21 mars.

Je pars dans la matinée et n’ayant plus de levé à faire sur une route

que j’ai déjà parcourue, je fais attention à la végétation qui se

compose de _halfa_, de _bou griba_ à fleurs jaunes et de _chih_ ; vers

El-Hamma, en traversant la montagne, on voit apparaître le thym. La vie

animale est très animée, je remarque des quantités de fourmis et autres

hyménoptères, de lépidoptères et coléoptères.

A notre arrivée, j’envoyai un mokhazeni prévenir le cheikh ; mais il fut

reçu comme un chien dans un jeu de quilles, parce que le grossier kaïd

de Gabès avait eu la bêtise de renvoyer mes deux cavaliers (de Hamma)

sans leur donner seulement de l’orge pour leurs chevaux. Moi-même je fus

accueilli on ne peut plus froidement ; le cheikh me fit mener à Kessar,

de l’autre côté du bordj. Là, je fus reçu très malhonnêtement ; on

refusa de chercher un logis avant d’avoir vu la lettre du Bey. Moi qui

l’avais donnée à Gabès, je refusai de la montrer, et, voyant les

mauvaises dispositions des habitants, je me décidai à camper en plein

air, et j’écrivis à la hâte une lettre au khalifa des Benî-Zîd en le

priant d’envoyer du monde pour me tirer de cette position et surtout

pour m’accompagner sur la route de Gafsa.

Je vins donc me réfugier au pied du bordj, et le chef de la garnison

sortit pour savoir ce que je voulais ; lorsqu’il eut vu les lettres du

Bey que j’avais dans mon portefeuille, il se fâcha tout rouge, et ne

comprenant pas plus que moi la conduite des gens de Hamma, il me dit :

« Il ne nous est pas permis de vous recevoir dans le bordj, mais voici

une construction séparée où vous pouvez vous installer, et je vous

considère désormais comme mes hôtes ; mes hommes veilleront la nuit sur

vous. » Je m’installai, remerciant le brave homme de sa bonté, et à

peine étais-je assis que les grands de Hamma vinrent me faire toutes

sortes d’excuses et de protestations ; ils me priaient de venir en ville

où on m’avait préparé une belle maison. Je refusai net, et eus à

résister pendant plus d’une heure à leurs supplications. — Enfin ils me

quittèrent et m’envoyèrent à dîner et de l’orge pour les bêtes. — Pour

moi, je dînai avec le commandant du fort, qui ne voulut pas se défaire

de ses droits d’hôte.

[Note 99 : Appelé aussi Cherb-el-Dakhlania.]

[Note 100 : Ce serait une variante de la voie méridionale de Thélepte à

Tacapé de la Table de Peutinger ; d’après Tissot, elle passait par Nefta

et la rive méridionale du chott Djérid. (Voir _Géog. comparée de la

province romaine d’Afrique_, II, p. 686 et la note additionnelle de M.

Salomon Reinach.)]

[Note 101 : Le degré d’humidité des chotts varie pourtant d’année en

année, selon l’abondance des pluies et l’élévation du niveau des nappes

souterraines, qui affleurent et font équilibre à l’évaporation dans les

parties basses. C’est ainsi que la mission Roudaire a trouvé sur le même

trajet du Kriz au Nefzaoua un sol fangeux et détrempé (rapport cité, p.

41). Ici, comme dans le reste du Sahara, il y a bien desséchement

progressif, mais ce desséchement est infiniment lent.]

[Note 102 : Ces deux inscriptions ont été reproduites par Tissot (_Géog.

comparée_, II, p. 702-703) et dans le _Corpus_, I. (L. VIII, 84 et 83)

d’après les copies de G. Temple et de Tissot lui-même. M. S. Reinach a

signalé de légères différences entre ces reproductions et le dessin,

dont le fac-similé est donné ici. On sait que Tissot a identifié

Tellimīn avec le Limes Thamallensis de la Notitia Dignitatum, le Turris

Tamallensis de l’itinéraire d’Antonin. Voir aussi, sur l’occupation

romaine de la région au sud des chotts, Cagnat, _L’armée romaine

d’Afrique_, p. 561, 753 et suiv. et le chap. VIII du mémoire du regretté

P. Blanchet : _Mission archéologique dans le centre et le sud de la

Tunisie_, avril-août 1895, _Nouv. Archives des Missions scient. et

litt._, IX, 1899.]

[Note 103 : L’Ad Templum des cartes.]

[Note 104 : Rhoma ou Rhouma, chef insurgé du Djébel Tripolitain, où il

brava successivement les armées des Karamanli de Tripoli, puis des

Turcs. Il fut attiré à Tripoli et pris par trahison en 1843.]

[Note 105 : Appelé aussi Djébel-Tebaga.]

[Note 106 : Cette remarque n’est pas inutile, car les Tripolitains

donnent le nom d’halfa à une autre graminée, _Lygeum Spartum_ L. et

appellent l’alfa algérien _guedim_ ou _bechna_ (_Les Touaregs du Nord_,

p. 203). L’alfa algérien est ici près de sa limite sud.]

[Note 107 : Sans doute l’oued Magroun de la mission Roudaire, ruisseau

permanent issu d’une des nombreuses sources qui jaillissent au pied du

massif crétacé du Tébaga. (Dru, rapport cité, p. 39.)]

[Note 108 : _Aquae Tacapitanae_. Cf. Tissot, II, p. 654.]

[Note 109 : Duveyrier était parti avec cette idée. Il s’en est expliqué

dans une lettre au Dr Barth, datée de Biskra, 19 déc. 1859, dont le

brouillon en allemand se retrouve dans ses papiers : « Je regarde comme

très probable la connexion du Chott Melrir avec le Palus Tritonis des

géographes anciens. Je me représente cette grande dépression reliée

jadis aux sebkhas du Djérid, et celles-ci unies à la Méditerranée. Il

suffirait d’admettre un soulèvement progressif du sol... » Il ajoutait,

il est vrai : « Je me suis arrêté trop longtemps à ces indications

incomplètes, et je manque ici à mon principe, qu’un voyageur en route

doit bâtir aussi peu d’hypothèses que possible. » — Sur le seuil de

Gabès et sa formation, voir notamment L. Dru, _Rapport sur la dernière

expédition des chotts_, Paris, 1881, p. 49-51 et coupe. Sur la région

des Matmata, voir P. Blanchet, _Le Djébel-Demmer_ (_Annales de Géogr._,

1897, p. 239-254) et commandant Rebillet, _le Sud de la Tunisie_, Gabès,

1886.]

[Note 110 : L’ancien Menzel a été en partie détruit lors de la prise de

Gabès en 1881.]

[Note 111 : Reproduite dans Tissot (II, p. 199, 811) et dans Guérin

(_Voyage archéologique dans la Régence de Tunis_, II, p. 191) qui la

croyait apportée de Henchir Lemtou.]

[Note 112 : L’autre ville de l’oasis de Gabès.]

[Note 113 : Ghoumracen, village troglodytique du Djébel el Abiod,

appartenant aux Ourghamma.]

[Note 114 : L’agha des Aarad, comme la plupart des autres gouverneurs de

province, résidait à Tunis et venait à Gabès avec sa colonne pour faire

rentrer les impôts.]

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 60 / 241 题