Aujourd’hui, à mon grand désespoir, je trouve la montre de M. Colombo
arrêtée et tout à fait dérangée.
Je partis de bonne heure tout seul, laissant ma tente et mes effets en
arrière ; quoique le soleil fût déjà à une certaine hauteur au-dessus de
l’horizon, je fis tant galoper et trotter mon cheval que j’arrivai à
Tougourt une heure avant le déjeuner, c’est-à-dire vers 9 h. du matin.
Mon cheval était tout couvert d’écume, et le kaïd qui fut, avec M.
Guillemot, la première personne que je rencontrai, me mena tout de suite
dans sa maison ; il fit mettre le cheval à l’écurie et me présenta au
capitaine Canat.
Mon courrier est assez considérable et très bon en somme. Je reçois
entre autres une lettre de mon excellent maître et ami le Dr Fleischer
qui me requiert formellement de comparer les différents dialectes
berbères avec les langues égyptiennes. Je ne manquerai pas de le
faire[56] ; cela aura deux résultats : 1o de m’indiquer des faits pour
la classification des langues berbères ; 2o des faits pour déterminer
l’âge relatif des différents dialectes.
Je reçois de M. de Dalmas, chef du cabinet de l’empereur, des lettres de
recommandation du Bey de Tunis pour les différents kaïds et aghas de son
gouvernement. Comme, d’autre part, je ne puis espérer recevoir mon
chronomètre que vers le commencement d’avril, époque du retour du
capitaine Langlois à Biskra, je me décide à entreprendre dans le sud de
la Tunisie, un voyage de vingt jours à un mois.
Mon bagage arrive, et je fais planter ma tente à la porte de la kasba.