[Note 11: Cf. _Præterita_: «Vers le moment de l'après-midi où le

moderne voyageur fashionable, parti par le train du matin de

Charing-Cross pour Paris, Nice et Monte-Carlo, s'est un peu remis des

nausées de sa traversée et de l'irritation d'avoir eu à se battre

pour trouver des places à Boulogne, et commence à regarder sa montre

pour voir à quelle distance il se trouve du buffet d'Amiens, il est

exposé au désappointement et à l'ennui d'un arrêt inutile du train,

à une gare sans importance où il lit le nom «Abbeville». Au moment

où le train se remet en marche, il pourra voir, s'il se soucie de lever

pour un instant les yeux de son journal, deux tours carrées que

dominent les peupliers et les osiers du sol marécageux qu'il traverse.

Il est probable que ce coup d'œil est tout ce qu'il souhaiterait jamais

d'attirer son attention, et je ne sais guère jusqu'à quel point je

pourrais arriver à faire comprendre au lecteur, même le plus

sympathique, l'influence qu'elles ont eu sur ma propre vie... Car la

pensée de ma vie a eu trois centres: Rouen, Genève et Pise... Et

Abbeville est comme la préface et l'interprétation de Rouen... Mes

bonheurs les plus intenses, je les ai connus dans les montagnes. Mais

comme plaisir, joyeux et sans mélange, arriver en vue d'Abbeville par

une belle après-midi d'été, sauter à terre dans la cour de l'hôtel

de l'Europe et descendre la rue en courant pour voir Saint-Wulfran avant

que le soleil ait quitté les tours, sont des choses pour lesquelles il

faut chérir le passé jusqu'à la fin. De Rouen et de sa cathédrale,

ce que j'ai à dire trouvera place, si les jours me sont donnés, dans

_Nos Pères nous ont dit_.»

Si, au cours de cette étude, j'ai cité tant de passages de Ruskin

tirés d'autres ouvrages de lui que _la Bible d'Amiens_, en voici la

raison. Ne lire qu'un livre d'un auteur, c'est n'avoir avec cet auteur

qu'une rencontre. Or, en causant une fois avec une personne on peut

discerner en elle des traits singuliers. Mais c'est seulement par leur

répétition dans des circonstances variées qu'on peut les reconnaître

pour caractéristiques et essentiels. Pour un écrivain, comme pour un

musicien ou un peintre, cette variation des circonstances qui permet de

discerner, par une sorte d'expérimentation, les traits permanents du

caractère, c'est la variété des œuvres. Nous retrouvons dans un

second livre, dans un autre tableau, les particularités dont la

première fois nous aurions pu croire qu'elles appartenaient au sujet

traité autant qu'à l'écrivain ou au peintre. Et du rapprochement des

œuvres différentes nous dégageons les traits communs dont

l'assemblage compose la physionomie morale de l'artiste. En mettant une

note au bas des passages cités de _la Bible d'Amiens_, chaque fois que

le texte éveillait par des analogies, même lointaines, le souvenir

d'autres ouvrages de Ruskin, et en traduisant dans la note le passage

qui m'était ainsi revenu à l'esprit, j'ai tâché de permettre au

lecteur de se placer dans la situation de quelqu'un qui ne se trouverait

pas en présence de Ruskin pour la première fois, mais qui, ayant

déjà eu avec lui des entretiens antérieurs, pourrait, dans ses

paroles, reconnaître ce qui est, chez lui, permanent et fondamental.

Ainsi j'ai essayé de pourvoir le lecteur comme d'une mémoire

improvisée où j'ai disposé des souvenirs des autres livres de

Ruskin,--sorte de caisse de résonance, où les paroles de _la Bible

d'Amiens_ pourront prendre quelque retentissement en y éveillant des

échos fraternels. Mais aux paroles de _la Bible d'Amiens_ ces échos ne

répondront pas sans doute, ainsi qu'il arrive dans une mémoire qui

s'est faite elle-même, de ces horizons inégalement lointains,

habituellement cachés à nos regards et dont notre vie elle-même a

mesuré jour par jour les distances variées. Ils n'auront pas, pour

venir rejoindre la parole présente dont la ressemblance les a attirés,

à traverser la résistante douceur de cette atmosphère interposée qui

a l'étendue même de notre vie et qui est toute la poésie de la

mémoire.

