8 février.

Aujourd’hui, je pris un plan grossier de la ville. En partant de Guemâr,

nous arrivâmes bientôt devant Tarhzout, qui est bien plus petite. On

voulut m’y retenir pour la nuit. Ensuite nous arrivâmes à Kouinin où les

mêmes offres me furent faites. Kouinin est peut-être aussi grande que

Tarhzout ou un peu plus.

Entre Guemâr et El-Oued, on a toujours sur la gauche des bouquets de

palmiers disséminés dans les intervalles des dunes. A droite, des puits

en assez grand nombre et quelques carrés de culture.

Entre Kouinin et El-Oued je rencontrai le khalifa qui était venu au-

devant de moi avec trois cavaliers ; je montai sur un de ses chevaux, un

peu fringant, et nous atteignîmes bientôt El-Oued.

Le khalifa malheureusement a des appréhensions pour la sécurité des

routes du Djérid.

9-10 février.

El-Oued est une ville d’environ 6.000 habitants, de même construction

que Guemâr ; seulement elle possède en plus une mosquée à minaret élevé,

et un bordj pour le khalifa. Les maisons sont composées en grande

partie, d’une cour dans laquelle est dressée une tente et qui contient

encore une hutte ou un hangar de branches de palmiers. Les Ouled-Hamed

habitent un quartier un peu à part, à l’est du bordj du khalifa.

Outre les habitants de la ville, El-Oued possède encore un petit nombre

de tentes de nomades Harazlia et Nouail ; il m’a été dit que, s’il se

trouve quelques jeunes veuves parmi eux, elles n’ont aucune prétention à

des mœurs sévères.

Le bordj du khalifa a été bâti d’après un dessin du capitaine Langlois ;

c’est un carré défendu à l’est et à l’ouest (à deux angles seulement)

par un bastion carré, dont l’un renferme la prison, qui est plus belle

que la plus belle maison de la ville.

Les vêtements sont les mêmes que dans le reste du Souf.

Les nègres ne se voient que très rarement.

Les Juifs sont au nombre de quarante-sept, répartis dans onze maisons.

Ils font d’assez bonne anisette.

Il y a ici des communications fréquentes avec l’étranger, Ghadâmès, le

Nefzaoua et le Djerid, Tunis même. Il y a aussi quelques marchands de

Ghâdamès et plusieurs du Djerid.

Je me décide à aller à Ouarglă par la route directe.

Les plantations d’ici sont dans des cavités creusées entre les dunes ;

les arbres ne sont pas arrosés, leurs racines trempant dans l’eau de la

couche souterraine. On prétend que les Souafa ont voulu m’en imposer en

me disant qu’ils arrosaient leurs palmiers[36].

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 16 / 241 题