7 avril.

Aujourd’hui, je suis resté à la maison toute la journée ; j’étais

heureusement guéri. J’écrivis dès le matin une lettre au cheikh de

Ferkān, pour lui demander une mule et deux hommes, qui m’accompagnent

demain à Zéribet Ahmed.

Dans le milieu de la journée, la nouvelle arriva qu’un mulet qui était à

paître dans les plantations avait disparu, et il parut évident que

c’étaient les Hammāma d’hier qui, cachés dans la montagne, n’avaient pas

voulu partir sans butin et étaient venus dans la journée enlever ce

mulet. Le village fut encore sur le point de se mettre en armes, mais on

abandonna ensuite le projet.

J’apprends aujourd’hui que Négrīn peut compter environ 60 maisons et

peut-être 120 hommes en état de porter les armes. La population se

divise en quatre tribus ; les Oulad ech Cheikh, les Oukid Hamza ; les

Obbaouma et les Oulad Mansour. Le tribut de Négrīn est de 1.180 francs

par an.

A Négrīn, un individu vint me trouver, et, après m’avoir fait comprendre

qu’il avait beaucoup d’argent, il me pria de lui écrire une amulette

pour que sa femme qu’il avait répudiée revînt à lui. Il l’aimait et elle

en préférait un autre avec lequel elle devait se marier. Je répondis à

cet homme que, si j’avais le pouvoir d’écrire de tels talismans, je

commencerais par m’en servir, mais qu’en tous cas je ne lui aurais pas

pris un centime.

Ferkān subit l’influence des Oulad el’Aisāoui, qui s’y font héberger de

force, et se servent du village comme point de ravitaillement dans leurs

expéditions de pillages. Cela tient à ce que les habitants ont beaucoup

de Nemēmcha et même d’Oulad el’Aisāoui au milieu d’eux. Outre ces

étrangers, la population de la ville se divise en trois tribus, les

Oulad Brahīm, les Oulad ’Adouān et les Oulad Yoūnis. Le tout forme 65

maisons et, partant, peut-être 130 hommes au moins en état de porter les

armes ; ce chiffre me fait soupçonner un peu de bonne volonté de leur

part à héberger nos ennemis.

Des messagers viennent de Ferkān, apportant une réponse peu polie ; je

les gronde bien fort et les renvoie brusquement ; cela cause des

pourparlers à n’en plus finir, des séances avec différents hommes de

Ferkān qui venaient d’arriver au Djérid[152]. On finit par s’en aller en

promettant de revenir avant demain avec la mule et les deux hommes.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 83 / 241 题