Au fond, aider le lecteur à être impressionné par ces traits

singuliers, placer sous ses yeux des traits similaires qui lui

permettent de les tenir pour les traits essentiels du génie d'un

écrivain devrait être la première partie de la tâche de tout

critique.

S'il a senti cela, et aidé les autres à le sentir, son office est à

peu près rempli. Et, s'il ne l'a pas senti, il pourra écrire tous les

livres du monde sur Ruskin: «l'homme, l'écrivain, le prophète,

l'artiste, la portée de son action, les erreurs de la doctrine»,

toutes ces constructions s'élèveront peut-être très haut, mais à

côté du sujet; elles pourront porter aux nues la situation littéraire

du critique, mais ne vaudront pas, pour l'intelligence de l'œuvre, la

perception exacte d'une nuance juste, si légère semble-t-elle.

Je conçois pourtant que le critique devrait ensuite aller plus loin. Il

essayerait de reconstituer ce que pouvait être la singulière vie

spirituelle d'un écrivain hanté de réalités si spéciales, son

inspiration étant la mesure dans laquelle il avait la vision de ces

réalités, son talent la mesure dans laquelle il pouvait les récréer

dans son œuvre, sa moralité enfin, l'instinct qui les lui faisant

considérer sous un aspect d'éternité (quelque particulières que ces

réalités nous paraissent) le poussait à sacrifier au besoin de les

apercevoir et à la nécessité de les reproduire pour en assurer une

vision durable et claire, tous ses plaisirs, tous ses devoirs et

jusqu'à sa propre vie, laquelle n'avait de raison d'être que comme

étant la seule manière possible d'entrer en contact avec ces

réalités, de valeur que celle que peut avoir pour un physicien un

instrument indispensable à ses expériences. Je n'ai pas besoin de dire

que cette seconde partie de l'office du critique, je n'ai même pas

essayé de la remplir dans cette petite étude qui aura comblé mes

ambitions si elle donne le désir de lire Ruskin et de revoir quelques

cathédrales.]

[Note 12: Cf. Dans _Præterita_ l'impression des lents courants de

marée montante et descendante le long des marches de l'hôtel

Danielli.]

[Note 13: Ruskin veut parler ici de l'auteur du «_Parfait pêcheur à

la ligne_» (Londres, 1653), Isaac Walton, célèbre pêcheur de la

Dove, né en 1593, à Strefford, mort en 1683.]

[Note 14: Déjà, dans _Modern Painters_, Ruskin, une trentaine

d'années plus tôt, parle de «la simplicité sereine et de la grâce

des peupliers d'Amiens».]

[Note 15: Vous aurez peut-être alors comme moi la chance (si même vous

ne trouvez pas le chemin indiqué par Ruskin) de voir le cathédrale,

qui de loin ne semble qu'en pierres, se transfigurer tout à coup,

et--le soleil traversant de l'intérieur, rendant visibles et

volatilisant ses vitraux sans peintures,--tenir debout vers le ciel,

entre ses piliers de pierre, de géantes et immatérielles apparitions

d'or vert et de flamme. Vous pourrez aussi chercher près des abattoirs

le point de vue d'où est prise la gravure: «_Amiens, le jour des

Trépassés._»]

[Note 16: Cf. _The two Paths_: «Ces statues (celles du porche

occidental de Chartres) ont été longtemps et justement considérées

comme représentatives de l'art le plus élevé du XIIe ou du

commencement du XIIIe siècle en France; et, en effet, elles possèdent

une dignité et un charme délicat qui manquent, en général, aux

œuvres plus récentes. Ils sont dus, en partie, à une réelle noblesse

de traits, mais principalement à la grâce mêlée de sévérité des

lignes tombantes de l'excessivement _mince_ draperie; aussi bien qu'à

un fini des plus étudiés dans la composition, chaque partie de

l'ornementation s'harmonisant tendrement avec le reste. Autant que leur

pouvoir sur certains modes de l'esprit religieux est due à un degré

palpable de non-naturalisme en eux, je ne le loue pas, la minceur

exagérée du corps et la raideur de l'attitude sont des défauts; mais

ce sont de nobles défauts, et ils donnent aux statues l'air étrange de

faire partie du bâtiment lui-même et de le soutenir non comme la

cariatide grecque sans effort, ou comme la cariatide de la Renaissance

par un effort pénible ou impossible, mais comme si tout ce qui fut

silencieux et grave, et retiré à part, et raidi avec un frisson au

cœur dans la terreur de la terre, avait passé dans une forme de marbre

éternel; et ainsi l'Esprit a fourni, pour soutenir les piliers de

l'église sur la terre, toute la nature anxieuse et patiente dont il

n'était plus besoin dans le ciel. Ceci est la vue transcendentale de la

signification de ces sculptures.

