9 avril.

Aujourd’hui encore nous nous sommes mis en mouvement avant le lever du

soleil, et nous continuâmes de voyager dans les plaines cultivables que

j’ai notées hier ; je remarquai ici pour la première fois bien

distinctement le mirage, _sarab_. La plaine au sud-est paraissait un lac

à l’horizon et des lignes de _Rhamnus arabica_ et de tamaris semblaient

dominer les eaux et former un rivage. Je crus d’abord que c’était le

chott, mais fus obligé de m’apercevoir de mon erreur. Du reste, ces

plaines nues, uniformes et de couleur grisâtre, frappées par les rayons

obliques du soleil le matin ou le soir, offrent toutes les conditions

nécessaires pour le phénomène du mirage. Les inégalités du sol, de

vraies gerçures sur une peau, disparaissent à peu de distance pour

l’œil.

Nous traversâmes quelques ravines et aperçûmes au bout de quelque temps

les oasis de Bādes, Liana et Kessad, ressortant sur la couleur rougeâtre

des montagnes ; peu après, le village de Zéribet Ahmed nous apparut, et

nous l’atteignîmes pour déjeuner.

Zéribet Ahmed est un village muré, placé sur une petite élévation. Il

n’a pas de palmiers, et la petite saguia qui passe devant le village est

à sec parce que Liana en absorbe toute l’eau[158]. Les habitants ont

voulu réclamer contre une mesure qui leur ôte leurs récoltes, leur seule

ressource bien sûre ; mais il est probable que dans les années

pluvieuses, l’eau de l’oued arrive jusque chez eux. Ils boivent

actuellement à un puits situé vers le sud-ouest du village, à une

certaine distance. Il y avait au pied des murs trois ou quatre tentes de

Nemēmcha. Les habitants sortirent pour reconnaître les nouveaux venus,

mais je ne voulus pas m’arrêter chez eux ; les quatre Negarniya[159] me

quittèrent ici, et laissant les chameaux suivre de leur pas, je partis

en avant pour arriver le plus tôt possible.

A moitié route, mon guide me montra sur la gauche « les ruines d’un

village qui fut détruit par un scorpion ». Ce village malheureux était

bâti dans le même genre que Zéribet Ahmed, et a dû être encore moins

considérable.

J’arrivai enfin à Zéribet el Ouad, nous touchâmes d’abord l’oued, dans

lequel sont plantés les palmiers ; puis, le descendant un peu, nous le

coupâmes en face de la ville, au moment où nous touchions à la goubba de

Sidi-Hassen, marabout célèbre dans le pays. Nous traversâmes la petite

rivière qui coule au fond du thalweg, et entrâmes en ville par quelques

minces jardins. Je trouvai chez El Arbi, le mamelouk italien[160], le

meilleur accueil, et décidai aussitôt que je profiterais de son départ

pour aller à Biskra cette nuit.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 85 / 241 题