Mais des marques plutôt de merveilleux forfaits.

Ces habits, dont n'a point approché le tonnerre[1132],

Sont aux plus criminels qui vivent sur la terre: 1170

Connoissez-les, grand prince, et voyez devant vous[1133]

Pymante prisonnier, et Dorise à genoux.

FLORIDAN.

Que ce soit là Pymante, et que tu sois Dorise!

DORISE.

Quelques étonnements qu'une telle surprise

Jette dans votre esprit, que vos yeux ont déçu, 1175

D'autres le saisiront quand vous aurez tout su.

La honte de paroître en un tel équipage

Coupe ici ma parole et l'étouffe au passage;

Souffrez que je reprenne en un coin de ce bois[1134]

Avec mes vêtements l'usage de la voix, 1180

Pour vous conter le reste en habit plus sortable.

FLORIDAN.

Cette honte me plaît: ta prière équitable,

En faveur de ton sexe et du secours prêté,

Suspendra jusqu'alors ma curiosité.

Tandis, sans m'éloigner beaucoup de cette place, 1185

Je vais sur ce coteau pour découvrir la chasse;

Tu l'y ramèneras. Vous, s'il ne veut marcher[1135],

Gardez-le cependant au pied de ce rocher.

(Le Prince sort, et un des veneurs s'en va avec Dorise, et les

autres mènent[1136] Pymante d'un autre côté.)

SCÈNE VI.

CLITANDRE, LE GEÔLIER.

CLITANDRE, en prison[1137].

Dans ces funestes lieux où la seule inclémence

D'un rigoureux destin réduit mon innocence, 1190

Je n'attends désormais du reste des humains

Ni faveur ni secours, si ce n'est par tes mains.

LE GEÔLIER.

Je ne connois que trop où tend ce préambule[1138].

Vous n'avez pas affaire à quelque homme crédule:

Tous, dans cette prison, dont je porte les clés[1139], 1195

Se disent comme vous du malheur accablés[1140],

Et la justice à tous est injuste de sorte

Que la pitié me doit leur faire ouvrir la porte;

Mais je me tiens toujours ferme dans mon devoir:

Soyez coupable ou non, je n'en veux rien savoir; 1200

Le Roi, quoi qu'il en soit, vous a mis en ma garde.

Il me suffit: le reste en rien ne me regarde[1141].

CLITANDRE.

Tu juges mes desseins autres qu'ils ne sont pas.

Je tiens l'éloignement pire que le trépas,

Et la terre n'a point de si douce province 1205

Où le jour m'agréât loin des yeux de mon Prince.

Hélas! si tu voulois l'envoyer avertir[1142]

Du péril dont sans lui je ne saurois sortir,

Ou qu'il lui fût porté de ma part une lettre,

De la sienne en ce cas je t'ose bien promettre 1210

Que son retour soudain des plus riches te rend:

Que cet anneau t'en serve et d'arrhe et de garant;

Tends la main et l'esprit vers un bonheur si proche.

LE GEÔLIER.

Monsieur, jusqu'à présent j'ai vécu sans reproche,

Et pour me suborner promesses ni présents 1215

N'ont et n'auront jamais de charmes suffisants.

C'est de quoi je vous donne une entière assurance:

Perdez-en le dessein avecque l'espérance:

Et puisque vous dressez des piéges à ma foi,

Adieu, ce lieu devient trop dangereux pour moi[1143]. 1220

SCÈNE VII.

CLITANDRE.

Va, tigre! va, cruel, barbare, impitoyable[1144]!

Ce noir cachot n'a rien tant que toi d'effroyable.

Va, porte aux criminels tes regards, dont l'horreur

Peut seule aux innocents imprimer la terreur[1145]:

Ton visage déjà commençoit mon supplice; 1225

Et mon injuste sort, dont tu te fais complice,

Ne t'envoyoit ici que pour m'épouvanter,

Ne t'envoyoit ici que pour me tourmenter.

Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre

D'une accusation que je ne puis comprendre? 1230

A-t-on rien vu jamais, a-t-on rien vu de tel?

Mes gens assassinés me rendent criminel;

L'auteur du coup s'en vante, et l'on m'en calomnie;

On le comble d'honneur et moi d'ignominie;

L'échafaud qu'on m'apprête au sortir de prison, 1235

C'est par où de ce meurtre on me fait la raison.

