Tu pourrois de sa part te faire tant promettre,

Que je ne voudrois pas tout à fait m'y remettre;

Quoiqu'à dire le vrai je ne sais pas trop bien

En quoi je dédirois ce secret entretien, 1400

Si ta pleine santé me donnoit lieu de dire

Quelle borne à tes voeux je puis et dois prescrire.

Prends soin de te guérir, et les miens plus contents....

Mais je te le dirai quand il en sera temps.

ROSIDOR.

Cet énigme enjoué n'a point d'incertitude 1405

Qui soit propre à donner beaucoup d'inquiétude,

Et si j'ose entrevoir dans son obscurité,

Ma guérison importe à plus qu'à ma santé.

Mais dis tout, ou du moins souffre que je devine,

Et te die à mon tour ce que je m'imagine. 1410

CALISTE.

Tu dois, par complaisance au peu que j'ai d'appas,

Feindre d'entendre mal ce que je ne dis pas,

Et ne point m'envier un moment de délices

Que fait goûter l'amour en ces petits supplices.

Doute donc, sois en peine, et montre un coeur gêné 1415

D'une amoureuse peur d'avoir mal deviné;

Tremble sans craindre trop; hésite, mais aspire[1178];

Attends de ma bonté qu'il me plaise tout dire,

Et sans en concevoir d'espoir trop affermi,

N'espère qu'à demi, quand je parle à demi. 1420

ROSIDOR.

Tu parles à demi, mais un secret langage

Qui va jusques au coeur m'en dit bien davantage,

Et tes yeux sont du tien de mauvais truchements,

Ou rien plus ne s'oppose à nos contentements.

CALISTE.

Je l'avois bien prévu, que ton impatience 1425

Porteroit ton espoir à trop de confiance,

Que pour craindre trop peu tu devinerois mal.

ROSIDOR.

Quoi! la Reine ose encor soutenir mon rival?

Et sans avoir d'horreur d'une action si noire....

CALISTE.

Elle a l'âme trop haute et chérit trop la gloire 1430

Pour ne pas s'accorder aux volontés du Roi,

Qui d'un heureux hymen récompense ta foi....

ROSIDOR.

Si notre heureux malheur a produit ce miracle,

Qui peut à nos desirs mettre encor quelque obstacle?

CALISTE.

Tes blessures.

ROSIDOR.

Allons, je suis déjà guéri. 1435

CALISTE.

Ce n'est pas pour un jour que je veux un mari,

Et je ne puis souffrir que ton ardeur hasarde

Un bien que de ton roi la prudence retarde.

Prends soin de te guérir, mais guérir tout à fait,

Et crois que tes desirs....

ROSIDOR.

N'auront aucun effet. 1440

CALISTE.

N'auront aucun effet! qui te le persuade?

ROSIDOR.

Un corps peut-il guérir, dont le coeur est malade?

CALISTE.

Tu m'as rendu mon change, et m'as fait quelque peur;

Mais je sais le remède aux blessures du coeur.

Les tiennes, attendant le jour que tu souhaites, 1445

Auront pour médecins mes yeux qui les ont faites:

Je me rends désormais assidue à te voir.

ROSIDOR.

Cependant, ma chère âme, il est de mon devoir

Que sans perdre de temps j'aille rendre en personne[1179]

D'humbles grâces au Roi du bonheur qu'il nous donne.

CALISTE.

Je me charge pour toi de ce remercîment.

Toutefois qui sauroit que pour ce compliment

Une heure hors d'ici ne pût beaucoup te nuire[1180],

Je voudrois en ce cas moi-même t'y conduire,

Et j'aimerois mieux être un peu plus tard à toi, 1455

Que tes justes devoirs manquassent vers ton roi[1181].

ROSIDOR.

Mes blessures n'ont point, dans leurs foibles atteintes,

Sur quoi ton amitié puisse fonder ses craintes.

CALISTE.

Viens donc, et puisqu'enfin nous faisons mêmes voeux,

En le remerciant parle au nom de tous deux. 1460

SCÈNE IV.

