Malgré toutes les précautions que je croyais avoir prises, je ne pus
partir que dans la soirée. Si Mohammed ben Rabah et deux « mokhazeni »
m’accompagnèrent jusqu’à Degach. Cette fois, j’avais abandonné le
chameau et mis mon bagage sur deux mulets que j’ai loués 40 francs d’ici
à Gabès et retour. Outre Ahmed, j’ai cru devoir prendre encore un
domestique qui aura pour gages 13 francs.
La route qui sépare Tôzer de Degach est très insignifiante ; on verra
dans l’itinéraire les traits principaux qui la caractérisent. Je dois
cependant remarquer que dans l’oued à sec qui sépare en deux la ville de
Degach, la constitution géologique des berges consiste en forts lits de
conglomérat de sables quartzeux séparés par de minces couches d’argile,
le tout ayant une position légèrement inclinée[92].
Dans tout le cercle d’el Ouidĭān ou de Tāgiroūs, dans lequel nous venons
d’entrer, il n’y a que 1.600 hommes et les biens de la terre se
réduisent à 188.000 palmiers ou oliviers, car cet arbre qui commence à
Tōzer, mais y est peu commun, se trouve ici en plus grand nombre.
Dans ce pays, on considère Tōzer et Gafsa comme ayant le climat le plus
sain ; ensuite viennent Nafta et Degāch avec un bon climat encore, mais
Kĕrĭz est malsain ; les fièvres s’y montrent. El-Hamma près d’ici de
même ; l’autre Hamma près de Gabès encore de même, enfin le Nefzāoua
compte pour le plus mauvais climat.
Les maisons ici sont construites en tōb, et sont loin d’égaler les
constructions de Nafta et de Tōzer.
Je suis reçu par le khalifa et attends inutilement un ciel étoilé, et
presque avec autant de succès mon dîner. Cependant ce dernier arrive
très tard, et je me couche. La nuit, toutes les bêtes de somme font une
cohue générale, on peut à peine les séparer ; mon cheval est fortement
mordu en deux endroits.