Je n'y insiste pas. Ce sur quoi je m'appuie est uniquement leurs

qualités de vérité et de vie. Ce sont toutes des portraits--la

plupart d'inconnus, je crois--mais de palpables et d'indiscutables

portraits; s'ils n'ont pas été pris d'après la personne même qui est

censée représentée, en tout cas ils ont été étudiés d'après

quelque personne vivante dont les traits peuvent, sans invraisemblance,

représenter ceux du roi ou du saint en question. J'en crois plusieurs

authentiques, il y en a un d'une reine qui, évidemment, de son vivant,

fut remarquable pour ses brillants yeux noirs. Le sculpteur a creusé

bien profondément l'iris dans la pierre et ses yeux foncés brillent

encore pour nous avec son sourire.

Il y a une autre chose que je désire que vous remarquiez spécialement

dans ces statues, la façon dont la moulure florale est associée aux

lignes verticales de la statue.

Vous avez ainsi la suprême complexité et richesse de courbes côte à

côte avec les pures et délicates lignes parallèles, et les deux

caractères gagnent en intérêt et en beauté; mais il y a une

signification plus profonde dans la chose qu'un simple effet de

composition; signification qui n'a pas été voulue par le sculpteur,

mais qui a d'autant plus de valeur qu'elle est inintentionnelle. Je veux

dire l'association intime de la beauté de la nature inférieure dans

les animaux et les fleurs avec la beauté de la nature plus élevée

dans la forme humaine. Vous n'avez jamais ceci dans l'œuvre grecque.

Les statues grecques sont toujours isolées; de blanches surfaces de

pierre, ou des profondeurs d'ombre, font ressortir la forme de la statue

tandis que le monde de la nature inférieure qu'ils méprisaient était

retiré de leur cœur dans l'obscurité. Ici la statue drapée semble le

type de l'esprit chrétien, sous beaucoup de rapports, plus faible et

plus contractée mais plus pure; revêtue de ses robes blanches et de sa

couronne, et avec les richesses de toute la création à côté d'elle.

Le premier degré du changement sera placé devant vous dans un instant,

simplement en comparant cette statue de la façade ouest de Chartres

avec celle de la Madone de la porte du transept sud d'Amiens.

Cette Madone, avec la sculpture qui l'entoure, représente le point

culminant de l'art gothique au XIIIe siècle. La sculpture a progressé

continuellement dans l'intervalle; progressé simplement parce qu'elle

devient chaque jour plus sincère et plus tendre et plus suggestive.

Chemin faisant, la vieille devise de Douglas: «Tendre et vrai» peut

cependant être reprise par nous tous pour nous-mêmes, non moins dans

l'art que dans les autres choses. Croyez-le, la première

caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme

la seconde est la vérité. Je trouve ceci chaque jour de plus en plus

vrai; un infini de tendresse est le don par excellence et l'héritage de

tous les hommes vraiment grands. Il implique sûrement en eux une

intensité relative de dédain pour les choses basses et leur donne une

apparence sévère et arrogante aux yeux de tous les gens durs, stupides

et vulgaires, tout à fait terrifiante pour ceux-ci s'ils sont capables

de terreur, et haïssable pour eux si ils ne sont capables de rien de

plus élevé que la haine. L'esprit du Dante est le grand type de cette

classe d'esprit. Je dis que le _premier_ héritage est la tendresse--le

_second_ la vérité; parce que la tendresse est dans la nature de la

créature, la vérité dans ses habitudes et dans sa connaissance

acquise; en outre, l'amour vient le premier, aussi bien dans l'ordre de

la dignité que dans celui du temps, et est toujours pur et entier: la

vérité, dans ce qu'elle a de meilleur, est parfaite.

