Lorsque les armées bulgares envahirent la Thrace, la 8e division
descendant la Maritza, la 3e marchant du nord au sud convergèrent sur
Andrinople. A cette période des hostilités il s'agissait de masquer la
forteresse avec le moins de troupes possible afin de consacrer le
maximum des effectifs à la lutte contre l'armée de campagne ennemie.
L'investissement ne fut d'abord confié qu'à deux divisions et à une
brigade de cavalerie qui suffirent à refouler les reconnaissances de
Choukri pacha sur la ligne des forts et à rejeter ensuite dans la place
une grosse colonne qui tentait de rejoindre l'aile gauche d'Abdullah
pacha, engagée contre la 1re armée bulgare à Séliolou. L'arrivée d'une
division nouvellement formée, puis d'unités serbes, permit, vers le 12
novembre, de compléter l'encerclement d'Andrinople et de la couper de
toute communication avec l'extérieur. A ce moment deux divisions serbes,
celles du Timok (1er ban) et du Danube (2e ban), tenaient les secteurs
ouest et nord-ouest; les 8e et 11e divisions bulgares, plus la brigade
de réserve de la 9e division, formaient la ligne de blocus des secteurs
est et sud.
Le général Ivanof n'avait pas attendu que l'investissement fût achevé
pour tenter des attaques brusquées sur plusieurs ouvrages de la défense,
ceux des secteurs ouest et sud, qui sont les plus primitifs et les moins
bien armés. Le 7 novembre, la 8e division s'emparait, après un combat de
quelques heures, des retranchements de Kartal-Tépé, au sud du faubourg
de Karagatch. Du côté ouest, il semble que les alliés aient été moins
heureux et qu'après avoir occupé la position de Papas-Tépé ils en aient
été chassés par un retour offensif de la garnison d'Andrinople. Jusqu'à
la conclusion de l'armistice, au commencement de décembre, tous les
efforts tentés pour reprendre Papas-Tépé ou pour déboucher de
Kartal-Tépé vers Karagatch échouèrent.
Lorsque les hostilités reprirent, dans les premiers jours de février, les
alliés avaient renoncé, semble-t-il, à prendre Andrinople par une attaque
de vive force, comptant sur le blocus et le bombardement pour amener
Choukri pacha à capituler. La ville étant largement pourvue de vivres,
les obus n'y causant que peu de ravages, cette tactique ne pouvait
amener la reddition de la place. Le commandement bulgare s'en rendit
enfin compte et, reprenant son premier plan d'action, décida d'enlever
Andrinople d'assaut.
Les opérations de la première période du siège avaient montré que les
forts du secteur nord-ouest étaient trop puissants pour être pris à la
baïonnette, que dans les secteurs ouest et sud l'espace manquait pour
manoeuvrer. Restait le secteur est, le plus étendu, celui où la ceinture
des ouvrages permanents forme un angle droit, dont le saillant, le fort
d'Aïvas-Tabia, peut être attaqué à la fois par le nord et l'est; c'est
le point faible de la ligne. Le général Ivanof résolut de faire exécuter
des attaques dans tous les secteurs pour y fixer l'ennemi et de
concentrer son principal effort sur Aïvas-Tabia et les forts voisins.
M. Ludovic Naudeau, envoyé spécial du _Journal_, qui put parcourir le
terrain du combat quelques heures après l'action, nous raconte comment
deux formidables batteries, de quarante pièces chacune, furent établies
au nord et à l'est d'Aïvas-Tabia; 25.000 fantassins massés à proximité
attendaient à l'abri que le canon leur eût frayé un chemin pour courir à
la baïonnette sur le fort ennemi. Pendant la nuit du 24 au 25,
l'infanterie, sortant de ses couverts, chassait les Turcs d'une position
avancée, le mamelon de Maslak, situé à 2 kilomètres en avant
d'Aïvas-Tabia. A l'aube du 26, tout était prêt pour l'attaque décisive
contre cet ouvrage déjà fortement maltraité par les projectiles des
grosses pièces bulgares.