On voit que malgré le peu de variété dans les substances que contiennent
ces sources, elles offrent de très notables différences dans les
combinaisons et les proportions de ces substances; la source de Yeni
Kaplidja se distingue surtout par sa nature décidément alcaline, qui se
traduit par un goût salé très prononcé, tandis que la plupart des autres
sources ont un goût plutôt acidulé et qui, après son refroidissement,
est parfaitement potable.
Nous ne possédons sur les sources thermales de Brousse aucun
renseignement qui se rapporte à une époque antérieure à l’ère
chrétienne. Ainsi la visite de l’empereur Constantin aux eaux de cette
ville est peut-être le fait le plus ancien à l’occasion duquel ces
thermes aient été mentionnés. M. Daubigny cite un curieux passage de
Paulus Silentiarius, dignitaire de la cour de Justinien, qui, dans un
poème écrit en un grec un peu barbare, parle des eaux thermales de
Pithya, en Bithynie, qui évidemment est la ville de Brousse
d’aujourd’hui. Il s’étend sur les propriétés curatives de ces eaux, et,
après avoir discuté d’une manière assez rationnelle la question de
l’origine des sources chaudes en général, il s’écrie avec enthousiasme,
«ce fut ainsi que ce fluide embrasé et pétillant se fit jour pour le
salut du genre humain, auquel il sert d’Hippocrate inanimé et de Galien
sans science».
A ce témoignage de Paul nous pouvons en ajouter plusieurs autres non
moins remarquables. Déjà Procope, qui écrivait au VIe siècle sous le
règne de Justinien, nous fournit un passage très intéressant sur les
eaux de Brousse: «Chez les Bithyniens, dit-il, dans une ville nommée
Pithya, on voit jaillir des eaux chaudes. Justinien y déploya une
magnificence digne d’un empereur. Il y fit élever un nouveau palais et
construire des bains publics dans l’enceinte desquels les sources
chaudes se trouvèrent renfermées. En conduisant jusque dans ces lieux
des eaux douces et fraîches qui se trouvent à une grande distance, il
tempéra la chaleur incommode qui y régnait auparavant.»
Théophanes nous apprend qu’en l’année 525 l’impératrice Théodora alla
prendre les eaux chaudes de Pithya accompagnée d’une suite de 4,000
individus attachés à sa personne.
Il paraît qu’après Justinien les eaux de Brousse continuèrent à jouir
d’une grande renommée auprès de la cour de Byzance, car Cédyene dit
positivement que l’impératrice Irène et son fils allèrent prendre les
eaux à Brousse «Προὐση θερμἠσαι».
P. DE TCHIHATCHEFF.--_Asie-Mineure_ (1re partie: Géographie physique
comparée, ch. VII.)