Qui dévorera les produits Ils mangent (ou mangeront)

de vos animaux, les fruits votre moisson, votre

de vos champs jusqu'à votre pain, vos enfants, vos troupeaux,

entière destruction: qui ne vos bœufs, vos vignes,

vous laissera ni blé, ni vin, vos figues, etc.

ni huile, ni bœufs, ni brebis;

Qui vous resserrera dans Ils ravagent (ou râvageront)

toutes vos villes fortes jusqu'à vos villes fortes, dans

ce qu'il abatte les murs lesquelles vous mettez votre

élevés qui font votre confiance; confiance.

et vous serez assiégés

dans toutes les villes de votre

pays, etc.

*/

Le hasard ne produit pas d'aussi parfaites ressemblances,[57] surtout

lorsque les expressions des deux textes sont littéralement les mêmes.

Il nous semble donc presque démontré que Jérémie a eu connaissance du

travail que préparait le grand-prêtre; qu'il en est devenu, le

confident, peut-être même le collaborateur; du moins est-il certain que

son rôle et sa doctrine sont en accord parfait avec le Pentateuque; et

quant à la composition matérielle de ce livre, nous trouvons, dans les

difficultés de l'entreprise, de nouvelles raisons de l'attribuer à

Helqiah; car quel individu autre que ce grand-prêtre, tout-puissant par

sa place et ses récentes fonctions de régent, eût pu se faire ouvrir les

archives du temple, les registres du royaume et les monuments des

villes? Quel autre que lui eût pu réunir l'instruction varié, la

connaissance des antiquités nécessaire à la compulsation des monuments

et à la rédaction de l'ouvrage? Huit siècles s'étaient écoulés depuis la

mort de Moïse; ce laps de temps avait introduit bien des changements

dans le langage, dans les coutumes, dans le régime civil et même

religieux, dans la forme même de l'écriture et l'usage des mots. Les 12

tribus, pendant 400 ans sous les juges, avaient vécu dans un état

réciproque d'indépendance et d'isolement; c'étaient autant de peuples

séparés comme les tribus arabes... Après Salomon 10 tribus firent

schisme absolu, et de ces 10 tribus, 3 vivant au-delà du Jourdain,

faisaient presque une autre confédération distincte... Le langage et

les coutumes s'étaient ressentis de cette manière d'être: bien des

choses anciennes étaient des énigmes pour le vulgaire; les vieux

manuscrits étaient pénibles à déchiffrer, à comprendre; le concours de

plusieurs hommes lettrés était nécessaire; de tels hommes étaient rares

chez un peuple grossier, ignorant, déchiré de troubles; leur travail

devenait dispendieux, et toute l'entreprise avait des obstacles qu'un

homme puissant et tel que le grand-prêtre pouvait seul exécuter.

Après l'exposé que nous venons de faire des preuves positives fournies

par divers passages du Pentateuque d'une part, et des présomptions et

indices tirés des faits historiques et de leurs accessoires d'autre

part, nous croyons pouvoir conclure impartialement:

1° Que le _Pentateuque_, tel qu'il est en nos mains, ne saurait être

l'ouvrage immédiat, ni la composition autographe de Moïse;

2° Que le livre soi-disant _trouvé_ par le grand-prêtre Helqiah, l'an 18

du roi Josiah, est réellement notre Pentateuque actuel;

3° Que la partie de ce livre lue devant Josiah, se rapporte aux

chapitres 27 et 28 du Deutéronome;

4° Que le grand-prêtre Helqiah, qui dit avoir _trouvé ce livre, et qui

l'a possédé seul et sans témoins_; qui en a été le maître absolu et sans

contrôle, est fortement prévenu, par toutes les circonstances du fait,

d'en être l'auteur, et de l'être en ce sens, qu'il a recueilli et

rassemblé des matériaux dont quelques-uns paraissent venir directement

de Moïse; mais qu'il les a fondus, rédigés et mis dans l'ordre qu'il lui

a convenu, et que nous voyons aujourd'hui.

CHAPITRE IX.

Problèmes résolus par l'époque citée.

Ces propositions étant admises, l'on peut résoudre d'une manière

satisfaisante presque toutes les difficultés chronologiques,

géographiques et historiques contenues dans le Pentateuque. Et d'abord

en considérant que son apparition ou promulgation l'an 18 de Josiah,

correspond à l'an 621 avant notre ère, on voit la raison de tous les

faits disparates dont ce livre offre les citations. Par exemple, on

conçoit que Helquiah écrivant dans Jérusalem, à l'occident et _en deçà_

du Jourdain, a dû dire «que Moïse parla et mourut _au delà_ du Jourdain,

_du coté du soleil levant_;» et il a pu ajouter avec convenance «que

personne n'avait connu le lieu de sa sépulture _jusqu'à ce jour_,»

puisque 8 siècles étaient écoulés; et encore, «qu'aucun _prophète égal à

Moïse ne s'était élevé en Israël_:» un tel prononcé a de la dignité et

de la modestie dans la bouche d'un grand-prêtre successeur de Moïse.

On conçoit aussi comment Helquiah a pu employer, au temps d'Abraham, les

mots _Iahouh_ et _Dan_, qui ne furent usités que long-temps après;

comment il a fait des notes explicatives sur le lit d'Og, roi de Basan,

sur les rois qui régnèrent en Edom, avant qu'il y eût des rois en

Israël, comment il a cité le livre des _Guerres du Seigneur_, celui de

_Moshalim_, ou traditions, etc., et employé le terme de _nabia_ pour

_prophète_, au lieu de _raï_, _voyant_, qui fut usité jusqu'après David;

enfin, comment il a pu dire: «_de la terre de Sennar est sorti

l'Assyrien qui a bâti Ninive_,» événement qui date de l'an 1218, ainsi

que nous le prouverons. Cette remarque avait alors de l'intérêt pour les

Juifs, à qui 150 ans de guerres avaient fait connaître les Assyriens,

tandis qu'auparavant, soit sous Moïse, soit sous David, ils n'avaient

aucun rapport avec ce peuple lointain, et ne le connaissaient que

vaguement.

Le mérite de cette date tardive du Pentateuque ne se borne pas là. Elle

a encore l'avantage d'expliquer plusieurs énigmes de la _Genèse_ et du

livre des _Nombres_, qui sont restées inintelligibles jusqu'à ce jour.

Par explique, elle explique les bénédictions supposées que Jacob

mourant est censé donner à ses enfants..... Nous disons _supposées_,

parce qu'il est inconcevable qu'il y ait eu là un sténographe pour les

recueillir,[58] et qu'en les examinant avec critique, l'on y découvre un

résumé allégorique de l'historique de chaque tribu, présenté, selon

l'usage oriental, sous une forme prophétique.

«Zabulon habitera aux bords de la mer, près des ports, appuyé contre

Sidon: _Issachar_, âne robuste, voyant que sa terre est bonne,

baissera[59] l'épaule sous le fardeau, et paiera le tribut. Le pain

d'_Aser_ est excellent... Je diviserai Siméon et Lévi: je le disperserai

en Israël (les lévites n'eurent point de lot spécial...); le sceptre ne

sera point ôté de _Juda_, ni le trône d'entre ses pieds; jusqu'à ce que

vienne celui à qui _appartient le sceptre et l'obéissance_...» Remarquez

qu'au temps de Josiah le sceptre avait été ôté d'Israël, c'est-à-dire

des tribus, et qu'il restait en Juda, mais avec l'incertitude d'y

persister s'il venait un _puissant_ à qui appartînt l'obéissance.

Un second passage énigmatique qui s'explique également bien, est la

prophétie de Nohé à ses trois (prétendus) enfants: «_Maudit soit

Kanaan_[60]; _il sera l'esclave des serviteurs de ses frères_.» Kanaan,

comme on sait, est le peuple phénicien. Ici, _les serviteurs de ses

frères_ sont les Hébreux, devenus tributaires des Assyriens, issus de

Sem, et même des Mèdes et des Scythes (en 621), issus de Iaphet.

«Béni soit le Dieu de Sem, Kanaan sera son esclave.... Dieu dilatera

Iaphet[61] qui habitera les tentes de _Sem_...., et Kanaan sera son

esclave.»

