8 avril.

Nous quittons Négrīn de bonne heure, le cheikh de Ferkān, qui a au moins

un digne extérieur, est venu lui-même cette nuit amener le mulet et les

deux hommes que j’avais demandés. Il nous accompagne ce matin jusqu’à la

rivière de Ghēsrān[153] où nous faisons boire les chevaux et remplissons

nos outres, puis nous partons chacun de notre côté, lui retournant à

Ferkān, et nous coupant dans le Sahara pour atteindre le Zāb. Quatre

cavaliers de Négrīn m’accompagnent : je renvoie le cinquième, qui,

voulant tuer un lièvre, décharge son fusil qui éclate, sans causer

d’accident heureusement.

Nous voyageons dans un terrain aisé, le commencement du Sahara, qui se

prolonge indéfiniment sur la gauche, et nous avons toute la journée à

une certaine distance sur la droite, la chaîne de collines, au milieu de

laquelle est bâtie Ferkān, et qui est séparée par une plaine de

montagnes plus hautes[154]. Je déjeune dans l’oued Djērech maintenant à

sec, parce que l’année n’a pas été pluvieuse.

Une autre longue marche nous amène à l’oued el Miyta, dont le lit est

divisé en plusieurs canaux à cet endroit. Un peu plus loin, vers

l’ouest, commencent des plaines appelées communément El Feyyād[155], et

qui méritent beaucoup d’attention. Le sol de ces plaines est composé

d’argiles mêlées de sables et très lavées[156] ; par conséquent, elles

renferment tous les éléments de fécondité, et il ne leur manque en effet

que l’eau[157]. Après les pluies se montrent une quantité de plantes

annuelles, telles que graminées et petites fleurs champêtres que les

ardeurs de l’été dessèchent ; tandis que, dans les années sèches comme

celle-ci, cette végétation elle-même ne se montre pas. Dans plusieurs

endroits de ces Feyyād, les Arabes labourent lorsque les pluies

arrivent ; dans d’autres parties beaucoup plus rares les oueds

descendant de la montagne leur permettent de cultiver chaque année. Or

il est évident que si, par des barrages ingénieux ou des forages

artésiens, on parvient à assurer de l’eau à ces plaines désertes, on

assurera par le fait même de belles récoltes sur une superficie

considérable de celle partie du Sahara.

Ces plaines cultivables sont séparées par des renflements à peine

sensibles couverts de cailloux et de pierres anguleuses.

Nous marchâmes bien toute la journée, et nous n’atteignîmes l’oued

Ouazzāren que quelques instants après le coucher du soleil. Cet oued

est, comme les précédents, bordé de tamaris ; et nous plantâmes la tente

au chant des chouettes qui s’appelaient dans ces fourrés. Je n’ai pas

besoin de dire que l’oued est à sec.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 84 / 241 题