Je résolus aujourd’hui d’atteindre Blidet-Amar à quelque prix que ce
fût. Nous partîmes de bonne heure avec un nouveau chameau qu’un des
Chaànba avait été chercher. Nous voyageâmes rapidement dans une contrée
alternativement de sable et de sebkha. Nous arrivâmes après une courte
marche au Hassi-Sidi-Messaoud, mais ne nous y arrêtâmes pas.
Nous longeâmes ensuite de loin des hauteurs nommées Merguet, du nom
d’une petite sebkha toute blanche de sel qui apparut bientôt sur la
gauche.
Nous vîmes de même, sans nous y arrêter, le petit pâté de dunes nommé
Areg-ed-Demm.
Notre marche fut très longue, et le pays parcouru n’offrit qu’un intérêt
médiocre. La végétation alternait toujours du _zeita_ au _belbâl_, au
_drin_ et aux autres plantes des sables ou de sebkha que nous avions
rencontrées auparavant.
Enfin, vers la fin du jour, nous aperçûmes au loin sur la gauche les
hauteurs appelées El-’Anât que j’ai relevées sur ma route de Guerâra à
Tougourt. Ce ne fut qu’après le coucher du soleil que nous touchâmes les
plantations de l’oasis de Berrâri et lorsque nous arrivâmes aux murs de
Blidet-Amar la nuit était déjà venue.
Le cheikh que je fis venir dans ma tente ne me parut pas plus zélé qu’il
ne fallait, mais j’avais peu besoin de lui. Cependant il m’apporta, sur
ma demande, des œufs, du lait et de la paille pour mon cheval.
Je remarquai pendant le court séjour que je fis à Blidet-Amar (je ne
suis pas entré dans la ville), que les murs en « toub[55] » des maisons
isolées, situées hors des murs pour recevoir les Arabes nomades à
l’époque de la récolte des dattes, sont remplis de coquilles des deux
espèces de petits gastéropodes que j’ai déjà observés dans les eaux
artésiennes de Tougourt et du nord de l’Oued-Righ.