On n'a jamais compris ce verset; mais dans la géographie hébraïque,

Iaphet désigne les races scythiques qui parlent l'idiome sanscrit. _Sem_

désigne les nations arabiques-chaldéennes, et la prophétie eut son

accomplissement lorsque les _Mèdes_, race de _Iaphet_, eurent envahi

_Ninive_, c'est-à-dire, l'_habitation guerrière_ des Assyriens, race de

Sem. Cet événement avait eu lieu 100 ans avant Helquiah, au temps de

Sardanapale et d'Arbak; mais l'invasion des Scythes, qui, en 625,

s'emparèrent de tous les pays _sémitiques_, nous paraît être

l'application la plus directe et l'objet le plus immédiat de l'oracle:

cet article semble nous révéler positivement le secret du rédacteur

Helqiah.

Enfin Kanaan, c'est-à-dire les peuples phéniciens se trouvaient alors

exactement les esclaves et les tributaires des peuples sémitiques et

iaphétiques, puisqu'ils payaient le tribut aux Assyriens et aux Scythes.

Aucune explication n'avait, jusqu'à ce jour, rempli toutes les

conditions de celle-ci. En cette circonstance nous avons un exemple

remarquable de l'observation critique de M. John Bentley, qui, à

l'occasion de prophéties semblables insérées dans les livres indiens,

soit _Pouranas_, soit _Shastras_, nous avertit que, «_de l'aveu des plus

savants et des plus honnêtes brahmes_[62], les écrivains Indous (et en

général les écrivains asiatiques), à raison de la corruption des mœurs

du siècle, ont dès long-temps imaginé de se servir du respect porté aux

anciens personnages, et de la croyance établie qu'ils avaient le don de

prévoir l'avenir, pour leur attribuer tantôt des leçons de morale,

tantôt des avis et prédictions _de choses futures que l'on voyait

ensuite arriver_.» Or, comme les Indous modernes sont en tout point une

image vivante de l'esprit et du caractère, des usages et du régime

politique de l'ancienne Asie, qu'il ont surtout une grande ressemblance

avec les Égyptiens, les Chaldéens et les Hébreux[63]; l'on conçoit que

le grand-prêtre a pu imiter une pratique commune à tout l'ancien monde,

surtout lorsque personne ne pouvait le convaincre de supposition.

Une troisième énigme plus obscure, plus compliquée que les précédentes,

se résout encore très-bien par la rédaction du Pentateuque à la date de

l'an 621 avant J.-C.; c'est l'oracle rendu par le prophète Balaam, que

le roi des Moabites appela pour maudire l'armée des Hébreux[64]; ce

morceau est d'autant plus bizarre, que l'on veut expliquer les mystères

les plus sacrés par les prédictions d'un devin païen que Moïse fit tuer

(Voy. _Josuè_, chapitre 13, verset 22, et _Numeri_, chapitre 31, verset

8). Laissons à part son dialogue avec son ânesse, qui est raconté

sérieusement, comme une chose crue par la cour du roi Moab et par les

Hébreux. Balaam après bien des difficultés, et après des cérémonies de

divination, curieuses pour le temps, au lieu de maudire les Hébreux,

prononce sur eux des bénédictions.

Or les dernières de ces bénédictions composent les versets suivants:

«[65]Que les tentes d'Israël sont belles! Son _roi_ l'emportera (ou

prédominera) sur Agag; et son royaume s'élèvera (de plus en plus.)

«Une étoile sortira de Jacob, un sceptre s'élèvera d'Israël; il démolira

les pierres angulaires[66] de Moab; il détruira tous les enfants de

Seth. L'Idumée sera possédée par lui.--Le mont Séir sera possédé par ses

ennemis, et Israël montrera sa force.»

Jusqu'ici le style oraculaire est intelligible et présente des faits

liés entre eux. Le premier roi d'Israël vainquit Agag, roi des

Amalékites, et la royauté naissante des Hébreux fut affermie... David

succéda, et se montra comme une _étoile_ fortunée; il écrasa dans une

bataille toute la nation moabite, dont il fit tuer, après l'action, tous

les chefs, qui sont les _pierres angulaires_, les soutiens d'une nation,

et tous les mâles qui pouvaient porter les armes: il fut le premier qui

subjugua Séir (l'Idumée); jamais les Hébreux ne furent plus forts. Le

verset qui suit se comprend encore.

«Amaleq est le commencement (c'est-à-dire le plus ancien, ou le chef des

peuples), sa fin sera la _perte_.» David réduisit aussi ce peuple aux

abois: ici nous entrons dans l'obscurité.

«Pour toi! ô peuple _Qinéen_, ton habitation (montueuse) est très-forte;

tu as placé ton nid sur un rocher (destiné) à te brûler du soleil, ô

Qinéen! jusqu'à ce que l'Assyrien (Assur) t'emmène captif. Malheur à qui

verra ces choses! des vaisseaux viendront de Ketim; ils dévasteront

l'Assyrien, ils dévasteront l'Hébreu, et _lui_ aussi sera détruit[67].»

Le petit peuple Qinéen, ou la tribu de _Qin_, était parent des Juifs,

comme étant issu d'une famille madianite, alliée de Moïse. Ce peuple

vivait troglodyte dans des rochers arides au sud-est de la mer Morte,

dans le district des Amalékites[68]: on ignore le temps où il fut

conquis; mais puisque ce fut par les _Assyriens_, ce dut être par

Sennacherib ou par Téglatphalasar, qui enleva les tribus d'Israël fixées

à l'est du Jourdain et contiguës au pays d'Amaleq et de _Qin_.

Quant aux vaisseaux venant de _Ketim_, la Vulgate traduit venant de

l'_Italie_, par conséquent, elle désigne les Romains: ceci supposerait

une interpolation postérieure au règne d'Antiochus-le-Grand[69]. Il

faudrait alors supposer que la grande Synagogue a eu le crédit et

l'autorité d'introduire ce verset dans la version grecque faite sous

Ptolomée, environ 280 ans avant notre ère et dans le texte samaritain:

cela n'est pas absolument impossible, mais cela est très-difficile à

concevoir.

D'autres versions veulent que _Ketim_ désigne la Macédoine, et ils

s'appuient du livre des Machabées, qui dit qu'Alexandre vint de _Ketim_;

ce serait donc lui qui aurait dévasté ou assiégé l'Assyrien et l'Hébreu;

cela lui conviendrait assez à raison de l'addition, _et lui aussi

périra_. Alors ce passage aurait été interpolé peu après ce prince, et

il serait naturel de le trouver dans le texte grec; mais comment

s'est-il introduit dans le samaritain?

Une troisième explication nous paraît plus convenable de toutes

manières. L'historien Josèphe, qui en général a eu des idées saines sur

l'ancienne géographie des Hébreux, c'est-à-dire, sur le chapitre 10 de

la Genèse, observe que le nom pluriel, _Ketim_, doit s'entendre des

insulaires de Cypre, ainsi nommés du peuple de _Kitium_, antique

capitale de cette île: voilà pourquoi dans la Genèse on trouve les

_Ketim_ à côté des _Rodanim_[70] ou _Rhodiens_. Il paraît que les Juifs,

aussi ignorants en géographie que les Druses, étendirent par la suite ce

nom aux côtes de la Cilicie[71] et en général aux grandes _îles_ ou

_pays_[72] de l'ouest: l'auteur tardif des Machabées en serait une

preuve, sans devenir une autorité contre Josèphe. Or, en prenant les

_Ketim_ de Balaam pour les peuples ou pays de Cypre, le règne de Josiah

nous fournit un fait analogue et convenable. Hérodote[73] rapporte que

le roi égyptien Nekos (qui régna en 616), «ayant tourné toutes ses

pensées du côté des expéditions militaires, fit construire une flotte de

_trirèmes_ sur la Méditerranée, et que cette flotte lui servit dans

l'occasion»; et aussitôt il parle de la bataille de Magdol ou périt

Josiah.