Mais leur déguisement d'autre côté m'étonne:

Jamais un bon dessein ne déguisa personne;

Leur masque les condamne, et mon seing contrefait,

M'imputant un cartel, me charge d'un forfait. 1240

Mon jugement s'aveugle, et, ce que je déplore,

Je me sens bien trahi, mais par qui? je l'ignore;

Et mon esprit troublé, dans ce confus rapport,

Ne voit rien de certain que ma honteuse mort.

Traître, qui que tu sois, rival, ou domestique, 1245

Le ciel te garde encore un destin plus tragique.

N'importe, vif ou mort, les gouffres des enfers

Auront pour ton supplice encor de pires fers[1146].

Là mille affreux bourreaux t'attendent dans les flammes;

Moins les corps sont punis, plus ils gênent les âmes, 1250

Et par des cruautés qu'on ne peut concevoir,

Ils vengent l'innocence au delà de l'espoir[1147].

Et vous, que désormais je n'ose plus attendre,

Prince, qui m'honoriez d'une amitié si tendre,

Et dont l'éloignement fait mon plus grand malheur[1148], 1255

Bien qu'un crime imputé noircisse ma valeur,

Que le prétexte faux d'une action si noire

Ne laisse plus de moi qu'une sale mémoire[1149],

Permettez que mon nom, qu'un bourreau va ternir,

Dure sans infamie en votre souvenir; 1260

Ne vous repentez point de vos faveurs passées,

Comme chez un perfide indignement placées:

J'ose, j'ose espérer qu'un jour la vérité

Paroîtra toute nue à la postérité,

Et je tiens d'un tel heur l'attente si certaine, 1265

Qu'elle adoucit déjà la rigueur de ma peine;

Mon âme s'en chatouille, et ce plaisir secret

La prépare à sortir avec moins de regret.

SCÈNE VIII.

FLORIDAN, PYMANTE, CLÉON, DORISE, en habit de femme;

TROIS VENEURS[1150].

FLORIDAN, à Dorise et Cléon[1151].

Vous m'avez dit tous deux d'étranges aventures.

Ah! Clitandre! ainsi donc de fausses conjectures 1270

T'accablent, malheureux, sous le courroux du Roi[1152]!

Ce funeste récit me met tout hors de moi.

CLÉON.

Hâtant un peu le pas, quelque espoir me demeure[1153]

Que vous arriverez auparavant qu'il meure.

FLORIDAN.

Si je n'y viens à temps, ce perfide en ce cas 1275

A son ombre immolé ne me suffira pas.

C'est trop peu de l'auteur de tant d'énormes crimes;

Innocent, il aura d'innocentes victimes.

Où que soit Rosidor, il le suivra de près,

Et je saurai changer ses myrtes en cyprès[1154]. 1280

DORISE.

Souiller ainsi vos mains du sang de l'innocence!

FLORIDAN.

Mon déplaisir m'en donne une entière licence.

J'en veux, comme le Roi, faire autant à mon tour;

Et puisqu'en sa faveur on prévient mon retour,

Il est trop criminel. Mais que viens-je d'entendre[1155]? 1285

Je me tiens presque sûr de sauver mon Clitandre;

La chasse n'est pas loin, où prenant un cheval,

Je préviendrai le coup de son malheur fatal;

Il suffit de Cléon[1156] pour ramener Dorise.

Vous autres, gardez bien de lâcher votre prise; 1290

Un supplice l'attend, qui doit faire trembler

Quiconque désormais voudroit lui ressembler.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

[1085] _Var._ PYMANTE, DORISE _dans une caverne._ (1632-57)

[1086] _Var._ Tarissez désormais ce déluge de larmes[1086-a].

(1632-57)

[1086-a] Le IVe acte commence à ce vers dans les éditions de

1632-57.

[1087] _Var._ Au moins par eux mon âme y trouvera la voie.

(1632-57)

[1088] _Var._ Belle, ne songez plus à rejoindre les morts. (1632)

_Var._ Ne songez plus, Dorise, à rejoindre les morts.

(1644-57)

[1089] _Var._ Pensez plutôt à ceux qui vivants n'ont envie.

(1632-57)

[1090] _Var._ Ton perfide attentat obtiendroit ce pouvoir?

