XIII

Mais qui donc peut s'intéresser à ces vénérables Images sur lesquelles

pourtant le monde a vécu, et qui voudrait s'efforcer de les comprendre?

Un travail tel que celui-ci ne souffre guère qu'on les écarte, et

comment échapper à la décourageante certitude qu'on ne sera pas entendu?

Ils ont l'air parfois si contradictoires, ces vocables, familiers ou

rares, dont le sens littéral est si divers et l'acception spirituelle si

invariable, qui disent tous à leur manière la Substance infinie et qui

ne sont que des voiles d'un tissu changeant au devant du _même_

tabernacle!

On est tenté de les croire incohérents ou capricieux parce qu'ils se

précipitent quelquefois les uns sur les autres et qu'ils semblent tour à

tour se dévorer ou s'enlacer amoureusement. Quand on les regarde avec

fixité, ils se compénètrent soudain et se coalisent en un seul front,

pour se multiplier derechef aussitôt qu'on s'efforce de les saisir.

Et quand, plein de lassitude, on s'en détourne pour contempler de vaines

ombres dans les miroirs énigmatiques de cet univers, ils arrivent

insidieusement, comme des obsesseurs très-subtils, et ils environnent

l'esprit de leurs tranchées silencieuses...

On a beau savoir qu'ils sont les flots d'un identique Océan et qu'ils ne

peuvent rompre les digues de l'Unité absolue, l'ondoyance perpétuelle de

leurs aspects et le conflit apparent de leurs couleurs déconcertent

infailliblement l'orientation la plus attentive.

Il faut prendre son parti de n'obtenir jamais que d'intermittents

éclairs, car Jésus lui-même, venu, disait-il, pour tout «accomplir», ne

s'exprima qu'en paraboles et similitudes.

L'interprétation des Textes sacrés fut autrefois considérée comme le

plus glorieux effort de l'esprit humain, puisqu'au témoignage de

l'infaillible Salomon, la «gloire de Dieu est de cacher sa parole».[12]

[12] _Proverbes_, chap. 25, v. 2.

C'était, alors, le temps des maîtres et le règne tranquille des

spéculations d'en haut. Maintenant, c'est l'heure des domestiques et la

victoire décisive des curiosités d'en bas.

Il est donc au moins superflu d'espérer un peu d'attention et je me

garderais soigneusement d'y prétendre, si je ne savais pas qu'on meurt

de faim dans les étables du Pasteur et qu'un grand nombre de voix

réclament déjà la clef du siècle prochain où les indigents supposent que

la Providence a mis en réserve le rassasiement des esprits.

J'ai la douleur de ne pouvoir proposer à mes ambitieux contemporains un

révélateur authentique. La conciergerie des Mystères n'est pas mon

emploi et je n'ai pas reçu la consignation des Choses futures. Les

prophètes actuels sont, d'ailleurs, si complètement dénués de miracles

qu'il paraît impossible de les discerner.

Mais s'il est vrai qu'on en demande, par une conséquence naturelle de ce

point de foi qu'il doit en venir un jour, je voudrais savoir pourquoi on

ne les demande jamais à l'_unique_ peuple d'où sont sortis tous les

Secrétaires des Commandements de Dieu.

Le Salut par les Juifs · 第 28 / 51 题