une faible

partie entra à Merhayyer.

Voici les noms de tribus de Merhayyer : Oulad Hassen, — Oulad Imen, —

Oulad Mouça, — Oulad Bou ’Ali, — Oulad Djabou qui étaient autrefois à

El-Gharbi, — Er-Riāb, arabes habitant 2 à 3 maisons. Les Arabes de

l’Oued-Righ sont Selmiya, Rahmān, Oulad Moulet. Ces derniers ont une

centaine de tentes ; les deux autres tribus sont beaucoup plus fortes.

Les tribus de Nesigha étaient : O. Sidi Mohammed ben ’Aiça, O. el

Gharib, O. el Hāchi. Ils étaient tous Rouāgha et comptaient une

vingtaine de maisons.

Je m’enquiers des maladies de l’Oued-Righ, du moins de celles qui sont

le plus communes à Merhayyer.

Ophtalmie, peu. — Maux de tête, beaucoup. — Fièvres pernicieuses, peu. —

Douleurs : on dit qu’elles proviennent du travail. — Syphilis, très peu.

— Phtisie, peu, on n’en meurt pas. La plupart des morts viennent des

fièvres.

L’oasis de Merhayyer compte huit sources coulant encore. Une forte et

sept petites. Elles ont 84 à 90 _dra_ (42 à 45 m.) de profondeur[169] ;

les unes sont douces, les autres sont salées ; la plus forte source est

salée. — Ourīr et Nesigha ont chacun une source. — Les palmiers

broussailles de Tamidount et de Merouān ne sont pas arrosés ; ils

donnent de petites dattes que mangent les chacals et les gazelles.

Sources artésiennes : ’Aïn Mellāḥa, eau assez bonne, température 24°,2 ;

profondeur d’après la tradition, 42m,5. — ’Ain Baṭṭāḥ-boum, température

24°,5 ; profondeur, 42 mètres.

Le nombre des palmiers de Merhayyer, de Nesigha, d’Ourīr et de Dendoūga

s’élève à 25 ou 26.000 ; mais ce chiffre doit probablement subir une

correction notable en augmentation, de même que ceux que je donnerai

pour l’Oued-Righ. Les cheikhs qui les ont comptés, croyant que le

chiffre qu’ils donneraient devait servir de base à un impôt, ont

naturellement indiqué le moins possible.

Dendoūga, dans le chott Melghigh, possède une _dechera_ abandonnée ;

elle avait autrefois une population de Selmiya et de Fouānīs (Rouāgha) ;

il y avait environ 15 maisons. Dendoūga possède une source et Choucha

aussi.

Parmi les Rouāgha, les blancs et les noirs sont considérés comme au même

niveau ; il n’y a pas d’idée de noblesse attachée à la blancheur de la

peau. Dans l’hypothèse probable de l’homogénéité primitive d’une race

noire dans l’Oued-Righ et le Nefzāoua, race successivement modifiée par

l’élément berbère et par l’élément arabe, ce serait dans les mélanges de

ces trois races qu’il faudrait chercher l’explication des nuances de

couleur, puisque les traits restent toujours les mêmes, et donnent

quelquefois le singulier spectacle de nègres et de négresses presque

blancs. A Sidi Khelil, à Merhayyer on ne fait pas de « ghēchem » ou vin

de palmier.

Autrefois les Beni-Djellab demandaient au cheikh de Merhayyer 100 ou 130

réals torbāga (de Tunis) et à la ville 250 réals torbāga. Le cheikh

Mohammed demandait autrefois 500 réals, mais les Français diminuèrent

l’impôt comme ci-dessus sous les derniers Beni-Djellab. Aujourd’hui il

n’y a à Merhayyer que les Oulad Hassen qui paient tribut à la France

parce qu’ils n’ont pas voulu accepter notre autorité dans l’origine.

Leur redevance monte à 156 douros. — Nesigha paie 31 douros et Dendoūga

44. En tout 1.155 francs. A Oumm et Tiour les habitants sont Selmiya. A

Chegga, ce sont des Chorfā.

A Merhayyer on cultive de l’orge dans de petits carrés entourés de

petits murs en terre, on laboure à la pioche (?). Du blé, il n’y en a

que très peu. Tout le travail des Rouāgha est l’agriculture.

A Djenéyyen il y a beaucoup de sangliers. Il y a deux ans, un de ces

animaux s’est égaré jusqu’à Merhayyer.

A Merhayyer la plupart des hommes n’ont qu’une femme ; 25 hommes

seulement en ont deux et un seul ménage en a trois. Les ménages ont deux

enfants en moyenne ; jamais plus de cinq.

Il n’y a pas de poissons dans les eaux de Merhayyer _parce qu’elles ne

forment pas de « bahar[170] »_.

Voici la liste des espèces de dattes qui se trouvent dans l’oasis :

El-Ghers, Degla (principales). — Degel. — El’Ammāri. — Deglet Noūr. —

Tīndjouhert. — El Itīma. — Zintebouch. — Tīsīnīn. — El’Adjīna. — Bou

Khennoūs. — Hamrāt el Kāïd. — Kouttich ed Degla (du Zāb). — Tīfziouīn. —

El Kenta. — ’Abd el ’Azzàz. — El Kesebba. — Dhofor el Goṭṭ. — Degla

Morhoss. — Bou ’Aroūs.

L’Oued-Righ compte 44 villages, dont 3 sont abandonnés.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 91 / 241 题