(1632-57)

[1091] _Var._ Il me faut un baiser malgré vos cruautés[1091-a].

(1632-57)

[1091-a] En marge, dans l'édition de 1632: _Il veut user de

force._

[1092] _Var._ Veulent sur ma foiblesse user de violence.

PYM. Que sert d'y résister? je sais trop la licence.

(1632-57)

[1093] _Var. Elle lui crève un oeil du poinçon qui lui étoit

demeuré dans les cheveux._ (1632, en marge.)--_Elle lui crève

l'oeil de son aiguille._ (1663, en marge.)

[1094] _Var. Il porte les mains à son oeil crevé._ (1663, en

marge.)

[1095] _Var._ DORISE, _en s'échappant de lui._ (1632-1657)

[1096] _Var._ Ah! infâme! (1632)

[1097] _Var._ DORISE, _sortie de la caverne._

[1098] _Var._ De tirer mon honneur des efforts d'un corsaire[1098-a].

PYMANTE, _ramassant son épée._

Barbare, je t'aurai.

DORISE, _se cachant._ Fuyons, il va sortir.

Qu'à propos ce buisson s'offre à me garantir!

PYMANTE, _sorti._

Ne crois pas m'échapper: quoi que ta ruse fasse,

J'ai ta mort en ma main.

DORISE, _cachée._ Dieux! le voilà qui passe.

PYMANTE _passe de l'autre côté du théâtre[1098-b]._

Tigresse!

DORISE, _revenant sur le théâtre[1098-c]._

Il est passé, je suis hors de danger.

Ainsi dorénavant mon sort puisse changer!

Ainsi dorénavant le ciel plus favorable

Me prête en ces malheurs une main secourable!

Cependant, pour loyer de sa lubricité[1098-d],

Son oeil m'a répondu de sa pudicité,

Et dedans son cristal mon aiguille enfoncée,

Attirant ses deux mains, m'a désembarrassée.

Aussi le falloit-il que ce même poinçon,

Qui premier de mon sexe engendra ce soupçon,

Fût l'auteur de ma prise et de ma délivrance,

Et qu'après mon péril il fît mon assurance[1098-e].

Va donc, monstre bouffi de luxure et d'orgueil,

Venge sur ces rameaux la perte de ton oeil,

Fais servir si tu veux, dans ta forcenerie,

Les feuilles et le vent d'objets à ta furie:

Dorise, qui s'en moque et fuit d'autre côté,

En s'éloignant de toi se met en sûreté.

SCÈNE II[1098-f].

PYM. Qu'est-elle devenue? Ainsi donc l'inhumaine

Après un tel affront rend ma poursuite vaine!

Ainsi donc la cruelle, à guise d'un éclair,

En me frappant les yeux est disparue en l'air!

[Ou plutôt, l'un perdu, l'autre m'est inutile.] (1632-57)

[1098-a] De sauver mon honneur des efforts d'un corsaire.

(1644-57)

[1098-b] PYMANTE, _passé de l'autre côté du théâtre._ (1644-57)

[1098-c] Ici commence la scène II dans les éditions de 1644-57.

[1098-d] Pour peine cependant de sa lubricité. (1644-57)

[1098-e] Ces quatre vers, à partir de: «Aussi le falloit-il,

etc.,» manquent dans les éditions de 1644-57.

[1098-f] SCÈNE III. (1644-57)

[1099] _Var. Il prend son épée dans la grotte où il l'avoit jetée au

second acte._ (1663, en marge.)

[1100] _Var._ Coule, coule, mon sang: dans de si grands malheurs.

(1632-57)

[1101] _Var._ Mon forfait évident se lit dans ma disgrâce. (1632-57)

[1102] _Var._ Bourreau qui, secondant son courage inhumain[1102-a],

Au lieu d'orner son poil, déshonorez (_sic_) sa main. (1632)

[1102-a] En marge: _Il tient à la main le poinçon que Dorise lui

avoit laissé dans l'oeil._

[1103] On lit _tu devrois_ dans l'édition de 1632, mais c'est

probablement une faute d'impression.

[1104] _Var._ Quoi que te commandât son âme courroucée,

Devoit être adoré de ta pointe émoussée;

Quelque secret instinct te devoit figurer

Que se prendre à mon oeil c'étoit le déchirer.