D'autre part nous apprenons par Bérose et par Jérémie, que cet armement

fut destiné à agir contre la Syrie, soumise aux Assyriens de Babylone;

en sorte que tandis que Nekos conduisit par terre une armée qui battit

les Juifs et Josiah, sa flotte conduisit par mer une autre armée qui dut

le seconder sur l'Euphrate. Cette flotte, dut nécessairement prendre un

appui en Cypre, et put agir de concert avec les _Kitiens_; alors ces

_vaisseaux_ seront réellement venus de _Ketim_, ils auront tourmenté

l'Assyrien et l'Hébreu. Ce dernier, dans cette même guerre, reçut le

terrible échec de _Magdolum_, où périt Josiah, échec qui fut suivi de la

prise de Jérusalem: or, comme Nekos finit par être battu et chassé en

l'an 604, l'oracle, _lui-même aussi périra_, se trouve accompli. Il y a

l'objection que cet événement est postérieur de 17 ans à la publication

du Pentateuque; mais Helqiah pouvait vivre[74] encore; et comme il resta

maître de son manuscrit, toujours _unique_, il put y faire lui-même

cette addition: les mots, _malheur à qui vivra alors_, conviennent

singulièrement à la douleur que durent lui laisser la mort de son

pupille Josiah et la prise de Jérusalem.

Cette solution, qui sauve l'interpolation trop tardive du temps des

Romains et même d'Alexandre, a aussi le mérite d'expliquer l'existence

du Pentateuque samaritain, plus naturellement que ne le fait

l'hypothèse qui rend Ezdras auteur du Pentateuque: en effet, si Ezdras

eût composé ou publié ce livre[75], c'eût été en lettres chaldaïques,

_qui sont notre hébreu actuel_, dont l'usage prévalut chez les Juifs à

leur retour de Babylone, et alors on ne conçoit pas comment une secte

schismatique, usant de l'ancien et véritable caractère hébreu, mal à

propos nommé _samaritain_, aurait accepté un tel livre, et l'aurait

transcrit, à l'exclusion de tous les autres qu'elle rejette; au lieu,

qu'à l'époque de Helquiah, tous les Juifs usaient encore de leur

écriture nationale, qu'ils tenaient des Phéniciens, et avec laquelle

furent composés tous leurs livres, depuis Moïse jusqu'à Jérémie. Ce ne

fut qu'au retour de Babylone, que les émigrés, nourris dans les sciences

et dans les lettres chaldéennes, voulurent avoir les livres nationaux

transcrits dans le caractère auquel ils étaient habitués. Comme ils

étaient la haute classe de la nation, leur système acquit l'ascendant;

mais ce ne dut pas être subitement, et il resta un autre parti,

conservateur du système ancien, qui traitant celui-ci d'_innovation_,

continua d'écrire la loi avec les caractères dits _samaritains_; de là

s'est formée cette double branche de manuscrits perpétuée jusqu'à nos

jours: et parce que les Juifs du pays de Samarie, dès long-temps séparés

de ceux de Jérusalem, n'ont en aucun temps voulu se plier à leur

autorité ecclésiastique, ni admettre leur genre d'écriture, le parti

novateur des chaldaïsants finit par confondre avec eux la branche ou

secte réellement orthodoxe des hébraïsants qui ont continué d'écrire

comme les Samaritains. Par la suite, sous le régime des Asmonéens, un

sanhédrin suprême et despotique s'étant formé, son autorité, semblable à

celle des conciles, introduisit des changements qui composent les

différences actuelles du texte hébreu avec le samaritain et même avec la

version grecque.

Que si le verset de Balaam, relatif aux vaisseaux de _Ketim_, désigne la

venue d'Alexandre, il faudra attribuer cette interpolation au grand

sanhédrin; et alors il faudra admettre qu'il a eu le crédit d'engager ou

de contraindre les manuscrits grecs et samaritains à l'admettre, ce qui

n'est pas impossible, mais ce qui néanmoins est peu naturel. Il est

d'ailleurs singulier et remarquable que par un devoir traditionnel, les

copistes ne manquent jamais de laisser à certains endroits des

manuscrits hébreux, des places vides ou blanches..., comme si elles

eussent primitivement été destinées à recevoir des interpolations du

genre de la prophétie que le grand-prêtre Iaddus montra à Alexandre. Au

demeurant, lorsque l'on examine tous les détails de l'anecdote de

Balaam, on est porté à croire qu'elle est un épisode tiré, quant aux

faits, d'un livre tel que celui des _Guerres du Seigneur_, écrit par

Moïse, ou de son temps; et quant aux prédictions, qu'elles ont été

composées par le rédacteur même; car qui a tenu le procès verbal des

jongleries de Balaam[76]?

CHAPITRE X.

Suite du précédent.

La rédaction du Pentateuque par Helqiah, explique encore pourquoi l'on

trouve dans ce livre quelques faits chronologiques des temps anciens,

que l'on ne peut concilier avec les temps postérieurs; par exemple, il

est dit dans l'Exode, (ch. XVI, v. 1er et 13):

«Que les Hébreux étant arrivés dans le désert de Sinaï _le quinzième

jour du second mois_ depuis la sortie d'Egypte, le peuple murmura de la

disette des vivres, et que le soir il vint une si grande quantité de

cailles, qu'il put en manger à satiété.»

Et dans les Nombres (comparez ch. IX, v, 1er, 3, 5, chap. X, v. 11,

et chap. XI, v. 31), il est encore dit:

«Que l'an II, au deuxième mois, peu après _le vingtième jour_, le peuple

étant campé dans le désert, à 3 jours de marche de Sinaï, il arriva

encore une volée de cailles si abondante, que chaque famille put s'en

rassasier et en faire sécher pour sa provision.»

Ce fait d'histoire naturelle n'est point changé; il y a encore, chaque

année, 2 passages de cailles dans ce désert et dans l'Égypte. L'un de

ces passages a lieu vers la mi-septembre, lorsque les cailles craignant

l'hiver, quittent l'Europe pour se rendre en Afrique et en Arabie;

l'autre vers la fin de février, lorsque les cailles reviennent en Europe

chercher l'abondance de la belle saison.

De ces 2 passages, celui qui s'applique à l'exemple cité est le passage

en février, par les raisons suivantes. Peu avant la sortie d'Égypte, il

y avait eu une grêle terrible qui avait détruit l'orge parce qu'_il

était déjà grand_, et le _lin_, parce qu'_il montait en tuyaux_;[77]

elle n'avait point détruit le froment, parce qu'_il est plus tardif_.

Cet état de choses n'a lieu en Egypte que dans le cours de février:

l'épi du blé se forme vers la fin de ce mois. Le texte ajoute peu après:

Et Dieu _dit_: «Voici le premier de vos mois (qui arrive), et (ch. XIII,

v. 4) aujourd'hui vous sortez dans le mois des nouveaux blés.»

L'année commençait donc en hiver. Le passage des cailles n'était donc

pas celui de septembre, qui placerait le premier mois en août: c'était

le passage de février, qui étant arrivé vers le vingt ou vingt-cinquième

jour du second mois, nous indique le commencement de l'année vers la fin

de décembre ou le début de janvier: les circonstances de la grêle n'y

seraient point discordantes, lors même que l'on supposerait exact tout

ce récit; ce qui ne peut s'admettre, vu les prodiges magiques qui y sont

joints. Nous avons donc lieu de croire qu'à l'époque de Moïse, l'année

commençait au solstice d'hiver, selon un usage des Égyptiens, dont ce

législateur emprunta beaucoup d'idées. Cependant tous les livres juifs,

y compris le Pentateuque, indiquent que l'année commençait à l'équinoxe

du printemps..... Ce n'est pas tout....., le livre intitulé _Josué_,

écrit sur des matériaux anciens, et rédigé, à ce qu'il semble, avant le

temps de Salomon, porte un autre passage tout-à-fait contraire à

celui-ci. On y lit:[78] «que Josué, devenu chef, s'approcha du Jourdain

pour le passer; qu'il trouva cette rivière gonflée, _parce que le

Jourdain au temps de la moisson, a coutume de remplir son lit_; et que

le peuple le traversa le dixième jour du premier mois[79].» Notez ces

circonstances; le peuple passe le Jourdain le _dixième_ jour du

_premier_ mois, et le Jourdain est gonflé parce que c'est son usage au

temps de la moisson; ce qui a encore lieu de nos jours, à raison de la

fonte des neiges. L'année commençait donc à cette époque: or, la moisson

dans le pays de Jéricho se fait, selon Josèphe[80], 14 jours avant le

pays de Jérusalem; et dans ce pays, comme dans la Palestine, elle a lieu

vers la fin de mai: tout est fini du 1er au 5 juin. La date du

passage est donc indiquée vers le solstice d'été; et cette date, vu

l'importance du fait, a dû être notée et conservée même par la

tradition.