ALCANDRE, FLORIDAN, CLITANDRE, PYMANTE, DORISE, CLÉON, PRÉVÔT,

TROIS VENEURS.

ALCANDRE.

Que souvent notre esprit, trompé par l'apparence[1182],

Règle ses mouvements avec peu d'assurance!

Qu'il est peu de lumière en nos entendements,

Et que d'incertitude en nos raisonnements[1183]!

Qui voudra désormais se fie[1184] aux impostures 1465

Qu'en notre jugement forment les conjectures:

Tu suffis pour apprendre à la postérité

Combien la vraisemblance a peu de vérité.

Jamais jusqu'à ce jour la raison en déroute

N'a conçu tant d'erreur avec si peu de doute[1185]; 1470

Jamais, par des soupçons si faux et si pressants,

On n'a jusqu'à ce jour convaincu d'innocents.

J'en suis honteux, Clitandre, et mon âme confuse

De trop de promptitude en soi-même s'accuse.

Un roi doit se donner, quand il est irrité, 1475

Ou plus de retenue, ou moins d'autorité.

Perds-en le souvenir, et pour moi, je te jure

Qu'à force de bienfaits j'en répare l'injure.

CLITANDRE.

Que Votre Majesté, Sire, n'estime pas

Qu'il faille m'attirer par de nouveaux appas. 1480

L'honneur de vous servir m'apporte assez de gloire,

Et je perdrois le mien, si quelqu'un pouvoit croire

Que mon devoir penchât au refroidissement,

Sans le flatteur espoir d'un agrandissement.

Vous n'avez exercé qu'une juste colère: 1485

On est trop criminel quand on peut vous déplaire[1186],

Et tout chargé de fers, ma plus forte douleur

Ne s'en osa jamais prendre qu'à mon malheur.

FLORIDAN.

Seigneur, moi qui connois le fond de son courage[1187],

Et qui n'ai jamais vu de fard en son langage, 1490

Je tiendrois à bonheur que Votre Majesté

M'acceptât pour garant de sa fidélité.

ALCANDRE.

Ne nous arrêtons plus sur la reconnoissance

Et de mon injustice, et de son innocence:

Passons aux criminels. Toi dont la trahison 1495

A fait si lourdement trébucher ma raison[1188],

Approche, scélérat. Un homme de courage

Se met avec honneur en un tel équipage[1189]?

Attaque, le plus fort, un rival plus heureux?

Et présumant encor cet exploit dangereux, 1500

A force de présents et d'infâmes pratiques,

D'un autre cavalier corrompt les domestiques?

Prend d'un autre le nom, et contrefait son seing,

Afin qu'exécutant son perfide dessein,

Sur un homme innocent tombent les conjectures? 1505

Parle, parle, confesse, et préviens les tortures.

PYMANTE.

Sire, écoutez-en donc la pure vérité.

Votre seule faveur a fait ma lâcheté,

Vous dis-je, et cet objet dont l'amour me transporte[1190].

L'honneur doit pouvoir tout sur les gens de ma sorte; 1510

Mais recherchant la mort de qui vous est si cher[1191],

Pour en avoir le fruit il me falloit cacher:

Reconnu pour l'auteur d'une telle surprise,

Le moyen d'approcher de vous ou de Dorise?

ALCANDRE.

Tu dois aller plus outre, et m'imputer encor[1192] 1515

L'attentat sur mon fils comme sur Rosidor;

Car je ne touche point à Dorise outragée;

Chacun, en te voyant, la voit assez vengée,

Et coupable elle-même, elle a bien mérité

L'affront qu'elle a reçu de ta témérité. 1520

PYMANTE.

Un crime attire l'autre, et de peur d'un supplice,

On tâche, en étouffant ce qu'on en voit d'indice,

De paroître innocent à force de forfaits.

Je ne suis criminel sinon manque d'effets,

Et sans l'âpre rigueur du sort qui me tourmente, 1525

Vous pleureriez le Prince et souffririez Pymante.

