Aujourd’hui, je suis resté à la maison toute la journée ; j’étais
heureusement guéri. J’écrivis dès le matin une lettre au cheikh de
Ferkān, pour lui demander une mule et deux hommes, qui m’accompagnent
demain à Zéribet Ahmed.
Dans le milieu de la journée, la nouvelle arriva qu’un mulet qui était à
paître dans les plantations avait disparu, et il parut évident que
c’étaient les Hammāma d’hier qui, cachés dans la montagne, n’avaient pas
voulu partir sans butin et étaient venus dans la journée enlever ce
mulet. Le village fut encore sur le point de se mettre en armes, mais on
abandonna ensuite le projet.
J’apprends aujourd’hui que Négrīn peut compter environ 60 maisons et
peut-être 120 hommes en état de porter les armes. La population se
divise en quatre tribus ; les Oulad ech Cheikh, les Oukid Hamza ; les
Obbaouma et les Oulad Mansour. Le tribut de Négrīn est de 1.180 francs
par an.
A Négrīn, un individu vint me trouver, et, après m’avoir fait comprendre
qu’il avait beaucoup d’argent, il me pria de lui écrire une amulette
pour que sa femme qu’il avait répudiée revînt à lui. Il l’aimait et elle
en préférait un autre avec lequel elle devait se marier. Je répondis à
cet homme que, si j’avais le pouvoir d’écrire de tels talismans, je
commencerais par m’en servir, mais qu’en tous cas je ne lui aurais pas
pris un centime.
Ferkān subit l’influence des Oulad el’Aisāoui, qui s’y font héberger de
force, et se servent du village comme point de ravitaillement dans leurs
expéditions de pillages. Cela tient à ce que les habitants ont beaucoup
de Nemēmcha et même d’Oulad el’Aisāoui au milieu d’eux. Outre ces
étrangers, la population de la ville se divise en trois tribus, les
Oulad Brahīm, les Oulad ’Adouān et les Oulad Yoūnis. Le tout forme 65
maisons et, partant, peut-être 130 hommes au moins en état de porter les
armes ; ce chiffre me fait soupçonner un peu de bonne volonté de leur
part à héberger nos ennemis.
Des messagers viennent de Ferkān, apportant une réponse peu polie ; je
les gronde bien fort et les renvoie brusquement ; cela cause des
pourparlers à n’en plus finir, des séances avec différents hommes de
Ferkān qui venaient d’arriver au Djérid[152]. On finit par s’en aller en
promettant de revenir avant demain avec la mule et les deux hommes.