Nous avons ici deux textes clairs et positifs, indiquant chacun le

commencement de l'année à une époque différente; l'une au solstice

d'hiver, l'autre au solstice d'été. D'où peut venir une telle

contradiction? Selon nous, elle vient de ce qu'à l'époque de Moïse et de

Josué, les Hébreux avaient une manière de compter le temps, qui fut

changée sous le régime obscur et anarchique des juges; et que le

grand-prêtre Helqiah en rédigeant son livre, a fait disparaître la

méthode des temps anciens et des livres originaux, parce qu'elle n'était

plus d'usage et qu'elle eût contrarié ses récits en d'autres occasions,

spécialement à l'occasion du déluge. Notre opinion pourra sembler

singulière à quelques lecteurs; mais ceux qui connaissent certains

passages de Pline, de Plutarque, de Macrobe, et surtout le Traité de

Censorin, _de Die natali_, pourront admettre avec nous, que les Hébreux,

dans l'origine, ont été du nombre de ces peuples qui ne mesuraient point

le temps par la double révolution du soleil dans l'écliptique, et qui

trouvaient plus simple d'employer de moindres révolutions de cet astre

ou de la lune, telles que les mois, les saisons de 3 mois, et la durée

de 6 mois que le soleil met à se rendre d'un tropique à l'autre, ou de

l'un à l'autre équinoxe: de là est venue l'expression singulière

d'_années_ d'_un_ mois, d'_années_ de _trois_ mois, d'_années_ de _six_

mois, dont les anciens citent beaucoup d'exemples.

«L'an le plus ancien usité en Egypte, dit Censorin[81], fut de 2 mois:

Orus le fit de 3; le roi Pison le porta à 4. Les Cariens et les

Arcarnaniens ont eu des années de 6 mois; les Arcadiens des années de 3

mois, etc.

«Chez les anciens, dit Pline[82], l'année a eu des valeurs bien

différentes de celle que nous lui donnons aujourd'hui; les uns faisaient

un _an_ de l'été et un _an_ de l'hiver; d'autres, comme les Arcadiens,

composaient l'année de 3 mois; d'autres, comme les Égyptiens, avaient

des années d'un mois.»

En raisonnant d'après ces exemples, qu'il nous serait facile de

multiplier[83], nous pensons que les Hébreux eurent d'abord des années

de 6 mois, prises d'un solstice à l'autre[84]. Le passage de Josué que

nous avons cité, et ceux de l'Exode relatifs aux cailles, en offrent

l'indication formelle; et nous en trouvons d'autres indices dans

l'analyse de quelques autres faits de l'_Histoire des Juifs_. Par

exemple, au temps de Moïse, le _Pentateuque_ donne pour terme ordinaire

et moyen de la vie humaine, 120 ans de 12 mois: Moïse meurt à cet âge;

Josué vit 110 ans; Amram, 137; Caat, fils de Lévi, 133, etc. Cet état

prodigieux est d'autant moins admissible, qu'environ 4 siècles plus

tard, David dit expressément «_que 70 ans sont le terme habituel de la

vie humaine, et qu'au delà ce n'est qu'infîrmité et misère_[85].»

Supposons qu'il y ait équivoque de mots, et qu'au temps de Moïse l'année

fut de 6 mois, tous les âges cités se réduiront à l'état naturel, tel

que l'indique David, et que nous le voyons encore réglé par

l'organisation de l'homme; Moïse aura vécu 60 de nos années, Josué 55,

Amram 68½, etc. A l'appui de notre idée vient la remarque faite par dom

Calmet, _que les Juifs semblent n'avoir connu que deux saisons, puisque

leurs anciens livres ne nomment jamais que l'hiver et l'été_; lesquels

présentent cette division de l'année solaire en deux parties, comme nous

le disons.

Un fait cité dans le livre de Josué, ch. 14, v, 6, vient à l'appui de

notre opinion. Kaleb, fils de Iephoné, dit à Josué:

«Tu sais que j'avais 40 ans lorsque Moïse m'envoya avec toi reconnaître

le pays des Kananéens: il y a environ de cela 45 ans..... Maintenant je

suis âgé de 85, et je suis aussi fort que j'étais alors; j'ai la même

vigueur pour combattre et pour marcher..... Donne-moi, pour mon partage,

cette montagne d'Hébron que Moïse m'a promise.»

(Ch. 15, v. 13). Josué ayant donné ce lot à Kaleb, celui-ci marcha avec

ses parents pour s'en emparer. «Je donnerai, dit-il, ma fille à celui

qui prendra _Kariath Sepher_; et Othoniel, fils de Kenez, frère cadet de

Kaleb, prit la ville d'assaut, et il eut sa cousine _Oxa_ pour épouse.»

Si dans ce récit on prend les 85 ans de Kaleb pour des années de 12

mois, _sa vigueur_ est hors de _vraisemblance_; bien plus, le mariage de

sa fille avec son neveu est une autre circonstance choquante, en ce que

ce même neveu (Othoniel) après la mort de Josué, après celle des

vieillards, après 8 ans d'oppression de Cusan, chasse ce roi et gouverne

pendant 40 ans; il en eût vécu plus de 100. Prenons-les pour des années

de 6 mois, tout devient naturel. Kaleb partit âgé de 20 ans (moitié de

40), et il est dit _qu'il était le plus jeune avec le jeune Josué,

serviteur de Moïse_..... 22½ après (moitié de 45) Kaleb, âgé de 42½, est

aussi vigoureux qu'à 20 ans, et cela est naturel..... Il donna sa fille

âgée de 16 à 18 ans, au fils de son frère cadet: ce frère put être âgé

de 40 à 41 ans, son fils Othoniel put en avoir 20, tout cela est dans

l'ordre.....; et il put, 20 ou 30 ans après, gouverner encore 20 ans

(moitié de 40), sans être âgé de plus de 60 à 70.

Une seule objection raisonnable se présente. «Si des années de 6 mois

eurent lieu sous Moïse, pourquoi ses lois font-elles une mention

expresse des fêtes placées au 7e mois?» Par exemple au _Lévitique_

(ch. 23, v. 27), il est dit: «Au premier jour du 7e mois vous

célébrerez une grande fête.....; le 10e jour du 7e mois sera la

fête des expiations, et le 15e sera la fête des tentes ou

tabernacles.....: ce jour, en recueillant le produit de la terre, vous

prendrez les fruits du plus bel arbre, etc.»

Nous répondons que cela est une conséquence naturelle de la refonte des

livres originaux, faite par Helqiah, et de la réforme qui s'introduisit

tacitement dans le calendrier au temps des juges.... Helqiah écrivant

selon les usages de son temps, a fait disparaître les expressions

anciennes et autographes qu'avait pu employer Moïse; et quant à la

célébration de la Pâque qui, dans notre hypothèse, ne revient que tous

les deux ans, rien n'empêche que Moïse l'ait désignée par le passage du

soleil dans le signe du bélier, et que connaissant l'année de 12 mois,

employée par les Égyptiens, ses maîtres, il se soit conformé à l'usage

populaire des Hébreux dans la désignation des fêtes.

A l'égard de la réforme que nous disons s'être introduite tacitement an

temps des juges, elle a dû réellement se faire, et elle a pu se faire

sans laisser de traces apparentes, à raison de l'anarchie et du défaut

de monuments; car le _livre des Juges_ n'est pas une chronique. Cette

réforme expliquerait très-bien la surabondance d'années que donne ce

livre dans les sommes partielles; les prèmiers juges et les premières

servitudes ayant compté des années de 6 mois, il s'ensuivrait que 2 ou

300 de leurs années ne vaudraient que moitié; et c'est la

non-distinction des unes et des autres qui, par l'ignorance de

l'écrivain, a introduit un désordre maintenant irrémédiable. Il est

probable que Helqiah lui-même n'a pas trouvé de matériaux suffisants à

cet égard..... D'ailleurs la période des juges n'était pas dans son

plan: l'auteur du _livre des Rois_ ne nous semble pas avoir été plus

heureux.

