J’ai enfin pu partir aujourd’hui.
Mais, avant de partir, je dois terminer mes notes sur El-Oued par la
mention des prix des objets que le hasard m’a fait voir. Les cotonnades
anglaises avec le nom de John Rose et qui viennent de Tunis se vendent
15 fr. la pièce de 75 draa[37]. Le musc de la Mekke, venant de l’Inde,
se vend, du moins j’en ai acheté à 1 fr. l’ouzena[38]. Ordinairement il
est plus cher. J’ai acheté à un prix ordinaire un haïk djeridi arrivé la
veille, pour 47 fr. 50.
Les poules sont bon marché : j’en ai acheté sept à 1 fr. pièce, j’ai eu
dix-huit œufs pour 50 centimes.
Le khalifa ne veut pas me laisser partir sans me donner des oranges
venant de Tunisie et un œuf d’autruche.
En sortant d’El-Oued, nous avons suivi la route de Temassin pendant
quelque temps jusqu’au puits situé dans la dépression de Haouad-Tounsi.
Les dunes que nous avons à traverser, les plus hautes que j’aie vues
dans cette partie du Sahara, sont dépourvues de végétation.
Du puits ci-dessus nommé, nous plongeâmes vers le sud. La caravane que
je suivais et pour laquelle j’avais attendu un jour à El-Oued, voulut
choisir la voie la plus courte par Bir-Righi et Matmata, mais comme
j’avais intérêt à voir la route de Hassi-Omran, je fis route à part,
menaçant de rendre compte au khalifa de ce que feraient les autres
membres de la caravane. Néanmoins nous nous séparâmes.
Ce jour-là, nous n’allâmes guère plus loin ; après avoir voyagé quelque
temps dans des dunes de peu d’importance, séparées par des oueds ou
espaces de sables unis et plus garnis de végétation, nous campâmes pour
coucher.
Déjà, ce soir, des députés de la caravane viennent pour parlementer. Je
les renvoie sans rien changer à ce que j’ai dit hier.