Nous avons quitté Ouarglă dans la matinée avancée, parce que j’ai
employé plusieurs heures à écrire des lettres.
En quittant la ville et après avoir traversé la sebkha, moins grande et
moins déterminée de ce côté que de celui où nous étions arrivés, nous
prîmes notre direction à travers une plaine légèrement accidentée, avec
végétation de _zeita_, et nous longeâmes, à 4 ou 6 kilomètres de
distance, un grand drâ[47] qui va jusqu’à Negousa.
La nature du pays traversé ne changea qu’en ce que le sol s’aplanit et
que la végétation cessa presque entièrement.
Arrivé à Negousa, j’appris d’abord du kaïd, fils du dernier sultan et
sultan lui-même, que les chroniques de la ville avaient été emportées
lors de la destruction de la ville, il y a cinq ans, par Mohammed ben
Abd Allah[48].
Pendant que l’on dressait les tentes, j’ai fait un tour dans la ville,
qui est presque entourée de ruines. On rencontre, presque en entrant,
des ruines remarquables d’une mosquée, dont toute une partie, avec de
hautes colonnes, est encore debout. Je traversai un grand nombre de
rues, presque toutes soutenues par des arcs-boutants.
Je vis la kasba, où l’on travaillait à crépir les murs. Elle renferme
dans des constructions antérieures plusieurs maisons dont se sert le
kaïd. — Du reste, elle est assez bien tenue et appropriée à la grandeur
de la ville.
Je vis de loin une zaouia à minaret et dôme blanchis, d’un effet fort
élégant. Ce soir, on y fait de la musique, ou, pour parler plus net, on
répète deux notes sur une timbale, depuis au moins deux heures.
Les grands de la ville m’ont paru assez convenables.
A mon retour ici, je me livrerai à des études de détail.
J’ai trouvé, à Negousa, deux choses agréables : d’abord un cheval déjà
âgé, mais plein de feu et de fantasia, et très haut de taille ; je l’ai
échangé contre ma jument en ajoutant 75 fr. Ensuite j’ai trouvé un
Chaànba qui connaît le désert entre Ouarglă et Insalah, comme je devrais
connaître Paris et qui s’offre à me mener à Insalah moyennant 50 à 60
douros. Nous n’irions que sur le Baten[49], et de là, avec ma lunette,
je pourrais voir Zaouïa[50], le premier village du Tidikelt, qui n’en
est éloigné que de deux journées.