Le temps écoulé en Égypte est une autre période obscure sur laquelle le

_Pentateuque_ ne fournit point de documents admissibles. Selon l'_Exode_

(ch. 12, v. 40), ce temps fut de 430 ans; mais outre que ce calcul est

entièrement dénué de preuves, il est encore incompatible avec le nombre

de 2 ou 3 générations que veulent compter les Évangiles, et même avec

les quatre que nous donne la _Genèse_ dans la vision où Dieu dit à

Abraham, «que sa race, pendant 400 ans, servira un peuple étranger, et

qu'à la 4e _génération_ (seulement), elle reviendra posséder le pays

de Kanaan[86].» Il est impossible d'admettre 100 ans pour une

génération, et outre que cette prophétie est évidemment faite après

coup, comme nous verrons celle de _Jacob_ et de _Nohé_, il est apparent

que l'auteur n'a pas eu d'autres renseignements que ceux de l'_Exode_,

qui sont nuls.

Josèphe qui eut sous les yeux[87] des chroniques égyptiennes, ne compte

que 230 ans; et ce nombre qui avoisine la moitié de 430, viendrait à

l'appui de notre opinion pour les années de 6 mois; nous aurions encore

en notre faveur l'emploi inverse qu'il en fait lorsqu'il donne à Salomon

80 ans de règne au lieu de 40, et nous dirions que l'ancien usage se

serait conservé dans quelque chronique qu'il aurait consultée[88]; au

reste, en admettant les années de 6 mois, le séjour en Égypte n'en reste

pas moins un temps incertain, inconnu.....; et l'ignorance où nous

laisse le _Pentateuque_ sur l'emploi de ce temps, est une nouvelle

preuve que Moïse n'est pas l'auteur de ce livre: il eût eu, et il nous

eût donné, à cet égard, des renseignements qui ont manqué à Helqiah:

cette observation s'applique encore mieux aux 40 années du désert, dont

38 se passent dans un silence absolu; car entre les chap. 9, 11, 13, 14

du _livre des Nombres_, où il est parlé des événements arrivés l'an 2,

et le chap. 20 du même livre, où les Israélites se trouvent près

d'entrer en Kanaan (l'an 40 de la sortie d'Égypte), il y a une lacune

manifeste, que le _Deutéronome_ répète et rend plus sensible dans la fin

du chap. 1er jusqu'au verset 14 du chap. 2, et cette lacune, qui ne

saurait avoir existé dans le _Journal_ de Moïse, s'explique

naturellement de la part de Helqiah, soit que réellement il ait manqué

de documents sur l'emploi de ce temps, soit qu'il ait volontairement

supprimé des détails qui eussent contrarié d'autres parties de son

travail, et indiqué, par exemple, l'usage des années de 6 mois.

Ainsi nous nous voyons sans cesse ramenés à nos deux propositions

fondamentales, savoir:

«Que Moïse n'est point l'auteur du _Pentateuque_, et que Helqiah est cet

auteur indiqué par une foule de circonstances.»

CHAPITRE XI.

Examen de la Genèse en particulier.

Pour rendre à Moïse ce qui peut lui appartenir dans cette composition,

il faut la diviser en deux parties; l'une, la partie religieuse et

législative, contenant les ordonnances de rites et de cérémonies, les

préceptes, commandements et prohibitions qui constituent la loi de

Moïse, et que l'on trouve répandus dans l'_Exode_, le _Lévitique_, les

_Nombres_ et le _Deutéronome_; l'autre, la partie purement historique et

chronologique qui expose les faits, leur série, la manière dont ils sont

arrivés; et celle-là dont le début est au 1er chapitre de l'_Exode_,

est le travail du grand-prêtre Helqiah, qui en a fait la rédaction

d'après les écrits et monuments anciens dont il a pu disposer. Le _livre

de la Genèse_ se trouve ici dans un cas particulier; car, bien qu'il

soit un livre historique, l'on ne saurait le considérer comme

appartenant aux Juifs, ni comme un livre national, puisque son sujet

comprend un espace de temps où ce peuple n'existait pas; où il n'avait

point d'archives, et ne pouvait rien conserver..... Or, si depuis

Moïse, dans toute la période des juges, les Juifs en corps de nation

n'ont point eu ou n'ont point su conserver d'annales; si avant Moïse, le

temps de leur séjour en Egypte, dans un état de servitude qui exclut

tout autre soin, est resté dans une profonde obscurité faute de

monuments, comment se pourrait-il qu'ils eussent conservé des annales

antérieures, surtout des annales aussi détaillées que celles des

anecdotes de la vie de Joseph, de son père Jacob et d'Abraham leur

souche commune? Et quand ce point serait accordé, alors qu'Abraham, de

leur aveu, naquit Chaldéen, tout ce qui précède cet homme, vrai ou

fictif, n'est-il pas un récit chaldéen, uniquement fondé sur les

traditions et les monuments des Chaldéens? La Genèse, du moins au-dessus

d'Abraham, n'est donc pas une histoire juive, mais un monument que les

Juifs ont emprunté d'un peuple étranger, qu'ils ont reconnu pour leur

aïeul..... Or, comment a pu se faire une telle naturalisation, surtout

lorsqu'un article de ce livre paraît contraire à la loi de Moïse? Voilà

un problème absolument inexplicable dans le système des opinions reçues,

mais il s'explique naturellement dans le nôtre.

Le grand-prêtre Helqiah ayant conçu le projet de ranimer la ferveur des

Juifs, de retremper leur esprit national, en ressuscitant la loi de

Moïse, put croire que son dessein ne serait pas assez rempli, s'il ne

publiait que le code des rites et ordonnances des 4 _livres_. C'était la

mode alors d'avoir des cosmogonies, et d'expliquer l'origine de toutes

choses, celle des nations et celle du monde; chaque peuple avait son

livre sacré, commençant par une cosmogonie: les Grecs avaient la

Cosmogonie d'Hésiode; les Perses, celle de Zoroastre; les Phéniciens,

celle de Sanchoniaton; les Indiens avaient les Vedas et les Pouranas;

les Égyptiens avaient les 5 livres d'Hermès, portés solennellement dans

la procession d'Isis, que décrit Clément d'Alexandrie. Helqiah voulant

donner aux Juifs un livre qui leur servît d'étendard, et, pour ainsi

dire, de cocarde nationale, trouva nécessaire d'y joindre une

cosmogonie. L'inventer de son chef eût compromis tout l'ouvrage; son

peuple, d'origine chaldéenne, avait conservé plusieurs traditions

maternelles; Helqiah, qui comme Jérémie, son agent, penchait

politiquement pour la Chaldée de préférence à l'Égypte, adopta avec quel

quelques modifications la cosmogonie babylonienne; voilà la source vraie

et radicale de la ressemblance extrême que l'historien juif, Josèphe, et

les anciens chrétiens ont remarquée entre les 11 premiers chapitres de

la Genèse et les antiquités chaldaïques de Bérose, sans que ces auteurs

aient élevé le moindre soupçon de plagiat. Le droit d'aînesse des

Chaldéens et l'antiquité de leurs monuments étaient alors trop notoires

pour que personne imaginât qu'un peuple aussi puissant, aussi fier de

ses arts et de ses sciences que les Babyloniens, eût emprunté les

traditions mythologiques d'une petite tribu qu'il regardait comme

schismatique et rebelle, et qu'il avait rendue son esclave. Aujourd'hui

que par la bizarrerie des révolutions humaines, toute la gloire de

Babylone a disparu comme un songe, et que Jérusalem couverte de ruines,

de chaînes et de mépris, voit l'univers soumis à ses opinions, il est

devenu facile de récuser des témoins qui n'ont plus de représentants, de

réfuter des écrits dont il ne reste plus que des morceaux incohérents:

cependant, si l'on recueille et confronte ces morceaux, on y trouve

encore de quoi persuader tout esprit impartial de l'identité des

cosmogonies juive et chaldéenne; et de faire sentir que le système

faussement attribué à Moïse, a été un système commun à beaucoup de

peuples de l'ancien Orient, et dont on retrouve des traces jusqu'au

Thibet et dans l'Inde..... Nous ne prétendons point approfondir ce

sujet, qui serait la matière d'un gros volume; mais par quelques

exemples nous voulons prouver jusqu'à quel point une analyse exacte

pourrait porter l'évidence..... Citons d'abord le témoignage de

l'historien Josèphe, qui, vu son caractère, est du plus grand poids dans

cette question.