Et toi, belle, reviens, reviens, cruelle ingrate,

Vois comme encor l'amour en ta faveur me flatte.

Ce poinçon qu'à mon heur j'éprouve si fatal,

Ce n'est qu'à ton sujet que je lui veux du mal:

Vois dans ces vains propos, par où mon coeur se venge,

Moins de blâme pour lui que pour toi de louange[1104-a].

Tu n'as dans ta colère usé que de tes droits,

Et ma vie et ma mort dépendant de tes lois,

Il t'étoit libre encor de m'être plus funeste,

Et c'est de ta pitié que j'en tiens ce qui reste.

Reviens, belle, reviens, que j'offre tout blessé

A tes ressentiments ce que tu m'as laissé.

Lâche et honteux retour de ma flamme insensée!

Il semble que déjà ma fureur soit passée,

Et tous mes sens, brouillés d'un désordre nouveau,

Au lieu de ma maîtresse adorent mon bourreau. (1632-57)

[1104-a] Ces quatre vers, à partir de: «Ce poinçon qu'à mon heur,

etc.,» ne sont que dans l'édition de 1632.

[1105] _Var._ Pourrois-je en ma maîtresse adorer mon bourreau. (1660)

[1106] _Var._ Seule je te permets d'occuper mon courage. (1632-57)

[1107] _Var._ L'amour vient d'expirer, et ses flammes dernières

S'éteignant ont jeté leurs plus vives lumières. (1632-57)

[1108] _Var._ Que ce qu'il faut de place aux soins de la punir:

Je n'ai plus de penser qui n'en veuille à sa vie. (1632-57)

[1109] _Var._ Implacable pour moi, s'obstine à mes tourments,

Si vous me réservez à d'autres châtiments. (1632-57)

[1110] _Var._ Prenons dorénavant pour guide les hasards. (1644-57)

[1111] _Var._ Quiconque rencontré n'en saura de nouvelle.

(1632 et 48)

_Var._ Quiconque rencontré n'en saura la nouvelle.

(1644 et 52-57)

[1112] _Var._ L'univers, n'ayant pas de force à m'opposer,

Me vient offrir Dorise afin de m'apaiser. (1632-57)

[1113] _Var._ Quelque part où la peur porte ses pas errants.

(1632-57)

[1114] _Var._ O suprême faveur! Ce grand éclat de foudre,

Décoché sur son chef, le vient de mettre en poudre.

Ce fer, s'il est ainsi, me va tomber des mains;

Ce coup aura sauvé le reste des humains.

Satisfait par sa mort, mon esprit se modère,

Et va sur sa charogne achever sa colère[1114-a].

SCÈNE III[1114-b].

LE PRINCE. Que d'heur en ce péril! sans me faire aucun mal,

[Le tonnerre a sous moi foudroyé mon cheval,]

Et consommant sur lui toute sa violence[1114-c],

M'a montré son respect parmi son insolence.

Holà! quelqu'un à moi! Tous mes gens écartés,

Loin de me secourir, suivent de tous côtés

L'effroi de la tempête ou l'ardeur de la chasse.

Cette ardeur les emporte ou la frayeur les glace.

[Cependant seul, à pied, je pense à tous moments.] (1632-57)

[1114-a] Et va par ce spectacle assouvir sa colère. (1644-57)

[1114-b] SCÈNE IV. (1644-57)

[1114-c] [Et consumant sur lui toute sa violence.] (1648-57)

[1115] _Var._ Pour le moins, Dieux, s'il court quelque danger fatal,

Qu'il en ait comme moi plus de peur que de mal. (1632-57)

[1116] _Var._ [Les petits oisillons, encor demi-cachés,]

Poussent en tremblotant, et hasardent à peine

Leur voix, qui se dérobe à la peur incertaine

Qui tient encor leur âme et ne leur permet pas

De se croire du tout préservés du trépas.

J'aurai bientôt ici quelques-uns de ma suite. (1632-57)

[1117] _Var._ LE PRINCE, PYMANTE, DORISE, DEUX VENEURS. (1632)

[1118] _Var._ PYMANTE, _terrassant Dorise._ (1632-60)--_Il saisit

Dorise qui le fuyoit._ (1663, en marge.)

