Je pars dans la matinée et n’ayant plus de levé à faire sur une route
que j’ai déjà parcourue, je fais attention à la végétation qui se
compose de _halfa_, de _bou griba_ à fleurs jaunes et de _chih_ ; vers
El-Hamma, en traversant la montagne, on voit apparaître le thym. La vie
animale est très animée, je remarque des quantités de fourmis et autres
hyménoptères, de lépidoptères et coléoptères.
A notre arrivée, j’envoyai un mokhazeni prévenir le cheikh ; mais il fut
reçu comme un chien dans un jeu de quilles, parce que le grossier kaïd
de Gabès avait eu la bêtise de renvoyer mes deux cavaliers (de Hamma)
sans leur donner seulement de l’orge pour leurs chevaux. Moi-même je fus
accueilli on ne peut plus froidement ; le cheikh me fit mener à Kessar,
de l’autre côté du bordj. Là, je fus reçu très malhonnêtement ; on
refusa de chercher un logis avant d’avoir vu la lettre du Bey. Moi qui
l’avais donnée à Gabès, je refusai de la montrer, et, voyant les
mauvaises dispositions des habitants, je me décidai à camper en plein
air, et j’écrivis à la hâte une lettre au khalifa des Benî-Zîd en le
priant d’envoyer du monde pour me tirer de cette position et surtout
pour m’accompagner sur la route de Gafsa.
Je vins donc me réfugier au pied du bordj, et le chef de la garnison
sortit pour savoir ce que je voulais ; lorsqu’il eut vu les lettres du
Bey que j’avais dans mon portefeuille, il se fâcha tout rouge, et ne
comprenant pas plus que moi la conduite des gens de Hamma, il me dit :
« Il ne nous est pas permis de vous recevoir dans le bordj, mais voici
une construction séparée où vous pouvez vous installer, et je vous
considère désormais comme mes hôtes ; mes hommes veilleront la nuit sur
vous. » Je m’installai, remerciant le brave homme de sa bonté, et à
peine étais-je assis que les grands de Hamma vinrent me faire toutes
sortes d’excuses et de protestations ; ils me priaient de venir en ville
où on m’avait préparé une belle maison. Je refusai net, et eus à
résister pendant plus d’une heure à leurs supplications. — Enfin ils me
quittèrent et m’envoyèrent à dîner et de l’orge pour les bêtes. — Pour
moi, je dînai avec le commandant du fort, qui ne voulut pas se défaire
de ses droits d’hôte.
[Note 99 : Appelé aussi Cherb-el-Dakhlania.]
[Note 100 : Ce serait une variante de la voie méridionale de Thélepte à
Tacapé de la Table de Peutinger ; d’après Tissot, elle passait par Nefta
et la rive méridionale du chott Djérid. (Voir _Géog. comparée de la
province romaine d’Afrique_, II, p. 686 et la note additionnelle de M.
Salomon Reinach.)]
[Note 101 : Le degré d’humidité des chotts varie pourtant d’année en
année, selon l’abondance des pluies et l’élévation du niveau des nappes
souterraines, qui affleurent et font équilibre à l’évaporation dans les
parties basses. C’est ainsi que la mission Roudaire a trouvé sur le même
trajet du Kriz au Nefzaoua un sol fangeux et détrempé (rapport cité, p.
41). Ici, comme dans le reste du Sahara, il y a bien desséchement
progressif, mais ce desséchement est infiniment lent.]
[Note 102 : Ces deux inscriptions ont été reproduites par Tissot (_Géog.
comparée_, II, p. 702-703) et dans le _Corpus_, I. (L. VIII, 84 et 83)
d’après les copies de G. Temple et de Tissot lui-même. M. S. Reinach a
signalé de légères différences entre ces reproductions et le dessin,
dont le fac-similé est donné ici. On sait que Tissot a identifié
Tellimīn avec le Limes Thamallensis de la Notitia Dignitatum, le Turris
Tamallensis de l’itinéraire d’Antonin. Voir aussi, sur l’occupation
romaine de la région au sud des chotts, Cagnat, _L’armée romaine
d’Afrique_, p. 561, 753 et suiv. et le chap. VIII du mémoire du regretté
P. Blanchet : _Mission archéologique dans le centre et le sud de la
Tunisie_, avril-août 1895, _Nouv. Archives des Missions scient. et
litt._, IX, 1899.]
[Note 103 : L’Ad Templum des cartes.]
[Note 104 : Rhoma ou Rhouma, chef insurgé du Djébel Tripolitain, où il
brava successivement les armées des Karamanli de Tripoli, puis des
Turcs. Il fut attiré à Tripoli et pris par trahison en 1843.]
[Note 105 : Appelé aussi Djébel-Tebaga.]
[Note 106 : Cette remarque n’est pas inutile, car les Tripolitains
donnent le nom d’halfa à une autre graminée, _Lygeum Spartum_ L. et
appellent l’alfa algérien _guedim_ ou _bechna_ (_Les Touaregs du Nord_,
p. 203). L’alfa algérien est ici près de sa limite sud.]
[Note 107 : Sans doute l’oued Magroun de la mission Roudaire, ruisseau
permanent issu d’une des nombreuses sources qui jaillissent au pied du
massif crétacé du Tébaga. (Dru, rapport cité, p. 39.)]
[Note 108 : _Aquae Tacapitanae_. Cf. Tissot, II, p. 654.]
[Note 109 : Duveyrier était parti avec cette idée. Il s’en est expliqué
dans une lettre au Dr Barth, datée de Biskra, 19 déc. 1859, dont le
brouillon en allemand se retrouve dans ses papiers : « Je regarde comme
très probable la connexion du Chott Melrir avec le Palus Tritonis des
géographes anciens. Je me représente cette grande dépression reliée
jadis aux sebkhas du Djérid, et celles-ci unies à la Méditerranée. Il
suffirait d’admettre un soulèvement progressif du sol... » Il ajoutait,
il est vrai : « Je me suis arrêté trop longtemps à ces indications
incomplètes, et je manque ici à mon principe, qu’un voyageur en route
doit bâtir aussi peu d’hypothèses que possible. » — Sur le seuil de
Gabès et sa formation, voir notamment L. Dru, _Rapport sur la dernière
expédition des chotts_, Paris, 1881, p. 49-51 et coupe. Sur la région
des Matmata, voir P. Blanchet, _Le Djébel-Demmer_ (_Annales de Géogr._,
1897, p. 239-254) et commandant Rebillet, _le Sud de la Tunisie_, Gabès,
1886.]
[Note 110 : L’ancien Menzel a été en partie détruit lors de la prise de
Gabès en 1881.]
[Note 111 : Reproduite dans Tissot (II, p. 199, 811) et dans Guérin
(_Voyage archéologique dans la Régence de Tunis_, II, p. 191) qui la
croyait apportée de Henchir Lemtou.]
[Note 112 : L’autre ville de l’oasis de Gabès.]
[Note 113 : Ghoumracen, village troglodytique du Djébel el Abiod,
appartenant aux Ourghamma.]
[Note 114 : L’agha des Aarad, comme la plupart des autres gouverneurs de
province, résidait à Tunis et venait à Gabès avec sa colonne pour faire
rentrer les impôts.]