CHAPITRE XII.

Du Déluge.

D'abord, dans la défense du peuple juif contre les attaques

d'Appion[89], recueillant les témoignages répandus dans les écrits de

diverses nations, «maintenant, dit-il, j'interpellerai les momuments des

Chaldéens, et mon témoin sera Bérose, né lui-même Chaldéen, homme connu

de tous les Grecs qui cultivent les lettres, à cause des écrits qu'il a

publiés en grec, sur l'astronomie et la philosophie des Chaldéens.

Bérose donc, compulsant et copiant les plus anciennes histoires,

présente les mêmes récits que Moïse, sur le déluge, sur la destruction

des hommes par les eaux, et sur l'arche dans laquelle _Noux_[90] [Noé]

fut sauvé, et qui s'arrêta sur les montagnes d'Arménie; ensuite,

exposant la série généalogique des descendants de _Noux_, il fixe le

temps où vécut chacun d'eux, et il arrive jusqu'à Nabopolasar, etc.»

Ainsi l'histoire de Noé, du déluge et de l'arche, est une histoire

purement chaldéenne, c'est-à-dire que les chapitres 6, 7, 8, 9, 10 et

11, sont tirés des légendes sacrées des prêtres de cette nation, à une

époque infiniment reculée. Il est très-fâcheux que le livre de Bérose ne

nous soit point parvenu; mais la piété des premiers chrétiens le

regardant comme dangereux[91], paraît l'avoir supprimé de bonne heure.

Josèphe en cite un texte positif sur le fait du déluge, dans ses

_Antiquités Judaïques_, livre Ier, chap. 6.

«De ce déluge, dit-il, et de l'arche font mention tous les historiens

asiatiques; Bérose, entre autres, en parle ainsi: On prétend qu'une

partie de cette arche subsiste encore sur les monts Korduens (Kurdestan)

en Arménie; et que les dévots en retirent des morceaux de bitume, et

vont les distribuant au peuple, qui s'en sert comme d'amulettes contre

les maléfices.» Josèphe continue..... «Hiérôme, l'Égyptien, qui à écrit

sur les antiquités phéniciennes, en parle aussi de même que Mnaseas et

plusieurs autres. Nicolas de Damas lui-même, dans son livre 96e, dit:

«Au-dessus de Miniade, en Arménie, est une haute montagne appelée

_Baris_, où l'on raconte que beaucoup de personnes se sauvèrent au temps

du déluge; qu'un homme, monté sur un vaisseau, prit terre au sommet, et

que long-temps les débris de ce vaisseau y ont subsisté. Cet homme

pourrait être celui dont parle Moïse, le législateur des Juifs.»

On voit que Josèphe est loin d'inculper Bérose et les autres historiens,

d'un plagiat envers Moïse, qu'il croit auteur de la Genèse; qu'au

contraire il invoque les monuments chaldéens, phéniciens, arméniens,

comme témoins premiers et originaux, dont la Genèse n'est qu'une

émanation ou un pair.

Quant au détail du déluge, nous les trouvons, 1° dans un fragment

d'Alexandre Polyhistor, savant compilateur du temps de Sylla, dont le

Syncelle nous a transmis plusieurs passages précieux: 2° dans un

fragment d'Abydène, autre compilateur qu'Eusèbe nous représente comme

ayant consulté les monuments des Mèdes et des Assyriens[92]; ce qui

explique pourquoi il diffère quelquefois de Bérose, dont le Syncelle

l'appelle le _copiste_, avec Alexandre Polyhistor[93]. Ce que la Genèse

raconte de _Nouh_ ou _Noé_, ces auteurs le racontent de _Xisuthrus_,

avec des variantes qui prouvent la diversité des monuments antiques,

d'où émanaient ces récits. Un tableau comparé des textes sera plus

éloquent que tous les raisonnements.

Monuments chaldéens, copiés par Alexandre Polyhistor, en son second

livre[94].

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Xisuthrus fut le 10e roi (comme Noé fut le 10e patriarche):

sous lui arriva le déluge..... Kronos (Saturne) lui ayant apparu en

songe, l'avertit que le 15 du mois Dœsius, les hommes périraient

par un déluge: en conséquence il lui ordonna de prendre les écrits

qui traitaient du _commencement_, du _milieu_, et de la _fin de

toutes choses_; de les enfouir en terre dans la ville du soleil,

appelée _Sisparis_; de se construire un navire, d'y embarquer ses

parents, ses amis, et de s'abandonner à la mer. Xisuthrus obéit; il

prépare toutes les provisions, rassemble les animaux quadrupèdes et

volatiles; puis il demande où il doit naviguer; _vers les Dieux_,

dit Saturne, et il souhaite aux hommes _toutes sortes de

bénédictions_. Xisuthrus fabriqua donc un navire long de _cinq

stades et large de deux_; il y fit entrer sa femme, ses enfants,

ses amis et tout ce qu'il avait préparé. Le déluge vint, et bientôt

ayant cessé, Xisuthrus lâcha quelques oiseaux qui, faute de trouver

où se reposer, revinrent au vaisseau: quelques jours après il les

envoya encore à la découverte; cette fois les oiseaux revinrent

ayant de la boue aux pieds; lâchés une troisième fois, ils ne

revinrent plus: Xisuthrus concevant que la terre se dégageait, fit

une ouverture à son vaisseau, et comme il se vit près d'une

montagne, il y descendit avec sa femme, sa fille et le pilote; il

adora la terre, éleva un autel, fit un sacrifice, puis il disparut,

et ne fut plus vu sur la terre avec les trois personnes sorties

avec lui..... Ceux qui étaient restés dans le vaisseau ne les

voyant pas revenir, les appelèrent à grands cris: une voix leur

répondit en leur recommandant la piété, etc., et en ajoutant qu'ils

devaient retourner à Babylone, selon l'ordre du destin, retirer de

terre les _lettres_ enfouies à Sisparis, pour les communiquer aux

hommes; que du reste le lieu où ils se trouvaient était l'Arménie.

Ayant ouï ces paroles, ils s'assemblèrent _de toutes parts_, et se

rendirent à Babylone. Les débris de leur vaisseau, poussés en

Arménie, sont restés jusqu'à ce jour sur les monts _Korkoura_; et

les dévots en prennent de petits morceaux pour leur servir de

talismans contre les maléfices. Les _lettres_ ayant été retirées de

terre à Sisparis, les hommes bâtirent des villes, élevèrent des

temples, et _réparèrent Babylone elle-même_.

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Récit du livre hébreux, la Genèse.

