10 mars.

Nous sommes partis de Nefta d’assez bonne heure par un ouragan

épouvantable, le vent venant du nord-est avec beaucoup de force. Nous

étions gelés, quoique la température de l’air ne fût pas très basse. La

route de Nafta à Tōzer est très insignifiante, elle longe le chott à une

petite distance ; on est sur un terrain élevé, presque dénué de

végétation et très peu accidenté. Un peu avant d’arriver, on voit le

Djebel Tarfaouï.

Tōzer a moins de population que Nafta (1.900 hommes), mais possède des

plantations beaucoup plus considérables : 300.000 palmiers. Les

constructions sont ici les mêmes qu’à Nafta ; la ville possède aussi une

rivière qui prend sa source au bout ouest des plantations et qui est

aussi considérable que celle de Nafta ; après avoir traversé les

plantations, elle va encore se perdre dans le chott.

Je trouve ici le vice-consul Si Mohammed ben Rabah, à peine installé

depuis vingt jours ; nous nous embrassons en nous rencontrant, et je

suis charmé de trouver une perle d’homme dans ce personnage. Il possède

beaucoup de biens dans la ville et à Nafta, mais de crainte qu’on ne lui

reproche de la fantasia depuis son installation comme consul _français_,

il affecte une mise très simple.

Les autorités me souhaitent la bienvenue, mais sont très occupées à

recueillir le reste de l’impôt que va venir prendre la _mahalla_.

Je vais à cheval et le vice-consul sur sa mule à Beled el Hadar[89] voir

des restes de constructions romaines[90] qui servent de fondation à un

minaret isolé. La grande mosquée est à côté ; on m’avait dit qu’elle

renfermait des inscriptions, mais y étant entré, je n’y reconnus qu’un

inscription arabe, sculptée et peut-être intéressante comme monument de

culture architecturale. Mon habit me permet d’entrer dans une mosquée

sans faire trop de scandale. Quelqu’un ayant demandé dans le temple qui

j’étais, le vice-consul se contenta de répondre : « Un homme de l’Ouest.

— Quelqu’un qui cherche des inscriptions hébraïques ? — Oui. »

Les fondations du minaret sont très solides, en pierres carrées ; plus

haut, des tronçons de colonnes et d’autres pierres ont été installées

dans la construction arabe ; enfin au-dessus de la porte on voit deux

pierres sculptées grossièrement. D’inscriptions, point.

Mon cheval fit des sauts à n’en plus finir jusqu’à notre retour en

ville. Il y a des tentes des Hammāma auprès de la ville. J’ai pu voir

leur intérieur, qui ressemble en tout à celui des autres Arabes.

Le vice-consul me fait apporter une table et une chaise.

Tōzer compte 1.900 hommes depuis l’âge de puberté jusqu’aux vieillards.

L’impôt s’élève à 542.000 réals tounsi en comptant les exactions. Le

réal tounsi vaut 75 centimes. Ici on m’indique comme impôt de Nafta la

somme de 588.000 réals tounsi ; donc encore plus que Sid el’Abīdi

n’avait dit. On prétend encore que l’air de ce pays vaut mieux que celui

de Nafta, qui est déjà très bon[91].

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 47 / 241 题