Mais que tardez-vous plus? j'ai tout dit: punissez.

ALCANDRE.

Est-ce là le regret de tes crimes passés?

Otez-le-moi d'ici: je ne puis voir sans honte

Que de tant de forfaits il tient si peu de conte[1193]. 1530

Dites à mon conseil que, pour le châtiment,

J'en laisse à ses avis le libre jugement;

Mais qu'après son arrêt je saurai reconnoître

L'amour que vers son prince il aura fait paroître.

Viens çà, toi, maintenant, monstre de cruauté[1194], 1535

Qui joins l'assassinat à la déloyauté[1195],

Détestable Alecton, que la Reine déçue

Avoit naguère au rang de ses filles reçue!

Quel barbare, ou plutôt quelle peste d'enfer

Se rendit ton complice et te donna ce fer[1196]? 1540

DORISE.

L'autre jour, dans ce bois trouvé par aventure[1197],

Sire, il donna sujet à toute l'imposture;

Mille jaloux serpents qui me rongeoient le sein

Sur cette occasion formèrent mon dessein:

Je le cachai dès lors.

FLORIDAN.

Il est tout manifeste 1545

Que ce fer n'est enfin qu'un misérable reste[1198]

Du malheureux duel où le triste Arimant

Laissa son corps sans âme et Daphné sans amant.

Mais quant à son forfait, un ver de jalousie

Jette souvent notre âme en telle frénésie, 1550

Que la raison, qu'aveugle un plein emportement[1199],

Laisse notre conduite à son déréglement;

Lors tout ce qu'il produit mérite qu'on l'excuse.

ALCANDRE.

De si foibles raisons mon esprit ne s'abuse.

FLORIDAN.

Seigneur, quoi qu'il en soit, un fils qu'elle vous rend[1200] 1555

Sous votre bon plaisir sa défense entreprend:

Innocente ou coupable, elle assura ma vie.

ALCANDRE.

Ma justice en ce cas la donne à ton envie;

Ta prière obtient même avant que demander

Ce qu'aucune raison ne pouvoit t'accorder. 1560

Le pardon t'est acquis, relève-toi, Dorise,

Et va dire partout, en liberté remise,

Que le Prince aujourd'hui te préserve à la fois

Des fureurs de Pymante et des rigueurs des lois.

DORISE.

Après une bonté tellement excessive, 1565

Puisque votre clémence ordonne que je vive,

Permettez désormais, Sire, que mes desseins

Prennent des mouvements plus réglés et plus sains:

Souffrez que pour pleurer mes actions brutales,

Je fasse ma retraite avecque les Vestales, 1570

Et qu'une criminelle indigne d'être au jour[1201]

Se puisse renfermer en leur sacré séjour.

FLORIDAN.

Te bannir de la cour après m'être obligée,

Ce seroit trop montrer ma faveur négligée.

DORISE.

N'arrêtez point au monde un objet odieux[1202], 1575

De qui chacun d'horreur détourneroit les yeux.

FLORIDAN.

Fusses-tu mille fois encor plus méprisable,

Ma faveur te va rendre assez considérable

Pour t'acquérir ici mille inclinations[1203].

Outre l'attrait puissant de tes perfections, 1580

Mon respect à l'amour tout le monde convie

Vers celle à qui je dois et qui me doit la vie.

Fais-le voir, cher Clitandre, et tourne ton desir[1204]

Du côté que ton prince a voulu te choisir:

Réunis mes faveurs t'unissant à Dorise. 1585

CLITANDRE.

Mais par cette union mon esprit se divise,

Puisqu'il faut que je donne aux devoirs d'un époux

La moitié des pensers qui ne sont dus qu'à vous.

FLORIDAN.

Ce partage m'oblige, et je tiens tes pensées

Vers un si beau sujet d'autant mieux adressées, 1590

Que je lui veux céder ce qui m'en appartient.

ALCANDRE.

Taisez-vous, j'aperçois notre blessé qui vient.

SCÈNE V.

