Nous continuâmes de voyager dans une contrée alternant de l’oued aux
dunes, et passâmes notamment plusieurs de ces dernières, comme Sif
Soltan, Sif er Retem et Sif el Lehoudi. Nous déjeunâmes dans l’oued
Nàīma.
Ensuite nous traversâmes un pays où les dunes devenaient de plus en plus
hautes. En route nous rencontrâmes trois spahis venus d’El-Oued et se
rendant à Tougourt ; ils vinrent tous me serrer la main, nous
échangeâmes les nouvelles et partîmes chacun de notre côté. Nous
rencontrâmes ensuite des gens du Souf venus avec des chameaux pour
ramasser du bois et du drin, ces deux objets manquant dans les dunes
plus près de leur pays, là où la consommation en était facile.
Nous arrivâmes enfin à Ourmās, plantations de palmiers et jardins
_creusés_ dans les sables. On y voit un assez bon nombre de maisons et
nous y remarquâmes quelques habitants, quoique ce ne soit guère qu’en
automne que cet endroit soit habité à cause des fruits et des dattes. Au
moment de quitter Ourmas, Ahmed me fit remarquer trois petits dômes de
maçonnerie émergeant du sable ; il me dit que c’était le toit d’une
maison qu’il avait vue avant que les sables ne l’eussent ensevelie.
De là, après avoir traversé une zone de hautes dunes, nous entrâmes dans
un terrain plus aisé, et atteignîmes bientôt Kouinin.
Le cheikh nous reçut bien, nous donna sa maison, et comme j’y entrai
avant que la famille ne l’eût quittée, je pus voir deux dames d’une
beauté incontestable et une négresse toute réjouie qui n’avait
probablement jamais rien vu d’aussi extraordinaire que ma personne et
mon bagage. Le tout annonçait une certaine civilisation et un vrai bien-
être. La maison et le mobilier répondaient parfaitement à la figure des
femmes et à leur habillement.
Après un bon dîner, je me mets en poste d’observation avec l’intention
de faire de bonnes observations astronomiques. — Le vent qui avait cessé
au coucher du soleil et qui a repris depuis me gênera probablement.
Je vois, à mon grand regret, que la lunette de mon sextant est
insuffisante pour me permettre d’observer des occultations, du moins
quand la lune est aussi brillante[65].