Je décide de ne partir pour Tōzer que demain matin.
Le matin, je vais voir les sources de l’oued Nafta ; cela me donne
l’occasion de voir dans les jardins le « _nebqa_ », un _Rhamnus_[84] qui
atteint 20 mètres de haut et de grandes dimensions ; son fruit est gros
comme une grosse cerise, atteint même la grosseur d’une prune.
Les sources qui forment l’oued sont assez chaudes, elles sortent de
dessous une couche de marnes très épaisse, qui par exemple au Ras-
el’Aioun[85] atteint une hauteur d’environ 30 mètres. Ces marnes varient
de structure, de couleur et de friabilité. Le reste du terrain de Nafta
se compose de grès très friables, si l’on peut appeler ainsi un
conglomérat de sables quartzeux renfermant de petites veines de glaise,
et des rognons atteignant quelquefois un volume considérable de grès
véritable renfermant quelquefois de la marne.
Les eaux de l’Oued renferment des poissons qui vivent surtout dans les
endroits où l’eau est le plus chaude. Ils ont des taches rougeâtres ou
orangées, quelques-unes prenant 1/5e du dos. — Les flaques d’eau formées
par les sources nombreuses renferment des coquilles différentes de
celles de l’Oued.
Les animaux de Nafta à noter sont les bœufs (en petit nombre), les
lapins (!), les chiens de races variées, les chèvres de race européenne.
Je vais voir le soir le marabout Sid’Moustapha ben Azoûz, qui me reçoit
d’une façon fort civile, et s’efforce de me faire comprendre que tous,
musulmans, chrétiens et juifs sont ses enfants, tous ceux que Dieu a
créés[86] ; il approuve mes études. Nous mangeons sa « bénédiction »,
pour rendre la parole arabe. — Sa zaouiya était remplie de monde,
surtout de pèlerins venus du Souf avec moi.
Je suis obligé de donner de longs détails sur l’électricité, la vapeur
et beaucoup de choses semblables.
Pendant que je dessinais la zaouiya de Sidi et Tabăi, de nombreux
curieux s’étaient rassemblés et parmi eux des tolba[87] : on montra
beaucoup de mauvais vouloir, et lorsque je demandai le nom de la
zaouiya, on refusa de me le donner ; c’est Sidel’Abīdi qui la reconnaît
sur le dessin et m’en donne le nom. Je me plains de cela, et on me donne
un mokhazeni[88] pour écarter la foule. Je finis la journée très bien.
Les nuages qui ont occupé le ciel tout le temps de mon séjour m’ont
empêché de faire des observations astronomiques. A midi le soleil était
visible par intervalles, j’essayai de le prendre au méridien, mais mon
observation est, je le crains, peu concordante, parce que les deux kaïds
étaient à mes côtés et m’ennuyaient de questions.