Paris, septembre 1843.
Nos lettres se sont croisées. Vous aurez vu, j'espère, que ma colère,
que je regrette beaucoup, n'a pas eu la cause que vous lui supposez.
Mais votre lettre me prouve qu'il nous est impossible de ne pas nous
quereller. Nous sommes trop différents. Vous avez tort de vous repentir
de ce que vous avez fait: c'est moi qui ai eu tort de vouloir que vous
fussiez autre que vous n'êtes. Croyez que je n'ai nullement changé Ã
votre égard. Je regrette par-dessus tout de vous avoir quittée de la
sorte, mais il y a des moments où l'on ne peut être de sang-froid. Je
désirerais vous revoir maintenant pour retrouver auprès de vous un de
nos beaux rêves de cet été, et vous dire adieu alors pour longtemps
en demeurant sur une impression douce et tendre. Vous trouverez cette
idée-là fort absurde. Cependant, elle me poursuit, et je ne puis
m'empêcher de vous la dire. Refusez, vous ferez peut-être bien. Je
crois que maintenant j'aurai assez d'empire sur moi pour ne pas me
mettre en colère. Je n'en répondrais pas cependant. Le parti que vous
prendrez sera le bon. Je ne puis vous promettre que les meilleures
intentions du monde d'être calme et résigné.