Aprés que j’ay leu & revolué plusieurs fueilletz pour donner & descripre
exemple de entiere noblesse Je n’ay point trouvé plus propre ou digne de
memoire que la tresilustre tresvertueuse & tresnoble royne de France la
bonne mere du trescrestien & glorieux roy monseigneur sainct Loys Le
filz du roy Loys quatriesme. Lequel combatit & debela plusieurs
heretiques & expella leurs heresies des pays d’albigeoys & conté de
Thoulouse Et puis aprés en retournant au pays de France trespassa
devotement en nostre seigneur Ceste noble dame selon les cronicques &
francigenes histoires fut fille du roy de Castille & laquelle aprés le
trespas de son dit feu mary Roy de France eut en regime & gouvernement
Le bon Roy sainct Loys son filz estant en l’aage de douze ans Lequel
elle eut en si souveraine garde & recommandation pour l’introduire es
saintz commandemens de Dieu qu’elle l’endoctrina diligemment en toutes
bonnes & devotes meurs par le conseil des reverens maistres & religieux
docteurs de l’ordre des freres prescheurs & aussi des freres mineurs &
tellement qui fut tressouffisamment aprins en sainctes lettres & devotes
meurs & comme l’autre Salomon estoit saige & ingenieux tout plain de
prudence & justice par la grant solicitude de la bonne Royne Blanche sa
mere Laquelle toute vertueuse & plaine de noblesse de cueur &
s’esjouissant de sa saincteté disoit ainsi a iceluy son propre filz le
bon Roy sainct Loys Mon trescher filz disoit elle j’aymeroye mieux te
veoir plus tost mourir de mort corporelle que de te veoir offenser ton
createur par peché mortel Lesquelles parolles fermoit bien devotement en
son cueur le bon Roy sainct Loys & telement qu’il n’a point offensé Dieu
son createur par pechié mortel Mais a excercé toutes oeuvres de
misericorde par l’exortation de sa noble mere/ car il avoit tous les
jours ordinairement les povres pour boire & menger avecques luy a sa
propre table & jusques a la mort corporelle c’est tousjours employee au
service de nostre seigneur Jesucrist en s’exposant pour son saint nom a
conquester la sainte terre de Jherusalem la ou il souffrit grandement
dont il a acquis paradis comme on peult amplement veoir par sa cronicque
& saincte legende Et pource mes dames plaise vous avoir en devote
recordation La vertueuse noblesse de cueur de la bonne royne Blanche la
mere du Roy sainct Loys laquelle avoit l’entiere & parfaicte noblesse
des vertus au cueur & vous aurés La gloire eternelle.