ALCANDRE, FLORIDAN, CLÉON[1205], CLITANDRE, ROSIDOR, CALISTE, DORISE.

ALCANDRE.

Au comble de tes voeux, sûr de ton mariage,

N'es-tu point satisfait? que veux-tu davantage?

ROSIDOR.

L'apprendre de vous, Sire, et pour remercîments 1595

Nous offrir l'un et l'autre à vos commandements[1206].

ALCANDRE.

Si mon commandement peut sur toi quelque chose,

Et si ma volonté de la tienne dispose,

Embrasse un cavalier indigne des liens

Où l'a mis aujourd'hui la trahison des siens. 1600

Le Prince heureusement l'a sauvé du supplice,

Et ces deux[1207] que ton bras dérobe à ma justice,

Corrompus par Pymante, avoient juré ta mort.

Le suborneur depuis n'a pas eu meilleur sort,

Et ce traître, à présent tombé sous ma puissance, 1605

Clitandre, fait trop voir quelle est son innocence.

ROSIDOR[1208].

Sire, vous le savez, le coeur me l'avoit dit,

Et si peu que j'avois près de vous de crédit[1209],

Je l'employai dès lors contre votre colère.

(A Clitandre[1210].)

En moi dorénavant faites état d'un frère. 1610

CLITANDRE, à Rosidor[1211].

En moi, d'un serviteur dont l'amour éperdu

Ne vous conteste plus un prix qui vous est dû[1212].

DORISE, à Caliste.

Si le pardon du Roi me peut donner le vôtre,

Si mon crime....

CALISTE[1213].

Ah! ma soeur, tu me prends pour une autre[1214],

Si tu crois que je puisse encor m'en souvenir[1215]. 1615

ALCANDRE.

Tu ne veux plus songer qu'à ce jour à venir

Où Rosidor guéri termine un hyménée[1216].

Clitandre, en attendant cette heureuse journée,

Tâchera d'allumer en son âme des feux

Pour celle que mon fils desire, et que je veux; 1620

A qui, pour réparer sa faute criminelle,

Je défends désormais de se montrer cruelle;

Et nous verrons alors cueillir en même jour[1217]

A deux couples d'amants les fruits de leur amour.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

[1157] _Var. Il parle au prévôt._ (1663, en marge.)

[1158] _Var._ Allez toujours au Roi dire qu'une innocence. (1632)

_Var._ Allez devant au Roi dire qu'une innocence. (1644-57)

[1159] _Var._ Cher ami, que je tiens comme un autre moi-même.

(1632-57)

[1160] _Var._ Vous m'avez, autant vaut, retiré des enfers. (1632-57)

[1161] _Var._ C'est à quoi désormais je veux songer le moins.

(1632-60)

[1162] _Var._ Ait son ardeur vers vous si souvent relâché,

Si souvent pour le sien quitté votre service. (1632-57)

[1163] _Var._ Je devine à peu près le fond de ton courage.

(1632-57)

[1164] _Var._ Vu que sans cette amour la fourbe mal conçue.

(1632-60)

[1165] _Var._ Se cherchent des objets un peu moins rigoureux.

(1632-57)

[1166] En marge, dans l'édition de 1632: _Cléon entre._

[1167] _Var._ Grâce aux Dieux, acquittés de la charge commise.

(1632-57)

[1168] _Var._ Et je viens, Monseigneur, prendre un ordre nouveau.

(1632-57)

[1169] En marge, dans l'édition de 1632: _Cléon s'en va._

[1170] _Var._ ROSIDOR, _dans son lit_. (1632-57)--_Il est sur son

lit._ (1663, en marge.)

[1171] _Var._ [Si le sort d'un rival ne me l'avoit appris.]

Les flammes de Caliste à mes flammes répondent,

Je ne fais point de voeux que les siens ne secondent;

Il n'est point de souhaits qui ne m'en soient permis,

Ni de contentements qui ne m'en soient promis.

Clitandre, qui jamais n'attira que sa haine,

Ne peut plus m'opposer le Prince, ni la Reine;

Si mon heur de sa part avoit quelque défaut,

Avec sa tête on va l'ôter sur l'échafaud.