Pour revenir à notre statue, vous remarquerez que l'arrangement de la

sculpture est exactement le même qu'à Chartres. Une sévère draperie

tombante rehaussée sur les côtés par un riche ornement floral; mais

la statue est maintenant complètement animée; elle n'est plus immuable

comme un pilier rigide, mais elle se penche en dehors de sa niche et

l'ornement floral, au lieu d'être une guirlande conventionnelle, est un

exquis arrangement d'aubépines. L'œuvre toutefois dans l'ensemble,

quoique parfaitement caractéristique du progrès de l'époque comme

style et comme intention, est, en certaines qualités plus subtiles,

inférieure à celle de Chartres. Individuellement, le sculpteur,

quoique appartenant à une école d'art plus avancée, était lui-même

un homme d'une qualité d'âme inférieure à celui qui a travaillé à

Chartres. Mais Je n'ai pas le temps de vous indiquer les caractères

plus subtils auxquels je reconnais ceci.

Cette statue marque donc le point culminant de l'art gothique parce que,

jusqu'à cette époque, les yeux de ses artistes avaient été fermement

fixés sur la vérité naturelle; ils avaient été progressant de fleur

en fleur, de forme en forme, de visage en visage, gagnant

perpétuellement en connaissance et en véracité, perpétuellement, par

conséquent, en puissance et en grâce. Mais arrivés à ce point un

changement fatal se fit dans leur idéal. De la statue, ils

commencèrent à tourner leur attention principalement sur la niche de

la statue, et de l'ornement floral aux moulures qui l'entouraient, etc.

(_The two Paths_, § 33-39.)]

[Note 17: Moins charmantes que celles de Bourges. Bourges est la

cathédrale de l'aubépine. (Cf. _Stones of Venice_: «L'architecte de

la cathédrale de Bourges aimait l'aubépine, aussi a-t-il couvert son

porche d'aubépines. C'est une parfaite niobé de mai. Jamais il n'y eut

une pareille aubépine. Vous la cueilleriez immédiatement sans la

crainte de vous piquer».)]

[Note 18: «Remarquez que le calme est l'attribut de l'art le plus

élevé.» (_Relations de Michel-Ange et de Tintoret_, § 219), à

propos d'une comparaison entre les anges de Della Robbia et de Donatello

«attentifs à ce qu'ils chantent, ou même transportés--les anges de

Bernardino Luini, pleins d'une conscience craintive--et les anges de

Bellini qui, au contraire, même les plus jeunes, chantent avec autant

de calme que filent les Parques».]

[Note 19: Cf. _Mornings in Florence_: «Mais je veux tout d'abord vous

donner un bon conseil, payez bien votre guide ou votre sacristain. Il

fera preuve de reconnaissance en échange de vingt sous.... Parmi mes

connaissances, sur cinquante personnes qui m'écriraient des lettres

pleines de tendres sentiments, une seule me donnerait vingt sous. Je

vous serai donc obligé si vous me donnez vingt sous pour chacune de ces

lettres, quoique j'aie fourni plus de travail que vous ne le

soupçonnerez jamais pour les rendre à vos yeux dignes des vingt

sous.»]

[Note 20: Et regardée d'eux: je peux, en ce moment même, voir les

hommes qui se hâtent vers la Somme accrue par la marée, en passant

devant le porche qu'ils connaissent pourtant depuis si longtemps, lever

les yeux vers «l'Étoile de la Mer».]

[Note 21: Commencées le 3 juillet 1508, les 120 stalles furent

achevées en 1522, le jour de la Saint Jean. Le bedeau vous laissera

vous promener au milieu de la vie de tous ces personnages qui, dans la

couleur de leur personne, les lignes de leur geste, l'usure de leur

manteau, la solidité de leur carrure, continuent à découvrir

l'essence du bois, à montrer sa force et à chanter sa douceur. Vous

verrez Joseph voyager sur la rampe, Pharaon dormir sur la crête où se

déroule la figure de ses rêves, tandis que sur les miséricordes

inférieures les devins s'occupent à les interpréter. Il vous laissera

pincer sans risque d'aucun dommage pour elles les longues cordes de bois

et vous les entendrez rendre comme un son d'instrument de musique, qui

semble dire et qui prouve, en effet, combien elles sont indestructibles

et ténues.]

[Note 22: Mlle Marie Nordlinger, l'éminente artiste anglaise, me met

sous les yeux une lettre de Ruskin où Notre-Dame de Paris, de Victor

Hugo, est qualifiée de rebut de la littérature française.]

