12 mars.

Ce matin, nous sommes partis de bonne heure et une courte marche nous

mena aux deux villages de Zorgān et d’Oulad Madjed. Dans ce dernier

endroit je m’arrêtai au minaret, isolé comme celui de Belīdet el Hadar,

et comme lui bâti sur des fondations romaines ; je le gravis à travers

différents casse-cou ; il est bâti en briques et de construction solide.

On m’avait dit que je devais trouver là une inscription latine, mais il

n’y en a aucune. Il fut question alors de la mosquée, j’y entrai et

trouvai une inscription arabe entourant le dôme de la niche de l’imān,

de même qu’à Belīdet el Hadar.

Désappointés, nous continuâmes notre marche et entrâmes dans les

palmiers ; nous ne tardâmes pas à arriver aux ruines romaines du Guebba

qui sont au milieu de la _ghaba_[93]. Un indigène instruit me dit que

cette ville, car ce devait en être une, se nommait alors

« Tagiānoūs[94] ». Les ruines, presque partout se réduisant à des

fondations, car je suis persuadé que le reste était bâti en briques,

s’étendent sur un grand espace ; on reconnaît les plans des maisons ; et

çà et là, parmi les pierres dispersées, on rencontre un tronçon de

colonne ou une autre pierre travaillée. Deux monuments sont encore assez

apparents. C’est d’abord une petite construction carrée, évidemment

enterrée de beaucoup, qui me frappa par ce fait que les pierres de

taille sont surmontées d’un reste de construction en briques, identiques

à celles des maisons de Tōzer.

[Illustration : Portion de muraille (Guebba). Ruines romaines. — La

niche dans la muraille est évidemment une écluse bouchée.]

L’autre ruine consiste en un long mur ou sommet de muraille, entièrement

en pierre de taille avec une sorte de fausse porte voûtée, qui pourrait

être encore une écluse pour les eaux ; de même que le mur pouvait faire

partie d’un réservoir ; mais les indigènes rapportent eux-mêmes que les

sables, la terre elle-même s’exhausse toujours par suite des vents qui

l’amènent, et me disaient que, s’il y avait des inscriptions à Guebba,

le vent les aurait ensevelies. Aujourd’hui les palmiers croissent au

milieu des enceintes des maisons de l’ancienne ville romaine, ce qui

prouve que cette partie des plantations est postérieure à l’occupation

romaine.

En quittant Guebba, nous atteignîmes bientôt Kēriz, petite ville bâtie

en terre et en vase sur une élévation. En attendant le déjeuner, je

partis pour aller voir une inscription latine dans la montagne.

Avant d’entrer dans les rochers, nous découvrîmes dans l’embouchure d’un

ravin un petit douār de 5 à 6 misérables tentes de Hammāma. Nous

gravîmes la montagne, et environ aux trois quarts de sa hauteur, nous

nous arrêtâmes à un rocher plat, très raviné par la pluie, et formant

une table inclinée. Là se trouve une inscription écrite très

grossièrement et à la légère, en lettres de 50 centimètres de hauteur ;

elle se compose de trois lignes ; à côté il y en a une seconde de deux

lignes et beaucoup plus petite, qui, plus facile à restaurer que

l’autre, indique que cet endroit était consacré à Mercure et avait le

privilège d’asile. La nature de cette inscription et surtout sa position

dans un endroit peu accessible et isolé est digne de remarque.

[Illustration : Inscription du Djébel-Sebaa Regoûd au nord de

Kerîz[95].]

La nature géologique de la montagne de Sebaa Regoûd est un calcaire

coquillier marin. Il contient beaucoup de fossiles[96], notamment des

oursins. Je trouve sur la route plusieurs plantes et fleurs nouvelles

pour moi, toutes très humbles.

Nous retournons, et à la hauteur du douar, deux femmes habillées de bleu

viennent demander qui je suis ; il leur est répondu : « Un Occidental de

l’Occident ».

De Kērīz une très courte marche nous amena à Sedāda, qui lui ressemble

beaucoup. Les habitants de cette ville ne sont pas aussi civilisés que

ceux des autres ; ils m’ennuient même beaucoup. On fait déjà des

difficultés pour me montrer des ruines romaines ; nous allons à

Tamezrarit, petite _ghaba_ de palmiers, oliviers et autres cultures qui

se trouve un peu à l’est ; là je me fâche contre le cheikh qui me paraît

très soupçonneux et je fais tourner bride. Je reviendrai si les ruines

en valent la peine[97].

De retour à la maison qui m’est destinée, je la fais évacuer par tout le

monde, et comme quelques Arabes Hammāma et autres va-nu-pieds semblent

trouver drôle qu’on les empêche _de voir_ un roumi qui cherche des

pierres romaines, et que ces Messieurs se disputent avec Ahmed pour ne

pas s’en aller, je fais venir le cheikh, et exécute une scène éloquente

où je qualifie de chiens les susdits Arabes ; le cheikh tâche de me

surpasser de colère et me propose de les mettre tous en prison.

Le ciel s’éclaircit le soir et je puis prendre la latitude des lieux.

Les cartes ont une erreur énorme pour tout le sud de la Tunisie.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 49 / 241 题