Septembre 1843.
Je _m'ennuie_ beaucoup de vous, pour me servir d'une ellipse que vous
affectionnez. Je ne me représentais pas l'autre jour, clairement du
moins, que nous nous disions adieu pour bien longtemps. Est-ce vrai
maintenant que nous ne nous verrons plus? Nous nous sommes quittés sans
nous parler, sans nous regarder presque. C'était comme l'autre jour,
à la cause près. Je sentais une espèce de bonheur calme qui ne m'est
pas ordinaire. Il m'a semblé pour quelques instants que je ne désirais
rien de plus. Maintenant, si nous pouvons retrouver ce bonheur-là ,
pourquoi nous le refuserions-nous? Il est vrai que nous pouvons encore
nous quereller, comme cela nous est arrivé tant de fois. Mais qu'est-ce
que le souvenir d'une querelle auprès de celui d'un raccommodement!
Si vous pensez la moitié de tout cela, vous devez avoir envie de
refaire encore une de nos promenades. Je vais faire un petit voyage
la semaine prochaine. Samedi, si vous voulez, ou bien mardi prochain,
nous pourrions nous voir. Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que
je m'étais persuadé que vous seriez la première à me parler de revoir
nos bois. Je me suis trompé, mais je ne vous en veux pas beaucoup. Vous
avez le secret de me faire oublier bien des choses, de substituer chez
moi une impression à la raison. Encore une fois, je ne vous le reproche
pas. On est heureux de pouvoir rêver ainsi.