2 mars.

Nous continuâmes de voyager dans une contrée alternant de l’oued aux

dunes, et passâmes notamment plusieurs de ces dernières, comme Sif

Soltan, Sif er Retem et Sif el Lehoudi. Nous déjeunâmes dans l’oued

Nàīma.

Ensuite nous traversâmes un pays où les dunes devenaient de plus en plus

hautes. En route nous rencontrâmes trois spahis venus d’El-Oued et se

rendant à Tougourt ; ils vinrent tous me serrer la main, nous

échangeâmes les nouvelles et partîmes chacun de notre côté. Nous

rencontrâmes ensuite des gens du Souf venus avec des chameaux pour

ramasser du bois et du drin, ces deux objets manquant dans les dunes

plus près de leur pays, là où la consommation en était facile.

Nous arrivâmes enfin à Ourmās, plantations de palmiers et jardins

_creusés_ dans les sables. On y voit un assez bon nombre de maisons et

nous y remarquâmes quelques habitants, quoique ce ne soit guère qu’en

automne que cet endroit soit habité à cause des fruits et des dattes. Au

moment de quitter Ourmas, Ahmed me fit remarquer trois petits dômes de

maçonnerie émergeant du sable ; il me dit que c’était le toit d’une

maison qu’il avait vue avant que les sables ne l’eussent ensevelie.

De là, après avoir traversé une zone de hautes dunes, nous entrâmes dans

un terrain plus aisé, et atteignîmes bientôt Kouinin.

Le cheikh nous reçut bien, nous donna sa maison, et comme j’y entrai

avant que la famille ne l’eût quittée, je pus voir deux dames d’une

beauté incontestable et une négresse toute réjouie qui n’avait

probablement jamais rien vu d’aussi extraordinaire que ma personne et

mon bagage. Le tout annonçait une certaine civilisation et un vrai bien-

être. La maison et le mobilier répondaient parfaitement à la figure des

femmes et à leur habillement.

Après un bon dîner, je me mets en poste d’observation avec l’intention

de faire de bonnes observations astronomiques. — Le vent qui avait cessé

au coucher du soleil et qui a repris depuis me gênera probablement.

Je vois, à mon grand regret, que la lunette de mon sextant est

insuffisante pour me permettre d’observer des occultations, du moins

quand la lune est aussi brillante[65].

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 38 / 241 题