[Note 23: Cf. «Vous êtes peut-être surpris d'entendre parler d'Horace

comme d'une personne pieuse. Les hommes sages savent qu'il est sage, les

hommes sincères qu'il est sincère. Mais les hommes pieux, par défaut

d'attention ne savent pas toujours qu'il est pieux. Un grand obstacle à

ce que vous le compreniez est qu'on vous a fait construire des vers

latins toujours avec l'introduction forcée du mot «Jupiter» quand

vous étiez en peine d'un dactyle. Et il vous semble toujours qu'Horace

ne s'en servait que quand il lui manquait un dactyle. Remarquez

l'assurance qu'il nous donne de sa piété: _Dis pieta mea, et musa,

cordi est_, etc.» (_Val d'Arno_, chap. IX, § 218, 219, 220, 221 et

suiv.). Voyez aussi: «Horace est exactement aussi sincère dans sa foi

religieuse que Wordworth, mais tout pouvoir de comprendre les honnêtes

poètes classiques a été enlevé à la plupart de nos gentlemen par

l'exercice mécanique de la versification au collège. Dans tout le

cours de leur vie, ils ne peuvent se délivrer complètement de cette

idée que tous les vers ont été écrits comme exercices et que Minerve

n'était qu'un mot commode à mettre comme avant-dernier dans un

hexamètre et Jupiter comme dernier. Rien n'est plus faux... Horace

consacre son pin favori à Diane, chante son hymne automnal à Faunus,

dirige la noble jeunesse de Rome dans son hymne à Apollon, et dit à la

petite-fille du fermier que les Dieux l'aimeront quoiqu'elle n'ait à

leur offrir qu'une poignée de sel et de farine--juste aussi

sérieusement que jamais gentleman anglais ait enseigné la foi

chrétienne à la jeunesse anglaise, dans ses jours sincères (_The

Queen of the air_, I, 47, 48). Et enfin: «La foi d'Horace en l'esprit

de la Fontaine de Brundusium, en le Faune de sa colline et en la

protection des grands Dieux est Constante, profonde et effective (Fors

Clavigere Lettre XCII, 111).]

[Note 24: Cf. _Præterita_, I, XII: «J'admire ce que j'aurais pu être

si à ce moment-là l'amour avait été avec moi au lieu d'être contre

moi, si j'avais eu la joie d'un amour permis et l'encouragement

incalculable de sa sympathie et de son admiration.» C'est toujours la

même idée que le chagrin, sans doute parce qu'il est une forme

d'égoïsme, est un obstacle au plein exercice de nos facultés. De

même plus haut (page 224 de la Bible): «Toutes les adversités,

qu'elles résident dans le tentation ou dans la _douleur_» et dans la

préface d'_Arrows of the Chace_. «J'ai dit à mon pays des paroles

dont pas une n'a été altérée par l'intérêt ou affaiblie par la

douleur.» Et dans le texte qui nous occupe _chagrin_ est rapproché de

faute comme dans ces passages _tentation_ de _peine_ et _intérêt_ de

_douleur_. «Rien n'est frivole comme les mourants,» disait Emerson. À

un autre point de vue, celui de la sensibilité de Ruskin, la citation

de _Præterita_: «Que serais-je devenu si l'amour avait été avec moi

au lieu d'être contre moi,» devrait être rapprochée de cette lettre

de Ruskin à Rossetti, donnée par M. Bardoux: «Si l'on vous dit que je

suis dur et froid, soyez assuré que cela n'est point vrai. Je n'ai

point d'amitiés et point d'amours, en effet; mais avec cela je ne puis

lire l'épitaphe des Spartiates aux Thermopyles, sans que mes yeux se

mouillent de larmes, et il y a encore, dans un de mes tiroirs, un vieux

gant qui s'y trouve depuis dix-huit ans et qui aujourd'hui encore est

plein de prix pour moi. Mais si par contre vous vous sentez jamais

disposé à me croire particulièrement bon, vous vous tromperez tout

autant que ceux qui ont de moi l'opinion opposée. Mes seuls plaisirs

consistent à voir, à penser, à lire et à rendre les autres hommes

heureux, dans la mesure où je puis le faire, sans nuire à mon propre

bien.»--(Note du traducteur.)]

[Note 25: Cf. _The Queen of the air_: «Comme j'ai beaucoup aimé--et

non dans des fins égoïstes--la lumière du matin est encore visible

pour moi sur les collines, vous pouvez croire en mes paroles et vous

serez heureux ensuite de m'avoir cru!»]

[Note 26: Cf. La Couronne d'Olivier Sauvage: «Le Grec lui-même sur ses

poteries ou ses amphores mettait un Hercule égorgeant des lions.»]