[1119] _Var._ PYMANTE, _tenant Dorise d'une main, se bat de

l'autre contre le Prince._ (1632)--_Il tient Dorise d'une main, et

se bat de l'autre._ (1663, en marge.)

[1120] _Var._ C'est le Prince, tout beau! PYM. Prince ou non, ne m'importe.

(1632-57)

[1121] _Var._ Quelque respect ailleurs que ton grade s'obtienne.

(1632-57)

[1122] _Var._ DORISE, _le faisant trébucher._ (1644-60 et

64)--_Elle fait trébucher Pymante._ (1663, en marge.)

[1123] En marge, dans l'édition de 1632: _Dorise, s'embarrassant

dans ses jambes, le fait trébucher._

[1124] En marge, dans l'édition de 1632: _Il saute sur Pymante, et

deux veneurs paroissent, chargés des vrais habits de Pymante,

Lycaste et Dorise._--Il n'y a point de distinction de scène.

[1125] _Var. Ils portent en leurs mains les vrais habits_, etc.

(1663, en marge.)

[1126] _Var._ LE PRINCE, _à Dorise._ (1632-60)--_Il désarme

Pymante_, etc. (1663, en marge.)

[1127] _Var._ Le voilà, Monseigneur, quelle aventure étrange,

Et quel mauvais destin en cet état vous range?

LE PRINCE. Garrottez ce maraud; faute d'autres liens,

Employez-y plutôt les couples de vos chiens. (1632-57)

[1128] _Var._ Lui fasse ressentir par un cruel supplice. (1632-57)

_Var._ Lui fasse ressentir par un juste supplice. (1660)

[1129] _Var._ En ce cas, Monseigneur, les voilà toutes prêtes.

(1632-57)

[1130] _Var._ Qui dans cette forêt ont consommé trois corps.

(1632)

[1131] _Var._ Tu me montres vraiment de merveilleux effets.

(1632-57)

[1132] _Var._ Ces habits que n'a point approché (_sic_) le tonnerre.

(1632-57)

[1133] _Var._ Connoissez-les, mon prince, et voyez devant vous.

(1632-60)

[1134] _Var._ Souffrez que je reprenne en un coin de ces bois.

(1632-64)

[1135] _Var._ Tu l'y ramèneras. Toi, s'il ne veut marcher,

Garde-le cependant au pied de ce rocher.

SCÈNE V.

CLÉON _et encore_ UN VENEUR[1135-a].

CLÉON. Tes avis, qui n'ont rien que de l'incertitude,

N'ôtent point mon esprit de son inquiétude,

Et ne me font pas voir le Prince en ce besoin.

3e VENEUR. Assurez-vous sur moi qu'il ne peut être loin:

La mort de son cheval, étendu sur la terre,

Et tout fumant encor d'un éclat de tonnerre,

L'ayant réduit à pied, ne lui permettra pas

En si peu de loisir d'en éloigner ses pas.

CLÉON. Ta foible conjecture a bien peu d'apparence,

Et flatte vainement ma débile espérance:

Le moyen que le Prince, aussitôt remonté,

De ce funeste lieu ne se soit écarté.

3e VENEUR. Chacun, plein de frayeur au bruit de la tempête,

Qui çà, qui là, cherchoit où garantir sa tête;

Si bien que, séparé possible de son train,

Il n'aura trouvé lors d'autre cheval en main[1135-b];

Joint à cela que l'oeil, au sentier où nous sommes,

N'en remarque aucuns pas mêlés à ceux des hommes.

CLÉON. Poursuivons; mais je crois que, pour le rencontrer,

Il faudroit quelque Dieu qui nous le vînt montrer. (1632-57)

[1135-a] SCÈNE VII. CLÉON _et un autre_ VENEUR. (1644-57)

[1135-b] Il n'aura pas trouvé d'autre cheval en main. (1644-57)

[1136] _Var. Et l'autre mène._ (1632-57)

[1137] Dans les éditions de 1632-60 les mots _en prison_ ne sont

pas placés ici, mais à la ligne précédente: CLITANDRE, _en

prison_, LE GEÔLIER.--En marge, dans l'édition de 1663: _Il parle

en prison._

[1138] _Var._ A d'autres: je vois trop où tend ce préambule.

(1632)

[1139] _Var._ Tous, dedans ces cachots, dont je porte les clés.