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«Et les dieux (Elahim) dit à _Noh_: Fais-toi un vaisseau, divisé en

cellules et enduit de bitume: sa longueur sera de 300 coudées, sa

largeur de 50, sa hauteur de 30. Il aura une fenêtre d'une coudée

carrée. Je vais amener un déluge d'eau sur la terre; tu entreras

dans l'arche, toi, tes fils, ta femme et les femmes de tes fils; et

tu feras entrer un couple de tout ce qui a vie sur la terre,

oiseaux, quadrupèdes, reptiles: tu feras aussi des provisions de

vivres pour toi et pour eux. _Noh_ fit tout ce que Dieu (Elahim)

lui avait ordonné: et Dieu (Iahouh) dit encore: Prends sept couples

des animaux purs, et deux seulement des impurs; sept couples aussi

des volatiles..... Dans sept jours je ferai pleuvoir sur terre

pendant 40 jours et 40 nuits: et _Noh_ fit ce qu'avait prescrit

(Iahouh); il entra dans l'arche âgé de 600 ans; et après sept

jours, dans le second mois, le 17 du mois, toutes les sources de

l'Océan débordèrent, et les cataractes des cieux furent ouvertes;

et _Noh_ entra dans le vaisseau avec sa famille et tous les

animaux; et la pluie dura 40 jours et 40 nuits; et les eaux

élevèrent le vaisseau au-dessus de la terre; et le vaisseau flotta

sur les eaux; et elles couvrirent toutes les montagnes qui sont

sous les cieux, à 15 coudées de hauteur; et tout être vivant fut

détruit; et les eaux crurent pendant 150 jours; et Dieu (Elahim) se

ressouvint de _Noh_; il fit souffler un vent; les eaux se

reposèrent; les fontaines de l'Océan et les cataractes du ciel se

fermèrent, et la pluie cessa; et les eaux s'arrêtèrent au bout de

150 jours, et le 7e mois, au 17e jour, l'arche se reposa sur

le mont _Ararat_ en Arménie, et les eaux allèrent et vinrent

diminuant jusqu'au 10e mois; et le 10e mois au 1er jour,

on vit les cimes des montagnes; 40 jours après (le 10e du 11e

mois), _Noh_ ouvrit la fenêtre du vaisseau, et lâcha le corbeau,

qui alla volant jusqu'à ce que les eaux se retirassent; et _Noh_

lâcha la colombe qui, ne trouvant point où reposer le pied (les

cimes étaient pourtant découvertes), revint au vaisseau, et après 7

jours (le 17 du 11e), _Noh_ la renvoya encore, et elle revint

le soir portant au bec une feuille d'olivier; et 7 jours après (le

24 du 11e mois), il la lâcha encore, elle ne revint plus. L'an

601 de _Noh_, le 1er du mois, 7 jours après le dernier départ de

la colombe, la terre fut sèche, et _Noh_ leva le couvercle du

vaisseau, et il vit la terre sèche, et le 27e du second mois, la

terre fut sèche; et Dieu (Elahim) lui dit de sortir avec toute sa

famille et tous les animaux; et _Noh_ dressa un autel et y sacrifia

des oiseaux et des animaux purs; et (Iahouh) Dieu en respira

l'odeur avec plaisir, et dit: Je n'amenerai plus de déluge; et il

donna des _bénédictions_ et des _préceptes_ à _Noh_: ne pas manger

le sang des animaux (précepte de Moïse: l'âme est dans le sang); de

ne pas verser le sang des hommes, etc.; et il fit alliance avec les

hommes; et pour signe de cette alliance, je placerai, dit-il, _un

arc dans les nues_ (l'arc-en-ciel), et en le voyant, je me

souviendrai de mon alliance avec tout être vivant sur la terre, et

je ne les détruirai plus....; et _Noh_ en sortant du vaisseau avait

trois enfants, et il se livra à la culture de la terre et il planta

la vigne, etc.

#/

Nous ne transcrivons point le récit d'Abydène qu'Eusèbe a conservé dans

sa Préparation évangélique (liv. IX, chap. 12), parce qu'il est

infiniment abrégé, et qu'il ne diffère que dans deux circonstances. Dans

son récit tiré des monuments mèdes et assyriens, Xisuthrus lâche les

oiseaux 3 jours après que la tempête se fut calmée; ils reviennent 2

fois, ayant de la boue _aux ailes_ et non aux pieds; à la troisième fois

ils ne reviennent plus.

Ces textes seraient la matière d'un volume de commentaires: bornons-nous

aux remarques les plus nécessaires pour tout homme sensé: les deux

récits sont un tissu d'impossibilités physiques et morales; mais ici le

simple bon sens ne suffit pas; il faut être initié à la doctrine

astrologique des anciens, pour deviner ce genre de logogriphe, et pour

savoir qu'en général tous les _déluges_ mentionnés par les Juifs, les

Chaldéens, les Grecs, les Indiens, comme ayant détruit le monde sous

Ogygès, Inachus, Deucalion, Xisuthrus, Saravriata, sont un seul et même

événement physico-astronomique qui se répète encore tous les ans, et

dont le principal merveilleux consiste dans le langage métaphorique qui

servit à l'exprimer. Dans ce langage, le grand _cercle_ des cieux

s'appelait _mundus_, dont l'analogue _mondala_ signifie encore _cercle_

en _sanscrit_: l'_orbis_ des Latins en est le synonyme. La révolution de

ce cercle par le soleil, composant l'_année_ de 12 mois, fut appelée

_orbis_, le _monde_, le _cercle céleste_. Par conséquent, à chaque 12

mois, le _monde_ finissait, et le _monde_ recommençait; le _monde_ était

détruit, et le _monde_ se renouvelait. L'époque de cet événement

remarquable variait selon les peuples et selon leur usage de commencer

l'année à l'un des solstices ou des équinoxes: en Egypte, c'était au

solstice d'été. A cette époque, le Nil donnait les premiers symptômes de

son débordement, et dans 40 jours, les eaux couvraient _toute la terre_

d'Egypte à 15 coudées de hauteur. C'était et c'est encore un _océan_, un

_déluge_. C'était un déluge destructeur dans les premiers temps, avant

que la population civilisée et nombreuse eût desséché les marais, creusé

des canaux, élevé des digues, et avant que l'expérience eût appris

l'époque du débordement. Il fut important de la connaître, de la

prévoir: l'on remarqua les étoiles qui alors paraissaient le soir et le

matin à l'horizon. Un groupe de celles qui coïncidaient fut appelé le

_navire_ ou la _barque_, pour indiquer qu'il fallait se tenir prêt à

s'embarquer; un autre groupe fut appelée le _chien_, qui avertit; un

troisième avait le nom de _corbeau_; un quatrième, de _colombe_[95]; un

cinquième s'appelait le _laboureur_, le _vigneron_[96]; non loin de lui

était la _femme_ (la vierge céleste): tous ces personnages qui figurent

dans le déluge de _Noh_ et de _Xisuthrus_ sont encore dans la sphère

céleste; c'était un vrai tableau de _calendrier_ dont nos deux textes

cités ne sont que la description plus ou moins fidèle. Au moment du

solstice et au début de l'inondation, la planète de _Kronos_ ou

_Saturne_, qui avait son domicile dans le cancer, ou plutôt le _génie

ailé_, gouverneur de cette planète, était censé avertir l'_homme_ ou le

_laboureur_ de s'embarquer. Il avertissait _pendant la nuit_, parce que

c'était le soir ou la nuit que l'astre était consulté. Le calendrier des

Égyptiens et leur science astrologique ayant pénétré dans la Grèce

encore sauvage, ces tableaux non appropriés au pays y furent mal

compris, et ils y devinrent les fables mythologiques de Deucalion,

d'Ogygès et d'Inachus, dont le nom est _Noh_ même, écrit en grec _Noch_

et _Nach_. La Chaldée avait aussi son déluge, par les débordements du

Tigre et de l'Euphrate, au moment où le soleil fond les neiges des monts

Arméniens. Mais ce déluge avait un caractère malfaisant, par la rapidité

et l'incertitude de son arrivée. Ce pays, d'une fertilité extrême, par

conséquent peuplé de toute antiquité, dut avoir son calendrier propre

ainsi que ses légendes: cependant les historiens nous assurent que les

rites de l'Égypte y furent introduits avec une colonie de prêtres,

peut-être par le moyen de Sésostris qui, vers l'an 1350, traversa ces

régions en conquérant; peut-être par la voie des Ninivites ou plus

anciennement: ce dut être déja une cause de variantes dans les légendes

chaldéennes. Les déluges du Nil et de l'Euphrate n'arrivaient pas aux

mêmes époques; une autre cause fut la précession des équinoxes qui, tous

les 71 ans, change d'un degré la position du soleil dans les signes.

