Qu’est devenue l’emperiere de Romme
Dame Elienor fille de Portugal
Qui des vertus eut sans nombre & sans somme
La mort l’a pris qui tout fiert & assomme
En ces beaulx jours comme ung petit vassal
Mirés vous cy cest cas especial
Entendement vous monstre par mirer
Que de la mort ne povez respirer
Qu’est devenue ma dame la Dauphine
Fille d’Escosse triumphante & pompeuse
Qui de France devoit estre la Royne
Sans espargnez non plus que une meschine
La mort l’a prinse par oeuvre rigoureuse
Mirez vous cy ne soyez oublieuse
Et vous souviengne que la mort est rebelle
Et qu’el n’espargne la laide ne la belle
Qu’est devenue ma dame de Callabre
De Bourbon fille duchesse tant louee
La mort l’a mise aussi froide que marbre
En ung cercueil comme on feroit d’ung arbre
Dedans la terre pourrir sans relevee
Mirez vous cy attendans la journee
Que vous serez comme les autres mise
Car a la mort n’avez point de franchise
Qu’est devenue de Ravastin la dame
Fille du duc de Choymbre tant noble
Qu’elle fut nee de Roys & de Royaulme
De grant vertus chacun luy donne fame
Son renom va jusques en Constantinoble
La mort l’a prinse ainsi que une non noble
Et fait pourrir au plus beau de ses jours
Mirez vous cy n’attendez nulz secours
Qu’est devenue la princesse d’Orenges
Tant renommee seur du duc de Brethaigne
La mort qui tient en ce monde ces changes
Ne l’espargna non plus que les estranges
Mais la pourrist & en telz faitz se baigne
Tousjours occit par mont & par champaigne
Mirez vous cy vous aurez vostre tour
Et entrerez en ce val sans retour
Qu’est devenue cy la Royne d’Escosse
Fille de Gueldres tant gorriere & mondaine
La mort l’a prinse & mise en une fosse
Dont les vers ont mengez chair & escorce
Et est en pouldre la dame treshaultaine
Mirez vous cy car c’est chose certaine
Qu’il vous convient passer le dur passage
Qui ne le croit je dis qu’il n’est pas sage
Qu’est devenue celle qui de Naverre
Fut princesse fille du duc de Cleves
Plus belle ne failloit ailleurs querre
La mort l’a prinse en sa mortelle guerre
Et fait pourrir corps bras gembes & greves
Mirez vous cy car riens n’y vallent treves
Mourir convient c’est nostre destinee
Soit laide ou belle soit estrange ou privee
Qu’est devenue madame de Savoye
Fille de Chippre qui tant fist a louer
Plus belle d’elle alleguer ne sçaroye
La mort la print & emmena sa voye
Comme la mendre dont on pourroit parler
Mirez vous cy en ce point fait a noter
Toutes moururent aussi toutes mourront
Et vous yrés le chemin qu’elles vont
Qu’est devenue ma dame d’Orleans
Si tresgorriere yssue de Bourgongne
Qui triumphoit en pompes & en biens
La mort l’a prinse & mise en ses lyens
C’est son delict et ce dont elle songne
Mirez vous cy & n’en ayez vergongne
Tous fault mourir sans longue demouree
Et ne sçavons le temps ne la journee
Qu’est devenue la Royne de Castille
Sy triumphante de Portugal yssue
Plus belle n’eut entre noble ou civile
La mort l’a prinse comme une povre fille
Et fait pourrir en la terre pollue
Mirez vous cy ce cas est de value
La mort nous suyt tousjours sans arrester
Et ne povons de ses mains eviter
Qu’est devenue la contesse tant bonne
De Charroloys fille au duc de Bourbon
Plus vertueuse par escript ne se donne
La mort l’a prinse qui tout rompt & estonne
Et mise en cendre sans respit ne rançon
Mirez vous cy voyez ceste leçon
Car de la mort nulle n’eschappera
Tresor avoir ne parens n’y vauldra
Qu’est devenue la feue Royne de France
De Savoye fille noble dame Charlote
Puissant de corps de moult belle apparence
La mort l’a prinse de fait & de puissance
Et fait mourir ainsi que une pelote
Mirez vous cy car compter fault a l’hoste
Toutes estes d’une mesme nature
Toutes mourrés pour vray sans adventures
Qu’est devenue madame Claucestre
Fille d’Iorc seur au Roy d’Angleterre
Doulce plaisant de beau maintien & estre
La mort l’a prinse pour Atropos repaistre
La deesse qui nous rent a la terre
Mirez vous cy nottez bien ceste guerre
Qui commança a Eve la premiere
Et durera jusque a la derniere
Qu’est devenue ceste grande heritiere
De Bourgongne qui fut Archeduchesse
Bonne de faitz honneste de maniere
De ses subgectz si agreante & chere
Qu’oncques ne fut de plus aymee princesse
La mort l’a prise en sa belle jeunesse
Mirez vous cy elle a payé sa rente
Et vous aprés irés la mesme sente
A tant se taisent mes allegations
Pour mettre fin a ceste mon emprinse
Entendement monstre par grans raisons
Que soy mirer en toutes les saisons
N’est pas chose qui ne soit bonne aprise
A bien mirer le saige peu ce prise
La vie est courte & la beaulté peu dure
Qui trop s’i fye il n’a de raison cure
Pource mes dames qui lisez ce ditter
Le bien soit prins le mal en non chaloir
Pour l’amour d’une que mon cueur a plus cher
J’ay prins la peine de ce livre traicter
Dont toutes autres en pourront mieulx valoir
Je doncq La Marche meu d’aulcun bon vouloir
Querant vertus & reboutant les blasmes
L’ay baptisé le parement des dames
Si prens congé des dames humblement
Et a chascune d’elle me recommande
Mon service je l’ay fait loyaulment
De cueur de corps de sens d’entendement
Se faulte y a je offre que je l’amende
Le temps me monstre qu’il fault que je me rende
Puis que ainsi est je me rens & me donne
A Jhesucrist qui les pechez pardonne.
Cy finist le parement & triumphe des dames d’honneur Nouvellement
imprimé A Paris par la veufve feu Jehan Trepperel et Jehan Jehannot/
demourans en la rue neufve nostre dame a l’enseigne de l’escu de France
& rimprimé a Lille en Flandre par Six-Horemans imprimeur Pour Baillieu
libraire tenant sa bouticque sur le quay des grands augustins a Paris le
.x. jour d’avril mil huict cent .lxx.
[Illustration]