19 février.

Nous avons quitté Ouarglă dans la matinée avancée, parce que j’ai

employé plusieurs heures à écrire des lettres.

En quittant la ville et après avoir traversé la sebkha, moins grande et

moins déterminée de ce côté que de celui où nous étions arrivés, nous

prîmes notre direction à travers une plaine légèrement accidentée, avec

végétation de _zeita_, et nous longeâmes, à 4 ou 6 kilomètres de

distance, un grand drâ[47] qui va jusqu’à Negousa.

La nature du pays traversé ne changea qu’en ce que le sol s’aplanit et

que la végétation cessa presque entièrement.

Arrivé à Negousa, j’appris d’abord du kaïd, fils du dernier sultan et

sultan lui-même, que les chroniques de la ville avaient été emportées

lors de la destruction de la ville, il y a cinq ans, par Mohammed ben

Abd Allah[48].

Pendant que l’on dressait les tentes, j’ai fait un tour dans la ville,

qui est presque entourée de ruines. On rencontre, presque en entrant,

des ruines remarquables d’une mosquée, dont toute une partie, avec de

hautes colonnes, est encore debout. Je traversai un grand nombre de

rues, presque toutes soutenues par des arcs-boutants.

Je vis la kasba, où l’on travaillait à crépir les murs. Elle renferme

dans des constructions antérieures plusieurs maisons dont se sert le

kaïd. — Du reste, elle est assez bien tenue et appropriée à la grandeur

de la ville.

Je vis de loin une zaouia à minaret et dôme blanchis, d’un effet fort

élégant. Ce soir, on y fait de la musique, ou, pour parler plus net, on

répète deux notes sur une timbale, depuis au moins deux heures.

Les grands de la ville m’ont paru assez convenables.

A mon retour ici, je me livrerai à des études de détail.

J’ai trouvé, à Negousa, deux choses agréables : d’abord un cheval déjà

âgé, mais plein de feu et de fantasia, et très haut de taille ; je l’ai

échangé contre ma jument en ajoutant 75 fr. Ensuite j’ai trouvé un

Chaànba qui connaît le désert entre Ouarglă et Insalah, comme je devrais

connaître Paris et qui s’offre à me mener à Insalah moyennant 50 à 60

douros. Nous n’irions que sur le Baten[49], et de là, avec ma lunette,

je pourrais voir Zaouïa[50], le premier village du Tidikelt, qui n’en

est éloigné que de deux journées.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 27 / 241 题