La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère,
poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont
l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se
multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins.
Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au
lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du
gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant
chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre
pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France
compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu
l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première
escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle
doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y
rencontrer avec une force navale anglaise imposante.
Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de
nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à
Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de
nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de
Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont
contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à
notre prestige.
A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de
nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle
cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui
doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de
ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés
Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la
marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les
contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de
nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250
matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service
d'honneur.
Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur
de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant
de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le
procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça
dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première
escadre.