J’ai été ce matin faire une promenade au bord de la mer, qui est à 3
kil. de la ville. Nous passâmes d’abord le bordj, et laissant
Djarra[112] à notre gauche, nous nous dirigeâmes vers la rivière.
Arrivés à l’endroit où sont construits d’assez grands magasins pour les
approvisionnements de l’armée, je vis quatre ou cinq felouques, ou
embarcations pontées ou demi-pontées à voiles latines. C’est là toute la
flotte commerçante du port de Gabès, si l’on peut appeler port le bord
de la rivière où viennent aborder les bâtiments. Le peu de profondeur de
cette rivière, et le manque de port véritable empêchent les bâtiments
même d’un faible tonnage de venir toucher ici. Tout le commerce, d’après
ce qu’on me dit, est un commerce de cabotage, avec Djerba et Tripoli. —
Auprès du magasin, sont étalés par terre plusieurs canons de fer, les
uns sans culasse, les autres sans bouche, les derniers enfin tout rongés
par la rouille.
Sur la plage qui est très basse (de sorte que j’estime à 2 mètres
environ l’altitude de Gabès), je trouvai les mêmes coquillages que je
m’amusais à recueillir autrefois à Toulon, et en partie aussi à
Trouville. — D’ici j’eus devant les yeux un spectacle que je voyais pour
la première fois ; la mer et des plantations de palmiers se touchant
presque ; mais la verdure des palmiers qui, au sortir d’un désert, me
paraissait si fraîche, me semblait terne et brûlée, comparée avec la
belle couleur foncée de la mer.
Je m’assis pour jouir quelques instants de ce bon air et du beau
spectacle de la mer qui a toujours eu tant d’attraits pour moi.
Nous nous en retournâmes ensuite, et je remarquai la végétation du
rivage où le _harmel_, le _zeita_ et la plante grasse articulée des
marais de la Chemorra (Tougourt) se trouvaient réunis.
Je passe la journée à me reposer, à écrire quelques lettres et à lire un
peu.