Mercredi, juin 1843.
Votre lettre était si bonne et si aimable, qu'elle a enlevé jusqu'au
dernier nuage qui pouvait rester après l'orage de l'autre jour. Mais
il me semble que nous ne serons sûrs tous les deux d'avoir oublié que
lorsque nous aurons mis d'autres souvenirs entre notre querelle.
Pourquoi ne nous verrions-nous pas vendredi? Si cela ne vous dérange
pas, vous me ferez le plus grand plaisir. J'espère qu'il fera beau
temps. Vous me promettez, d'ailleurs, de me dire quelque chose qui doit
être trop important pour pouvoir être différé. J'apporterai un livre
espagnol et nous lirons, si vous voulez. Vous ne m'avez pas dit si vous
me payeriez mes leçons. Le temps qui ne se passe pas à dire ce que
vous appelez des folies me semble si mal employé, qu'il faut du moins
que j'y gagne quelque chose. En fait d'impossibilités, ne pourrais-je
aller vous voir et vous donner des leçons d'espagnol à domicile? Je
m'appellerais don Furlano, etc., et vous serais adressé par madame
de P***, comme une victime de la tyrannie d'Espartero. Je commence Ã
trouver un peu dure cette dépendance où nous sommes du soleil et de
la pluie. Je voudrais bien aussi faire votre portrait. Vous promettez
souvent d'inventer quelque chose. Vous prétendez gouverner, mais en
vérité vous vous acquittez assez mal de votre charge. Je ne puis
juger que très-imparfaitement de vos possibles et de vos impossibles.
Si vous méditiez sur le joli problème de se voir le plus souvent
possible, ne feriez-vous pas une bonne action? J'aurais encore bien des
choses à vous dire, mais il faudrait vous reparler de notre querelle
et je voudrais en anéantir le souvenir. Je ne veux penser qu'au
raccommodement qui s'en est suivi et que vous avez l'air de regretter.
Ce serait cruel. Je suis bien assez fâché de devoir à un si mauvais
motif tant de bonheur.
Adieu. Pensez à votre statue et animez-la sans la tourmenter d'abord.