Paris, 20 août 1848.
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Je commence à croire que je ne vous verrai pas cette année. VoilÃ
que l'on recommence à parler d'émeutes, et puis le choléra va
venir compliquer les affaires. On dit qu'il est à Londres. IL est
certainement à Berlin. Depuis quelques jours, on s'attend à une
bagarre. On prédit des coups de fusil pour la discussion de l'enquête.
Je suis si entêté dans mes idées, que je n'y crois pas encore; mais
je suis à peu près seul de mon avis. La situation est au fond bien
embrouillée. Elle ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Rome
pendant la conjuration de Catilina. Seulement, il n'y a pas de Cicéron.
Quant à l'issue d'une émeute, je ne doute pas que la bonne cause ne
triomphe. Personne n'en doute, mais avec des fous il ne faut pas
compter sur des entreprises raisonnables; peut-être, en effet, ai-je
tort de croire que l'impossibilité de réussir empêche cette émeute
susdite. Nous verrons, au reste, la semaine prochaine. Mercredi, la
discussion doit commencer; l'enquête me paraît surtout prouver une
chose, c'est la profonde division des républicains entre eux. Il est
évident qu'il n'y en a pas deux de la même opinion. Ce qu'il y a de
plus fâcheux, c'est que le citoyen Proudhon a un grand nombre d'adeptes
et que ses petites feuilles se vendent à milliers dans les faubourgs.
Tout cela est fort triste; mais, quoi qu'il arrive, nous vivrons
longtemps de cette vie-là , et il faut nous y accoutumer. Le point qui
me paraît capital, c'est de savoir si vous viendrez le 25. S'il doit
y avoir bataille, elle sera perdue ou gagnée ce jour-là . Ainsi, ne
faites pas encore de projets, ou plutôt faites celui de venir assister
à notre victoire ou à notre enterrement pour le 25. Une autre chose
me chagrine: c'est que la chaleur s'en va, le beau temps se passé, et
il n'y aura plus de pêches à votre retour. Les feuilles commencent Ã
jaunir et à tomber. Je prévois tous les ennuis du froid et de la pluie,
qui me semblent beaucoup plus graves et beaucoup plus certains que
l'émeute. Je suis malade depuis quelques jours, c'est peut-être pour
cela que je suis triste. Je n'ai pas besoin de vous dire que je serais
très-contrarié de mourir avant notre déjeuner à Saint-Germain, qui, je
l'espère, tiendra toujours. Adieu; écrivez-moi vite. Vous ne devriez
pas taquiner les gens de si loin.