1er mars 1860.
A peine voulions-nous partir ce matin, que le chameau qui portait les
cantines, et qui est très timide, effrayé par quelque chose, prit tout à
coup le galop, et après quelques instants de résistance, les cantines
volèrent en l’air, une des chaînes s’étant cassée. Les caisses
retombèrent sens dessus dessous à mon grand crève-cœur. — Après avoir
procédé à l’ouverture des cantines, je trouvai deux flacons vides
cassés, une bouteille de vin et un grand flacon d’eau sédative dans le
même état. Le dégât causé par cet accident est assez grave, mon sucre
est presque entièrement perdu, et beaucoup de linges et de livres sont
plus ou moins tachés. De plus, je perds deux flacons précieux pour
mettre des objets d’histoire naturelle.
Le chamelier à qui appartient le chameau, et qui avait insisté pour
qu’on lui confiât les cantines malgré les observations d’Ahmed, aura une
bonne amende en arrivant au Souf.
Après ce retard, nous nous mîmes en marche, et traversâmes
alternativement des zones de dunes et des _oueds_. La végétation se
composait d’_alenda_, _zeita_, _sefār_, _drīn_, _lebbîn_ et _arta_.
Nous arrivâmes dans l’après-midi aux puits de Mouia Ferdjān[64]. Ils
sont au nombre de trois et entourés chacun d’un petit mur en maçonnerie
pour empêcher que les sables ne les comblent. L’eau de ces puits, de
celui de l’est en particulier, est très bonne et a une température assez
basse.
Nous ne nous arrêtâmes aux puits que le temps d’abreuver mon cheval et
de remplir les outres, et nous continuâmes encore un peu dans un pays
semblable à celui que nous avions laissé derrière nous. — Nous campâmes
de bonne heure, pour les mêmes raisons culinaires que la veille.