[Je te plains toutefois, Clitandre, et la colère.] (1632-57)

[1172] _Var._ Tes desseins du succès étoient assez punis.

(1632-57)

[1173] _Var._ Vu qu'il n'est pas à croire, après ce lâche tour.

(1632-57)

[1174] _Var._ Mais hélas! mes pensées (_sic_) qui vous veut diviser?

(1657)

[1175] _Var._ Mais il leur faut depuis des objets plus solides.

(1632-57)

[1176] Voyez au _Complément des variantes_, p. 367.

[1177] Il y a _tout autre_, au masculin, dans toutes les éditions

qui ont ce texte. Voyez ci-dessus, p. 228, note [759-a}.

[1178] _Var._ Espère, mais hésite; hésite, mais aspire. (1660 et 63)

_Var._ Doute dans ton espoir; hésite, mais aspire. (1664)

[1179] _Var._ Que sans plus différer je m'en aille en personne

Remercier le Roi du bonheur qu'il nous donne. (1632-57)

[1180] _Var._ Une heure hors du lit ne te pût beaucoup nuire.

(1632-57)

[1181] _Var._ Que tes humbles devoirs manquassent vers ton roi.

ROS. Mes blessures n'ont pas, en leurs foibles atteintes,

[Sur quoi ton amitié puisse fonder ses craintes.]

CAL. Reprends donc tes habits. ROS. Ne sors pas de ce lieu.

CAL. Je rentre incontinent. ROS. Adieu donc, sans adieu.

(1632-57)

[1182] _Var._ Que souvent notre esprit, trompé de l'apparence.

(1632)

[1183] L'exemplaire de l'édition de 1632 qui appartient à la

Bibliothèque impériale porte ici _mes raisonnements_; deux autres,

que nous avons pu comparer, donnent _nos_ raisonnements, comme

notre texte.

[1184] L'édition de 1682, au lieu de _se fie_, qui est dans toutes

les autres, donne _se fier_. C'est évidemment une faute.

[1185] _Var._ N'a conçu tant d'erreur avecque moins de doute.

(1632-57)

[1186] _Var._ On est trop criminel quand on vous peut déplaire.

(1632-57)

[1187] _Var._ Monsieur, moi qui connois le fond de son courage.

(1632-57)

[1188] _Var._ A fait si lourdement chopper notre raison. (1632-57)

[1189] _Var._ Se met souvent, non pas? en un tel équipage.

(1632-57)

[1190] _Var._ Vous, dis-je, et cet objet dont l'amour me consomme.

Je sais ce que l'honneur vouloit d'un gentilhomme;

Mais recherchant la mort d'un qui nous[1190-a] est si cher,

Pour en avoir les fruits il me falloit cacher. (1632)

[1190-a] C'est évidemment _vous_ qu'il faut lire.

[1191] _Var._ Mais recherchant la mort d'un qui vous est si cher.

(1644-57)

[1192] _Var._ Va plus outre, impudent, pousse, et m'impute encor.

(1632-57)

[1193] Voyez plus haut, p. 150, la note [759] relative à la variante

du vers 134 de _Mélite_.

[1194] En marge, dans l'édition de 1632: _Pymante sort, et le Roi

fait approcher Dorise._

[1195] _Var._ Qui veux joindre le meurtre à la déloyauté.

(1632-64)

[1196] _Var._ Se rendit ton complice et te bailla ce fer?

(1632-57)

[1197] _Var._ L'autre jour, dans ces bois trouvé par aventure.

(1632-64)

[1198] _Var._ Que ce fer n'est sinon un misérable reste

Du malheureux duel où le pauvre Arimant. (1632-57)

[1199] _Var._ Que la raison, tombée en un aveuglement. (1632-57)

[1200] _Var._ Monsieur, quoi qu'il en soit, un fils qu'elle vous rend.

