Nous sommes partis de Nefta d’assez bonne heure par un ouragan
épouvantable, le vent venant du nord-est avec beaucoup de force. Nous
étions gelés, quoique la température de l’air ne fût pas très basse. La
route de Nafta à Tōzer est très insignifiante, elle longe le chott à une
petite distance ; on est sur un terrain élevé, presque dénué de
végétation et très peu accidenté. Un peu avant d’arriver, on voit le
Djebel Tarfaouï.
Tōzer a moins de population que Nafta (1.900 hommes), mais possède des
plantations beaucoup plus considérables : 300.000 palmiers. Les
constructions sont ici les mêmes qu’à Nafta ; la ville possède aussi une
rivière qui prend sa source au bout ouest des plantations et qui est
aussi considérable que celle de Nafta ; après avoir traversé les
plantations, elle va encore se perdre dans le chott.
Je trouve ici le vice-consul Si Mohammed ben Rabah, à peine installé
depuis vingt jours ; nous nous embrassons en nous rencontrant, et je
suis charmé de trouver une perle d’homme dans ce personnage. Il possède
beaucoup de biens dans la ville et à Nafta, mais de crainte qu’on ne lui
reproche de la fantasia depuis son installation comme consul _français_,
il affecte une mise très simple.
Les autorités me souhaitent la bienvenue, mais sont très occupées à
recueillir le reste de l’impôt que va venir prendre la _mahalla_.
Je vais à cheval et le vice-consul sur sa mule à Beled el Hadar[89] voir
des restes de constructions romaines[90] qui servent de fondation à un
minaret isolé. La grande mosquée est à côté ; on m’avait dit qu’elle
renfermait des inscriptions, mais y étant entré, je n’y reconnus qu’un
inscription arabe, sculptée et peut-être intéressante comme monument de
culture architecturale. Mon habit me permet d’entrer dans une mosquée
sans faire trop de scandale. Quelqu’un ayant demandé dans le temple qui
j’étais, le vice-consul se contenta de répondre : « Un homme de l’Ouest.
— Quelqu’un qui cherche des inscriptions hébraïques ? — Oui. »
Les fondations du minaret sont très solides, en pierres carrées ; plus
haut, des tronçons de colonnes et d’autres pierres ont été installées
dans la construction arabe ; enfin au-dessus de la porte on voit deux
pierres sculptées grossièrement. D’inscriptions, point.
Mon cheval fit des sauts à n’en plus finir jusqu’à notre retour en
ville. Il y a des tentes des Hammāma auprès de la ville. J’ai pu voir
leur intérieur, qui ressemble en tout à celui des autres Arabes.
Le vice-consul me fait apporter une table et une chaise.
Tōzer compte 1.900 hommes depuis l’âge de puberté jusqu’aux vieillards.
L’impôt s’élève à 542.000 réals tounsi en comptant les exactions. Le
réal tounsi vaut 75 centimes. Ici on m’indique comme impôt de Nafta la
somme de 588.000 réals tounsi ; donc encore plus que Sid el’Abīdi
n’avait dit. On prétend encore que l’air de ce pays vaut mieux que celui
de Nafta, qui est déjà très bon[91].