Paris, lundi 15 juin 1851.
Ma mère va mieux et je pense que sous peu elle sera tout à fait remise.
J'ai été bien inquiet; j'ai craint une fluxion de poitrine. Je vous
remercie de l'intérêt que vous lui avez témoigné.
Hier, je suis sorti pour la première fois depuis huit jours, pour aller
voir les danseuses espagnoles qui travaillaient chez la princesse
Mathilde. Elles m'ont paru médiocres. La danse chez Mabille a tué le
mérite du boléro. En outre, ces dames avaient une telle quantité de
crinoline par derrière et tant de coton par devant, qu'on s'aperçoit
que la civilisation envahit tout. Ce qui m'a le plus amusé, c'est une
petite fille de douze ans et une vieille duègne, l'une et l'autre
encore toutes surprises de se voir hors de la _tierra_ de Jésus et
aussi barbares qu'on puisse le désirer.--Je viens de recevoir votre
coussin; vous êtes vraiment une très-habile ouvrière, ce dont je ne
vous aurais jamais soupçonné. Le choix des couleurs et la broderie
sont également merveilleux. Ma mère a fort admiré le tout. Quant à la
symbolique, il m'a suffi du commencement d'explication que vous avez
bien voulu me donner pour comprendre tout le reste.--Je ne sais comment
vous remercier.
Je joins ici le Saint-Ãvremont. Je l'avais perdu, et il m'a fallu des
efforts de mémoire prodigieux pour le retrouver. Vous me direz ce que
vous pensez du père Ganaye. Je trouve qu'on ne peut plus lire après
cela rien du XIXe siècle.
Adieu.