XCVII

Paris, 26 mars 1844.

Je crains que le discours ne vous ait paru un peu long. J'espère qu'il

ne faisait pas aussi froid de votre côté que du mien. Je suis encore Ã

grelotter. Nous aurions dû faire une courte promenade ensemble après

la cérémonie. Vous avez pu voir quelle horrible toux j'ai. Cela aurait

presque pu passer pour de la cabale. Avant la séance, l'orateur m'a

fort prié de lui dire dans quelle partie de la salle se trouvait la

personne à qui il avait envoyé des billets. L'avez-vous trouvé mieux

en costume qu'en frac? Vous pourrez me persuader bien des choses,

mais jamais que vous parliez autrement que sérieusement de gâteaux

quand vous avez faim. Je maintiens mon adjectif, et vous même en avez

reconnu la justesse. Cela est facile à voir par le courroux que vous

en montrez. Vous dites que vous ne savez que rêver et jouer.--Vous

savez, en outre, cacher vos pensées, et c'est ce qui me désole.

Pourquoi, après si longtemps que nous sommes ce que nous sommes l'un Ã

l'autre, êtes-vous encore à réfléchir plusieurs jours avant de répondre

franchement à la question la plus simple? On dirait que vous soupçonnez

des pièges partout. Adieu; j'ai été bien content de vous voir. J'ai eu

de la peine à vous trouver cachée sous le chapeau de votre voisine.

Autre enfantillage. Avez-vous vu ce que je vous ai envoyé? en pleine

Académie? Mais vous ne voulez jamais rien voir.

Lettres à une inconnue, Tome Premier Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 115 / 198 题