L'ATTAQUE ET LA DÉFENSE

[Illustration: Après la prise d'Andrinople: la population de Sofia

acclame le ministre de Russie, M. Meklioudof. _Phot. M. Bitschef._]

Trois méthodes s'offrent à l'assiégeant pour s'emparer d'un camp

retranché: l'attaque de vive force, le siège régulier, l'investissement.

L'attaque de vive force consiste à concentrer sur un ou plusieurs points

de la ligne de défense un feu intense, à la faveur duquel l'infanterie

se lance à l'assaut des ouvrages. Le siège régulier permet de

s'approcher de la place lentement, par une avancée constante, en

creusant une tranchée profonde qui se dirige en zigzag vers la ligne de

défense; les travailleurs y progressent peu à peu, à l'abri du canon de

la place; on parvient ainsi jusqu'aux forts qu'on peut détruire par la

mine. Par l'investissement on se contente d'entourer la ville, de

l'isoler, et on compte sur la famine pour l'obliger à capituler; c'est

le procédé le moins onéreux, mais aussi le moins rapide.

[Illustration: LA CHUTE D'ANDRINOPLE.--Carte des opérations bulgares

contre les forts de l'Est, dont la prise d'assaut a entraîné la

reddition de la ville. _D'après les télégrammes de M. Ludovic Naudeau._]

L'armée bulgare était assez mal outillée pour entreprendre un siège

régulier. Ses troupes techniques--sapeurs, mineurs, artificiers--sont

peu nombreuses et de qualité médiocre, s'il faut en croire certains

témoins oculaires, notamment notre collaborateur A. de Penennrun.

D'ailleurs le terrain argileux des environs d'Andrinople se prête mal

aux terrassements; les pluies diluviennes de l'automne ne s'infiltrant

pas dans le sol, les tranchées restent inondées; puis, lorsque les

gelées arrivent, le travail de sape devient encore plus dur et plus

pénible. D'autre part, l'artillerie de siège de l'armée bulgare ne

compte que des pièces de calibre moyen, 150 et 120mm dont un grand

nombre d'un modèle archaïque. Pas une pièce de 20cm, pas un mortier. A

l'artillerie de campagne sont allés tous les crédits disponibles; on a

négligé le matériel lourd. Aussi la tâche imposée au général Ivanof,

chargé des opérations du siège avec un personnel de pionniers

insuffisant et un matériel médiocre, paraissait fort ingrate.

Il est vrai que le camp retranché d'Andrinople ne présentait pas sur

tout son développement des défenses également redoutables. Si les forts

du secteur nord-ouest répondent à toutes les exigences de la guerre

moderne, en revanche ceux du secteur est sont plus anciens et ne

contiennent pas d'abris bétonnés; enfin, dans le secteur ouest et le

secteur sud, les positions naturelles très solides n'ont été renforcées

que sommairement par des redoutes de terre. L'infanterie et l'artillerie

de campagne ottomane suffisaient amplement à la défense de toute la

ligne; quant à l'artillerie lourde de Choukri pacha, elle était très

supérieure à celle des assiégeants.

L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913 · 第 14 / 42 题