9 mars.

Je décide de ne partir pour Tōzer que demain matin.

Le matin, je vais voir les sources de l’oued Nafta ; cela me donne

l’occasion de voir dans les jardins le « _nebqa_ », un _Rhamnus_[84] qui

atteint 20 mètres de haut et de grandes dimensions ; son fruit est gros

comme une grosse cerise, atteint même la grosseur d’une prune.

Les sources qui forment l’oued sont assez chaudes, elles sortent de

dessous une couche de marnes très épaisse, qui par exemple au Ras-

el’Aioun[85] atteint une hauteur d’environ 30 mètres. Ces marnes varient

de structure, de couleur et de friabilité. Le reste du terrain de Nafta

se compose de grès très friables, si l’on peut appeler ainsi un

conglomérat de sables quartzeux renfermant de petites veines de glaise,

et des rognons atteignant quelquefois un volume considérable de grès

véritable renfermant quelquefois de la marne.

Les eaux de l’Oued renferment des poissons qui vivent surtout dans les

endroits où l’eau est le plus chaude. Ils ont des taches rougeâtres ou

orangées, quelques-unes prenant 1/5e du dos. — Les flaques d’eau formées

par les sources nombreuses renferment des coquilles différentes de

celles de l’Oued.

Les animaux de Nafta à noter sont les bœufs (en petit nombre), les

lapins (!), les chiens de races variées, les chèvres de race européenne.

Je vais voir le soir le marabout Sid’Moustapha ben Azoûz, qui me reçoit

d’une façon fort civile, et s’efforce de me faire comprendre que tous,

musulmans, chrétiens et juifs sont ses enfants, tous ceux que Dieu a

créés[86] ; il approuve mes études. Nous mangeons sa « bénédiction »,

pour rendre la parole arabe. — Sa zaouiya était remplie de monde,

surtout de pèlerins venus du Souf avec moi.

Je suis obligé de donner de longs détails sur l’électricité, la vapeur

et beaucoup de choses semblables.

Pendant que je dessinais la zaouiya de Sidi et Tabăi, de nombreux

curieux s’étaient rassemblés et parmi eux des tolba[87] : on montra

beaucoup de mauvais vouloir, et lorsque je demandai le nom de la

zaouiya, on refusa de me le donner ; c’est Sidel’Abīdi qui la reconnaît

sur le dessin et m’en donne le nom. Je me plains de cela, et on me donne

un mokhazeni[88] pour écarter la foule. Je finis la journée très bien.

Les nuages qui ont occupé le ciel tout le temps de mon séjour m’ont

empêché de faire des observations astronomiques. A midi le soleil était

visible par intervalles, j’essayai de le prendre au méridien, mais mon

observation est, je le crains, peu concordante, parce que les deux kaïds

étaient à mes côtés et m’ennuyaient de questions.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 46 / 241 题