[Note 27: Allusion probable à Virgile: «_Nec magnos metuent armenta

leones._»]

[Note 28: Allusion à Isaïe, XI, 9.]

[Note 29: Allusion à saint Matthieu XXIV, 36.]

[Note 30: Cf. Bossuet, _Élévations sur les Mystères_: «Contenons les

vives saillies de nos pensées vagabondes, par ce moyen nous

commanderons en quelque sorte aux oiseaux du ciel; ce sera dompter des

lions que d'assujettir notre impétueuse colère.»]

[Note 31: M. Huysmans dit: «Les Évangiles insistent pour qu'on ne

confonde pas saint Jude avec Judas, ce qui eut lieu, du reste; et, à

cause de sa similitude de nom avec le traître, pendant le moyen âge

les chrétiens le renient... Il ne sort de son mutisme que pour poser

une question au Christ sur la Prédestination et Jésus répond à

côté, ou pour mieux dire ne lui répond pas», et plus loin parle «du

déplorable renom que lui vaut son homonyme Judas». (_La Cathédrale_,

p. 354 et 455.)]

[Note 32: Saint Matthieu, XVII, 5.]

[Note 33: Saint Matthieu, XXI, 7.]

[Note 34: Cette apostrophe permet (malgré des analogies simplement

apparentes, «Isaïe déclara aux conservateurs de son temps», «un

marchand juif--le roi Salomon--qui avait fait une des fortunes les plus

considérables de l'époque _Unto this last_) de faire sentir combien le

génie de Ruskin diffère de celui de Renan. De ce même mot «fils de

David», Renan dit: «La famille de David était éteinte depuis

longtemps. Jésus se laissa pourtant donner un titre sans lequel il ne

pouvait espérer aucun succès; il finit, ce semble, par y prendre

plaisir, etc.» L'opposition n'apparaît ici qu'à propos d'une simple

dénomination. Mais quand il s'agit de longs versets, elle s'aggrave. On

sait avec quelle magnificence dans Sa Couronne d'Olivier Sauvage (_das

Eagles nest_), et surtout dans les Lys des Jardins des Reines, Ruskin a

cité la parole rapportée par saint Luc, IX, 58: «Jésus lui

répondit: «Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des

nids, mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête.» Avec cette

ingéniosité merveilleuse qui, commentant les Évangiles à l'aide de

l'histoire et de la géographie (histoire et géographie d'ailleurs

forcément un peu hypothétiques), y donne aux moindres paroles du

Christ un tel relief de vie et semble les mouler exactement sur des

circonstances et des lieux d'une réalité indiscutable, mais qui

parfois risque par là-même d'en restreindre un peu le sens et la

portée, Renan, dont il peut être intéressant d'opposer ici la glose

à celle de Ruskin, croit voir dans ce verser de saint Luc comme un

signe que Jésus commençait à éprouver quelque lassitude de sa vie

vagabonde. (_Vie de Jésus_, p. 324 des premières éditions.) Il semble

qu'il y ait dans une telle interprétation, retenu sans doute par un

sentiment exquis de la mesure et une sorte de pudeur sacrée, le germe

de cette ironie spéciale qui se plaît à traduire, sous une forme

terre à terre et actuelle, des paroles sacrées ou seulement

classiques. L'œuvre de Renan est sans doute une grande œuvre, une

œuvre de génie. Mais par moments on n'aurait pas beaucoup à faire

pour voir s'y esquisser comme une sorte de _Belle Hélène_ de

Christianisme.]

[Note 35: Cf. La description des chapiteaux du Palais des Doges (dans

_The Stones of Venice_).]

[Note 36: Cf. Volney, _Voyage en Syrie._]

[Note 37: Cf. Émile Mâle, _l'Art religieux au XVIIIe siècle_: «La

rébellion n'apparaît au moyen âge que sous un seul aspect, la

désobéissance à l'Église. La rose de Notre-Dame de Paris (ces

petites scènes sont presque identiques à Paris, Chartres, Amiens et

Reims) offre ce curieux détail: l'homme qui se révolte contre

l'évêque porte le bonnet conique des Juifs. Le Juif, qui depuis tant

de siècles refusait d'entendre la parole de l'Église, semble être le

symbole même de la révolte et de l'obstination.»]

[Note 38: _Cantiques des Cantiques_, VII, 1. La citation précédente se

rapporte à Éphésieus, VI, 15.]

Pastiches et mélanges · 第 8 / 18 段