Le miroer d’entendement par la mort

Chapitre .xxvi.

Or est madame bien paree & vestue

De noble abit & de riche parures

Si est raison que en cas esvertue

Qu’elle puist venir que tout soit en value

Se tout est bien en atour & vesture

Ce darrier point nous fera les clostures

Des beaulx habitz dont l’ay voulu provoir

Pource luy donne a la fin ung miroer

Se miroer si sera d’entendement

Tout composé illustre & bien bruny

La peult ma dame veoir tout entierement

Ou est le beau/ le lait semblablement

Ou est bonté & ou sens a failly

Se l’honneur croist ou s’il est amendry

Se l’ame est nette ou s’elle est empeschee

Ce miroer si monstre tout de visee

Pour deux raisons se doit dame mirer

L’une en la face l’autre en la conscience

Se faulte y a affin de l’amender

L’ung par clere eaue l’autre par confesser

Sans fiction & sans oultrecuidance

La face nette juge bonne apparence

Le cueur contrit monstre a Dieu equitté

Recongnoissant sa divine bonté

Mirez vous si cueur en tout bien apris

Roynes/ duchesses/ contesses/ & marquises

Mirez vous si princesses de grant pris

Lever vouz cueurs ouvrez vos esperitz

Toutes femmes soient jeunes ou grises

Entendement monstrera ses maistrises

Par luy verrés a vous bien remirer

Que la beaulté ne peult gueres durer

Comme la rose en may fresche & vermeille

A en ung jour sa grant frescheur passee

Ceste beaulté qu’on dit la non pareille

Par une fievre qui vous point & traveille

Las pensez bien qu’elle est tantost changee

Et qui pis est c’elle est continuee

Ce noble corps la mort le met a fin

Que l’on jugeoit ainsi comme divin

Ses doux regars ses yeulx faiz pour plaisance

Pensez y bien il perdront leur clarté

Nez & sourcilz la bouche d’eloquence

Si pourriront & sera desplaisance

Mesmes a celuy qui vous ayme en charité

Toutes vives perdrés vostre beaulté

Et quant la mort en fait le departir

Qui plus vous ayme plus tost s’en veult partir

Col et forcelle qui est blanche & pollye

Ses mains ses bras qui font les acollees

Mesmes la langue quoy que les beaulx motz die

Se noble cueur ou chascune estudie

Pour le gaigner en faitz ou en pensees

Se tresbeau corps dont dames sont louees

Tout pourrira & notez bien ces vers

Et la par mort toutes mengees de vers

Se vous vivés le droit cours de nature

Dont soixante ans est pour ung bien grant nombre

Vostre beaulté changera en laidure

Vostre santé en maladie tresdure

Et ne serés en ce monde que encombre

Se fille avez vous luy ferez ung umbre

Celle sera requise & demandee

Et de chascun la mere habandonnee

Le parement et triumphe des dames · 第 58 / 63 题