Il est presque certain que le produit des droits de péage et de
transport à percevoir des voyageurs et marchandises circulant tant sur
les routes ordinaires que sur les voies ferrées à construire suffiront à
couvrir les dépenses de construction, d’entretien et d’exploitation de
ces ouvrages.
Ainsi donc si le gouvernement, en dehors du concours moral qu’il est
dans son intérêt de prêter aux entreprises d’utilité publique, accordait
le droit de percevoir un tarif suffisamment rémunérateur pour couvrir
les sommes dépensées réellement pour la construction des chaussées et
des chemins de fer, ainsi que certaines facilités telles que le droit de
posséder et d’exploiter, conformément à la loi sur la propriété, tous
les marais à dessécher situés à proximité des ouvrages, de construire
des ports et des quais sur les points du littoral avoisinant les travaux
primitifs et de percevoir des droits de port et de quai; en conséquence,
d’importer de l’étranger, en franchise de douane, tous les objets
nécessaires aux travaux, et ce, en conformité du cahier des charges
sanctionné par ordonnance impériale, d’exploiter, selon les règlements
régissant la matière, les mines qui seraient situées sur le tracé de la
route ou de la ligne à construire, de couper gratuitement dans les
forêts de l’État tous les bois nécessaires au premier établissement des
travaux, à la condition de se conformer au règlement des forêts; il est
évident que des capitalistes puissants et sérieux se présenteraient pour
l’exécution desdits travaux.
Les droits de port, de quai et d’échelle suffiraient, nous en sommes
plus que sûrs, pour indemniser en général les capitalistes des dépenses
qu’ils auront à faire pour ces diverses constructions. Quant aux routes
et chemins de fer, plus leur réseau s’étendra, plus naturellement la
production du pays et par conséquent le transport par voie ferrée et la
circulation sur les routes augmenteront; en outre, la richesse du pays
et les facilités d’échange que, par la position du pays, ces travaux
développeront, seront un moyen sûr d’augmenter les relations
commerciales et autres avec l’Europe, l’Asie et les autres parties du
monde; ces diverses considérations convaincront les entrepreneurs de ces
travaux de la possibilité de récupérer les dépenses qu’ils auront à
supporter ainsi que les bénéfices qu’ils sont en droit d’attendre.
Pour en venir aux desséchements de marais, les travaux seront toujours
compensés, soit par la concession conformément à la loi sur la propriété
des terrains submergés appartenant à l’État, soit par la contribution
des propriétaires qui profiteraient du desséchement et de
l’assainissement de leurs propriétés, soit encore par l’abandon, de la
part des propriétaires qui ne voudraient pas se soumettre à cette
contribution, d’une partie de leurs terres à l’entrepreneur des travaux
de desséchement; ces avantages ne sont-ils pas de nature à indemniser
largement les entrepreneurs des dépenses qu’ils auront à leur charge?
Les dépenses à faire pour les irrigations pourront être couvertes par la
perception de droits d’arrosage sur les terrains appartenant à des
particuliers.
Tous les travaux détaillés ci-dessus peuvent donc être exécutés sans
imposer au Trésor de l’État aucune subvention pécuniaire ni garantie
d’intérêts, mais seulement moyennant, comme il a été dit plus haut, la
concession de certains droits et de certaines facilités.