(1632-57)

[1140] _Var._ Se disent comme vous de malheur accablés. (1632)

[1141] _Var._ Il suffit: le surplus en rien ne me regarde. (1632)

[1142] _Var._ Hélas! si tu voulois envoyer l'avertir. (1632)

[1143] En marge, dans l'édition de 1632: _Il sort._--Il n'y a pas

de distinction de scène.

[1144] _Var._ Va, tigre! va, cruel, barbare impitoyable[1144-a]!

(1652-57)

[1144-a] Les éditions indiquées n'ont point de virgule entre les

deux derniers mots du vers.

[1145] _Var._ Seule aux coeurs innocents imprime la terreur.

(1652-57)

[1146] _Var._ Auront pour ton supplice encor des pires fers. (1632

et 57)

[1147] _Var._ Vengent les innocents par delà leur espoir.

(1632-57)

[1148] _Var._ Et dont l'éloignement fut mon plus grand malheur.

(1632-57)

[1149] _Var._ N'aille laisser de moi qu'une sale mémoire.

(1632-57)

[1150] _Var._ LE PRINCE, DORISE, _en son habit de femme_; PYMANTE,

_garrotté et conduit par trois_ VENEURS; CLÉON. (1632)--Les mots

_en habit de femme_ manquent dans l'édition de 1663.

[1151] Les mots _à Dorise et Cléon_ ne se trouvent pas dans les

éditions de 1632 et de 1663.

[1152] _Var._ T'accablent malheureux[1152-a] sous le courroux du Roi!

(1632-57)

[1152-a] L'omission des deux virgules modifie le sens, mais c'est

probablement une faute, commune aux éditions indiquées.

[1153] _Var._ Hâtant un peu de pas, quelque espoir me demeure.

(1632)

[1154] _Var._ Ses myrtes prétendus tourneront en cyprès. (1632-57)

[1155] En marge, dans l'édition de 1632: _On sonne du cor

derrière._

[1156] L'édition de 1632 porte: _Il suffit que Cléon_; toutes les

autres: _Il suffit de Cléon._

ACTE V.

SCÈNE PREMIÈRE.

FLORIDAN, CLITANDRE, un Prévôt, CLÉON.

FLORIDAN, parlant au prévôt[1157].

Dites vous-même au Roi qu'une telle innocence[1158]

Légitime en ce point ma désobéissance,

Et qu'un homme sans crime avoit bien mérité 1295

Que j'usasse pour lui de quelque autorité.

Je vous suis. Cependant, que mon heur est extrême,

Ami, que je chéris à l'égal de moi-même[1159],

D'avoir su justement venir à ton secours

Lorsqu'un infâme glaive alloit trancher tes jours, 1300

Et qu'un injuste sort, ne trouvant point d'obstacle,

Apprêtoit de ta tête un indigne spectacle!

CLITANDRE.

Ainsi qu'un autre Alcide, en m'arrachant des fers,

Vous m'avez aujourd'hui retiré des enfers[1160];

Et moi dorénavant j'arrête mon envie 1305

A ne servir qu'un prince à qui je dois la vie.

FLORIDAN.

Réserve pour Caliste une part de tes soins.

CLITANDRE.

C'est à quoi désormais je veux penser le moins[1161].

FLORIDAN.

Le moins! Quoi! désormais Caliste en ta pensée

N'auroit plus que le rang d'une image effacée? 1310

CLITANDRE.

J'ai honte que mon coeur auprès d'elle attaché

De son ardeur pour vous ait souvent relâché[1162],

Ait souvent pour le sien quitté votre service:

C'est par là que j'avois mérité mon supplice;

Et pour m'en faire naître un juste repentir, 1315

Il semble que les Dieux y vouloient consentir;

Mais votre heureux retour a calmé cet orage.

FLORIDAN.

Tu me fais assez lire au fond de ton courage[1163]:

La crainte de la mort en chasse des appas

Qui t'ont mis au péril d'un si honteux trépas, 1320

Puisque sans cet amour la fourbe mal conçue[1164]

Eût manqué contre toi de prétexte et d'issue;

Ou peut-être à présent tes desirs amoureux

Tournent vers des objets un peu moins rigoureux[1165].

CLITANDRE.

Doux ou cruels, aucun désormais ne me touche. 1325

FLORIDAN.

