J’ai été au bord de la mer, et je n’ai pas pu résister à la tentation de
prendre un bain, court il est vrai, mais qui, je l’espère, me fera du
bien ; l’eau avait environ 15° de même que l’air vers 2 heures et demie
de l’après-midi. Les mariniers me disent qu’à l’entrée de l’oued la plus
grande profondeur d’eau que l’on trouve à marée haute ne dépasse pas 5 à
6 pieds, une hauteur d’homme.
Je mesure au pas métrique un sas au bord de la mer, pour donner quelque
sûreté à mon plan de la rivière de Gabès, qui est tout à recommencer.
J’apprends que le Bey a donné les ordres les plus sévères aux kaïds des
villes maritimes de la régence pour qu’ils ne commettent pas
d’exactions ; le kadhi est responsable sur sa tête s’il n’avertit pas le
Bey le cas échéant.
On me parle beaucoup des montagnes de Ghomerâçen[113], etc. Les tribus
arabes qui y habitent (outre les habitants des villes qui sont berbères)
sont les plus pillardes et brigandes que j’aie jamais entendu
mentionner ; elles ne s’épargnent même pas entre elles. Les hommes ont
écrit sur le canon de leur fusil les noms de ceux qu’ils ont tué, et
celui qui en a le plus est le plus respecté. On m’en cite qui ont leurs
canons de fusils tout couverts de ces marques. Il y a quelque temps, le
chef de l’armée des Aàrād[114] vint à Gabès et, pour une raison ou une
autre, il voulut soumettre la montagne, en particulier le ksar
Mouddenin. Il partit de Gabès, jurant de rapporter tous les brigands
enchaînés. Malheureusement les soldats tunisiens portent des pantalons,
et lorsque du ksar Mouddenin on vit approcher l’armée, on cria partout :
les Chrétiens ! les Chrétiens ! et on commença à écraser l’armée de
pierres. Il y eut déroute complète et le chef lui-même arriva malade à
Gabès.