(1632-57)

[1201] _Var._ Et qu'ainsi je renferme en leur sacré séjour

Une qui ne dût pas seulement voir le jour. (1632-57)

[1202] _Var._ N'arrêtez point au monde un sujet odieux. (1632-57)

[1203] _Var._ Pour te faire l'objet de mille affections. (1632-57)

[1204] _Var._ Fais-le voir, mon Clitandre, et tourne ton desir.

(1632-57)

[1205] Dans l'édition de 1632, LE PRINCE (_Floridan_) et CLÉON ne

figurent point parmi les acteurs de cette scène.

[1206] _Var._ Offrir encor ma vie à vos commandements. (1632-57)

[1207] Lycaste et Géronte. Voyez la scène IX du Ier acte.

[1208] _Var._ ROSIDOR, _au Roi_. (1648)

[1209] _Var._ Et si peu que j'avois envers vous de crédit.

(1632-64)

[1210] Les mots _à Clitandre_ manquent dans les éditions de 1632,

44 et 52-60.

[1211] _Var._ CLITANDRE, _embrassant Rosidor_. (1644-60)--En

marge, dans l'édition de 1632: _Il embrasse Clitandre_; mais ce

nom est là par erreur pour _Rosidor_.

[1212] _Var._ Ne vous querelle plus un prix qui vous est dû.

(1632-57)

[1213] _Var._ CALISTE, _en l'embrassant_. (1632-60)

[1214] _Var._ Ah! ma soeur, tu me prends pour un autre[1214-a].

(1632-60)

[1214-a] Voyez ci-dessus, p. 228, la variante du vers 1425 de

_Mélite_, et la note [759-a] qui s'y rapporte.

[1215] _Var._ Si tu crois que je veuille encor m'en souvenir.

(1632)

[1216] _Var._ Que Rosidor guéri termine un hyménée. (1632-60)

[1217] _Var._ Ainsi nous verrons lors cueillir en même jour.

(1632-57)

COMPLÉMENT DES VARIANTES.

956 [De gêne qui te puisse à mon gré tourmenter.]

Sus d'ongles et de dents! PYM. Et que voulez-vous faire?

Dorise, arrêtez-vous. DOR. Je me veux satisfaire[1218],

Te déchirant le coeur[1219]. PYM. Vouloir ainsi ma mort!

Il faudroit paravant que j'en fusse d'accord,

Et que ma patience aidât votre foiblesse.

Que d'heur! je tiens ici captive ma maîtresse.

(_Il lui prend les mains et les lui baise._)[1220]

Elle reçoit mes lois, et je puis disposer

De ses mains qu'à mon aise on me laisse baiser.

DOR. Cieux cruels! ainsi donc votre injustice avoue

Qu'un perfide plus fort de ma fureur se joue,

Et contre ce brigand votre inique rigueur

Me donne un tel courage, et si peu de vigueur.

Ah sort injurieux! maudite destinée!

Malheurs trop redoublés! détestable journée!

PYM. Enfin vos cris aigus nous pourroient déceler:

Voici tout proche un lieu plus commode à parler;

Belle Dorise, entrons dedans cette caverne,

Qu'un peu plus à loisir Pymante vous gouverne.

DOR. Que plutôt ce moment puisse achever mes jours!

PYMANTE. (_Il l'enlève dans la caverne._)[1221]

Non, non, il faut venir. DOR. A la force, au secours!

[1218] Je veux me satisfaire. (1652-57)

[1219] Te déchirer le coeur. (1644-57)

[1220] _Lui prenant les mains._ (1652-57)

[1221] PYMANTE, _l'enlevant dans la caverne_. (1644-57)

SCÈNE VI[1222].

LYSARQUE, CLÉON.

LYS. Je t'ai dit en deux mots ce qu'on fera du traître,

Et c'est comme le Roi l'a promis à mon maître,

Dont il prend l'intérêt extrêmement à coeur.

CLÉON. Tu me viens de conter des excès de rigueur.

Bien que ce cavalier soit atteint de ce crime,

On dût considérer que le Prince l'estime[1223].