L'amour dompte aisément l'esprit le plus farouche;

C'est à ceux de notre âge un puissant ennemi:

Tu ne connois encor ses forces qu'à demi;

Ta résolution, un peu trop violente,

N'a pas bien consulté ta jeunesse bouillante. 1330

Mais que veux-tu, Cléon, et qu'est-il arrivé[1166]?

Pymante de vos mains se seroit-il sauvé?

CLÉON.

Non, Seigneur: acquittés de la charge commise[1167],

Vos veneurs ont conduit Pymante, et moi Dorise;

Et je viens seulement prendre un ordre nouveau[1168]. 1335

FLORIDAN.

Qu'on m'attende avec eux aux portes du château.

Allons, allons au Roi montrer ton innocence[1169];

Les auteurs des forfaits sont en notre puissance;

Et l'un d'eux, convaincu dès le premier aspect,

Ne te laissera plus aucunement suspect. 1340

SCÈNE II.

ROSIDOR, sur son lit[1170].

Amants les mieux payés de votre longue peine,

Vous de qui l'espérance est la moins incertaine,

Et qui vous figurez, après tant de longueurs,

Avoir droit sur les corps dont vous tenez les coeurs,

En est-il parmi vous de qui l'âme contente 1345

Goûte plus de plaisir que moi dans son attente?

En est-il parmi vous de qui l'heur à venir

D'un espoir mieux fondé se puisse entretenir?

Mon esprit, que captive un objet adorable,

Ne l'éprouva jamais autre que favorable. 1350

J'ignorerois encor ce que c'est que mépris,

Si le sort d'un rival ne me l'avoit appris[1171].

Je te plains toutefois, Clitandre, et la colère

D'un grand roi qui te perd me semble trop sévère.

Tes desseins par l'effet n'étoient que trop punis[1172]; 1355

Nous voulant séparer, tu nous as réunis.

Il ne te falloit point de plus cruels supplices

Que de te voir toi-même auteur de nos délices,

Puisqu'il n'est pas à croire, après ce lâche tour[1173],

Que le Prince ose plus traverser notre amour. 1360

Ton crime t'a rendu désormais trop infâme

Pour tenir ton parti sans s'exposer au blâme:

On devient ton complice à te favoriser.

Mais, hélas! mes pensers, qui vous vient diviser[1174]?

Quel plaisir de vengeance à présent vous engage? 1365

Faut-il qu'avec Caliste un rival vous partage?

Retournez, retournez vers mon unique bien:

Que seul dorénavant il soit votre entretien;

Ne vous repaissez plus que de sa seule idée;

Faites-moi voir la mienne en son âme gardée. 1370

Ne vous arrêtez pas à peindre sa beauté,

C'est par où mon esprit est le moins enchanté;

Elle servit d'amorce à mes desirs avides;

Mais ils ont su trouver des objets plus solides[1175]:

Mon feu qu'elle alluma fût mort au premier jour, 1375

S'il n'eût été nourri d'un réciproque amour.

Oui, Caliste, et je veux toujours qu'il m'en souvienne,

J'aperçus aussitôt ta flamme que la mienne:

L'amour apprit ensemble à nos coeurs à brûler;

L'amour apprit ensemble à nos yeux à parler; 1380

Et sa timidité lui donna la prudence

De n'admettre que nous en notre confidence:

Ainsi nos passions se déroboient à tous;

Ainsi nos feux secrets n'ayant point de jaloux[1176]....

Mais qui vient jusqu'ici troubler mes rêveries? 1385

SCÈNE III.

ROSIDOR, CALISTE.

CALISTE.

Celle qui voudroit voir tes blessures guéries,

Celle....

ROSIDOR.

Ah! mon heur, jamais je n'obtiendrois sur moi

De pardonner ce crime à tout autre[1177] qu'à toi.

De notre amour naissant la douceur et la gloire

De leur charmante idée occupoient ma mémoire: 1390

Je flattois ton image, elle me reflattoit;

Je lui faisois des voeux, elle les acceptoit;

Je formois des desirs, elle en aimoit l'hommage.

La désavoueras-tu, cette flatteuse image?

Voudras-tu démentir notre entretien secret? 1395

Seras-tu plus mauvaise enfin que ton portrait?

CALISTE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 01 · 第 33 / 42 段