Je me levai tard, et me rendis de bonne heure au camp ; j’y eus un bout
de conversation avec Si ʿAli Saci toujours très occupé, et j’allai
déjeuner chez le médecin, à qui le Bey a fait cadeau d’un cheval hier ;
nous eûmes un fameux repas venant en partie de la cuisine du Bey, avec
vin de Marsala.
Je revins en ville plus tard que je ne l’aurais voulu, et en route on me
montra l’exécuteur des hautes œuvres, qui porte l’habit d’un canonnier à
cheval. Je trouvai le Khalifa tout prêt à nous montrer les inscriptions
latines que renferme la ville. Je crus d’abord qu’il n’y en avait que
quelques-unes, mais le travail fut beaucoup plus grand que je ne l’avais
pensé. Je ne connaissais pas encore bien le labeur de la lecture d’une
inscription endommagée ; et ce labeur se renouvela douze fois dans mon
après-midi. La plupart des inscriptions sont très avariées, étant toutes
placées dans les murailles des maisons, en dehors, et quelques-unes à
moitié enterrées dans le sol. Si j’étais plus ferré en archéologie,
peut-être eussé-je rendu, mieux que je ne l’ai fait, ces monuments
épigraphiques, mais enfin je vais livrer ici le résultat de mes
lectures[124]. Quant à des estampages, l’état inégal de la surface des
pierres n’aurait pas permis de donner grand’chose de bon.
Dans notre promenade nous touchâmes au Termīl, qui est la source célèbre
de la ville, elle est près du bordj, et on y descend par quelques
marches ; toutes les constructions à l’entour sont fort solides et
datent de l’époque romaine. Le bordj lui-même est un magnifique fort, le
plus beau de la régence après ceux de Tunis ; il occupe un vaste
emplacement et est fort élevé ; l’architecture en est élégante. Je vis
aussi en me promenant l’arc de triomphe (?) et aussi les ruines d’une
église chrétienne dont les arcades sont encore très bien conservées.
Au point de vue pittoresque, le fait le plus intéressant de ma journée
est ma visite à un juif nommé Moucti ; il est Algérien d’origine, sa
maison est un petit palais, et il a une nombreuse famille ; il me reçut
dans une chambre avec un lit à rideaux, pendule, etc., et me fit servir
de l’absinthe du pays qui est excellente et des gâteaux. C’est une jeune
et belle femme qui me servit ; elle peut servir de type du costume des
dames de la famille et, me dit Ahmed, des Tunisiennes en général. Ce qui
le caractérise est le pantalon collant, depuis la cheville jusqu’au
haut, et l’espèce de juste-au-corps collant sur la poitrine. C’est un
singulier contraste avec l’ampleur des autres modes musulmanes, mais il
n’est pas dépourvu d’élégance, et là il était fort bien porté. Je fus
très bien reçu par tout le monde et avec des manières très gracieuses.
Le soir, je vais dans le bordj faire des observations astronomiques
complètes.