LYS. Et c'est ce qui le perd: de peur de son retour,

On hâte le supplice avant la fin du jour;

Le Roi, qui ne pourroit refuser sa requête,

Lui veut à son desçu[1224] faire couper la tête.

De vrai, tout le conseil, d'un sentiment plus doux,

Essayant d'adoucir l'aigreur de son courroux,

Vu ce tiers échappé, lui propose d'attendre

Que le pendard repris ait convaincu Clitandre[1225];

Mais il ne reçoit point d'autre avis que le sien.

CLÉON. L'accusé cependant coupable ne dit rien?

LYS. En vain le malheureux proteste d'innocence,

Le Roi dans sa colère use de sa puissance,

Et l'on n'a su gagner qu'avec un grand effort

Quatre heures qu'il lui donne à songer à la mort.

C'est dont je vais porter la nouvelle à mon maître.

CLÉON. S'il n'est content, au moins il a sujet de l'être.

Mais dis-moi si ses coups le mettent en danger.

LYS. Il ne s'en trouve aucun qui ne soit fort léger;

Un seul du genou droit offense la jointure,

Dont il faut que le lit facilite la cure;

Le reste ne l'oblige à garder la maison,

Et quelque écharpe au bras en feroit la raison.

Adieu, fais, je te prie, état de mon service,

Et crois qu'il n'est pour toi chose que je ne fisse.

CLÉON. Et moi pareillement je suis ton serviteur.

(_Il est seul._)[1226]

Me voilà de sa mort le véritable auteur:

Sur mes premiers soupçons le Roi mis en cervelle

Devint préoccupé d'une haine mortelle,

Et depuis, sous l'appas d'un mandement caché,

Je l'ai d'entre les bras de son prince arraché.

Que sera-ce de moi s'il en a connoissance?

Rien ne me garantit qu'une éternelle absence;

Après qu'il l'aura su, me montrer à la cour,

C'est m'offrir librement à la perte du jour.

Faisons mieux toutefois: avant que l'heure passe,

Allons encor un coup le trouver à la chasse,

Et s'il ne peut venir à temps pour le sauver[1227],

Par une prompte fuite il faudra s'esquiver. (1632-57)

[1222] SCÈNE IV. (1632)

[1223] Ne se souvient-on point que le prince l'estime?

LYS. C'est là ce qui le perd: de peur de son retour.

(1644-57)

[1224] _A son desçu._ à son insu. Voyez plus haut, p. 180, note [598].

[1225] Que l'assassin repris ait convaincu Clitandre. (1644-57)

[1226] Une nouvelle scène (SCÈNE VII) commence après ce vers dans

les éditions de 1644-57.--Les mots: _Il est seul_, y manquent.

[1227] Et s'il ne vient à temps pour rabattre les coups,

Par une prompte fuite évitons son courroux. (1644-57)

1384 Ainsi nos feux secrets n'avoient point de jaloux,

Tant que leur sainte ardeur, plus forte devenue,

Voulut un peu de mal à tant de retenue.

Lors on nous vit quitter ces ridicules soins,

Et nos petits larcins souffrirent les témoins.

Si je voulois baiser ou tes yeux ou ta bouche,

Tu savois dextrement faire un peu la farouche,

Et me laissant toujours de quoi me prévaloir,

Montrer également le craindre et le vouloir.

Depuis avec le temps l'amour s'est fait le maître;

Sans aucune contrainte il a voulu paroître:

Si bien que plus nos coeurs perdoient de liberté,

Et plus on en voyoit en notre privauté.

Ainsi dorénavant, après la foi donnée,

Nous ne respirons plus qu'un heureux hyménée,

Et, ne touchant encor ses droits que du penser,

Nos feux à tout le reste osent se dispenser;

Hors ce point, tout est libre à l'ardeur qui nous presse[1228].

[1228] En marge, dans l'édition de 1632: CALISTE _entre et

s'assied sur son lit_.

SCÈNE III.

CALISTE, ROSIDOR[1229].

Œuvres de P. Corneille, Tome 01 · 第 34 / 42 段