Enfin les physiciens ayant étendu leurs connaissances géographiques, et

ayant constaté que l'hémisphère du nord était comme noyé de pluies dans

l'intervalle hybernal des deux équinoxes, il en résulta que l'idée et le

nom de _déluge_ furent appliqués au semestre d'hiver, tandis que le nom

d'_incendie_ fut donné au semestre d'été, ainsi que nous l'apprend

Aristote. De là l'expression amphibologique que le _monde éprouvait des

révolutions alternatives d'incendie et de déluge_; de là aussi une

nouvelle source de variantes adoptées par l'écrivain juif, lorsqu'il

fait durer la pluie 150 jours (près de 6 mois), après avoir dit qu'elle

n'en dura que 40; il n'est donc pas étonnant qu'il y ait des

discordances entre les divers compilateurs des monuments, puisqu'il a dû

s'en introduire très-anciennement entre les monuments eux-mêmes et entre

le calendriers tant indigènes qu'étrangers.

La différence la plus remarquable entre le récit chaldéen et le récit

hébreu, est que le premier conserve le caractère

astrologico-mythologique, tandis que le second est tourné dans un sens

et vers un but moral. En effet selon l'hébreu, dont nous n'avons donné

qu'un extrait, puisque le texte contient plus de 100 versets, le genre

humain s'étant perverti, et des _géans_, nés des anges de _Dieu_ et des

_filles_ des hommes, exerçant toutes sortes de violences, Dieu se repent

d'avoir créé l'espèce; il se parle, il délibère, il se fixe au parti

violent d'exterminer tout ce qui a vie. Cependant il aperçoit un homme

juste, il en a pitié; il veut le sauver: il lui fait part de son

dessein, il lui annonce le déluge, lui prescrit de bâtir un navire, etc.

Quand le déluge a tout détruit, l'homme fait _un sacrifice d' animaux

purs_ (selon la loi de Moïse); Dieu en est si touché, qu'il promet de ne

plus faire de déluge; il donne des bénédictions, des préceptes, un

abrégé de loi; il fait alliance avec tous les êtres vivants; et pour

signe de cette alliance, _il invente l'arc-en-ciel_ qui se montrera en

temps de pluie, etc.; tout cela chargé de redites avec quelques

contradictions. Par exemple, la _pluie dura 40 jours_...; les eaux

crûrent 150 jours, un vent souffla, et la pluie cessa. Le premier jour

du dixième mois, «l'on vit les cimes des monts; 40 jours après, la

colombe ne trouve pas _où poser le pied_, etc.»

Tout ce récit n'est-il pas un drame moral, une leçon de conduite que

donne au peuple un législateur religieux, un prêtre? Sous ce rapport, on

pourrait l'attribuer à Moïse; mais le nom pluriel _Elahim_, les _dieux_,

très-mal traduit au singulier, _Dieu_, ne saurait se concilier avec

l'unité dont Moïse fait la base de sa théologie. Le Dieu de Moïse est

_Iahouh_: on ne voit jamais que ce nom dans ses lois et dans les écrits

de ses purs sectateurs, tels que Jérémie. Pourquoi l'expression

_Elahim_, les _dieux_, se trouve-t-elle si souvent et presque uniquement

dans la Genèse? Par la raison que le monument est chaldéen, et parce

que dans le système chaldéen comme dans la plupart des théologies

asiatiques, ce n'est pas un _Dieu seul_ qui créait, c'étaient les dieux,

ses ministres, ses anges, et spécialement les décans et les génies des

12 mois qui créèrent chacun une partie du _monde_ (le cercle de

l'année). Le grand-prêtre Helqiah empruntant cette cosmogonie, n'a osé y

changer une expression fondamentale qui peut-être avait cours chez les

Hébreux, depuis leurs relations avec les Syriens; il est même possible

qu'il n'ait rien ajouté de son chef à ce texte, quoique les animaux purs

(selon la loi) et le nombre 7, indiquent une main juive, avec d'autant

plus de raison, que le nom de _Iahouh_ y est joint.

Long-temps avant Helquiah, la Grèce avait l'apologue «de _Ioupiter

irrité_ contre les _géans_ et contre la génération coupable, lui

annonçant la fin du monde, submergeant la terre de torrents qui se

précipitent des cataractes du ciel, etc.» (Voyez _Nonnus, Dionysiaq._

lib. VI, vers. 230.)

Tout le système du Tartare et de l'Elysée tenait à cette théologie

d'origine égyptienne et d'antiquité assez reculée, puisqu'elle était la

base des _mystères_ et des _initiations_: ce fut dans ces mystères que

la science astrologique prit un caractère moral qui altéra de jour en

jour le sens physique de ses tableaux hiéroglyphiques, etc.

Selon l'hébreu, après le déluge, _Noh_ cultive la _terre_, plante la

vigne; en cela, il'est _Osiris_ et _Bacchus_ qui tous deux sont le

soleil dans la constellation _Arcturus_ ou le _Bouvier_ qui, après la

retraite du Nil, annonçait au plat pays le temps de semer; et sur les

coteaux du Faïoum, le temps de vendanger.

Ici les fragments de Bérose et de ses copistes ont une lacune qui

correspond au chapitre X de la Genèse, où l'auteur juif décrit le

partage de la terre entre les trois _prétendus_ enfants de Noh, et donne

la nomenclature de leurs _prétendus_ enfants, selon leurs _langues_ et

_nations_: nous disons _prétendus_, parce que toute cette apparente

généalogie est une véritable description géographique des pays et des

peuples connus des Juifs à cette époque; description dans laquelle

chaque nation est désignée, tantôt par un nom collectif, selon le génie

de la langue, tantôt par un nom pluriel; et cela, dans un ordre

méthodique de localités contiguës et d'affinités de langage. Imaginer

que les noms pluriels de _Medi_, les Mèdes, _Saphirouim_, les Saspires,

_Rodanim_, les Rhodiens, _Amrim_, les Amorrhéens, _Aradim_, les

Aradiens, _Masrim_, les Égyptiens, _Phélastim_, les Philistins, etc.,

etc., soient des noms d'individus, et imaginer que ces individus fussent

la troisième ou quatrième génération de trois familles qui seules sur le

globe s'en seraient fait le partage, est un excès de crédulité et

d'aveuglement qui passe toutes bornes; mais ce sujet nous écarterait

trop: nous le traiterons dans un article particulier.

CHAPITRE XIII.

De la tour de Babel ou pyramide de Bel à Babylone.

Viennent ensuite dans le chapitre XI, la séparation des familles,

l'entreprise de la tour de Babylone et la confusion des langues. Nous

trouvons l'équivalent de ce récit dans un fragment de Polyhistor. (Voy.

le _Syncelle_, p. 44, et _Eusèbe, Præpar. evang._, lib. IX, c. XIV): la

Sibylle porte ce texte:

«Lorsque les hommes parlaient (encore) une seule langue, ils bâtirent

une tour très-élevée, comme pour monter au ciel, mais les dieux (Elahim)

envoyèrent des tempêtes qui la renversèrent, et ils donnèrent à chaque

(homme) un langage: de là est venu le nom de Babylone à cette cité.

Après le déluge, existèrent Titan et Prométhée, etc.»

Ici, dit le Syncelle, Polyhistor oublie que selon ses auteurs, existait

depuis des milliers d'années cette ville de Babylone, dont le nom n'est

donné qu'à cette époque. Le même Syncelle poursuit son récit par ce

fragment d'Abydène, qui porte, p. 44. «Il y en a qui disent que les

premiers hommes nés de la terre, se fiant en leur force et en leur

taille énorme, méprisèrent les dieux, dont ils voulurent devenir les

supérieurs; que dans ce dessein, ils bâtirent une _tour_ très-haute,

mais que les vents, venant au secours des dieux, renversèrent l'édifice

sur ses auteurs; et les décombres prirent le nom de _Babylone_:

jusqu'alors le langage des hommes avait été un et semblable, mais de ce

moment il devint multiple et divers; ensuite survinrent des dissensions

et des guerres entre Titan et Saturne, etc.»

En nous offrant plusieurs versions, ces fragments nous montrent qu'il

existait diverses sources dont le récit juif n'était qu'une émanation,

sans être le type primitif, comme on le voudrait établir.

Quelle fut cette sibylle citée par Polyhistor? On ne nous le dit point;

mais nous pensons la retrouver dans Moïse de Chorène, dont les _premiers

chapitres_ se lient à notre sujet, de manière à prouver l'authenticité

et l'identité des sources communes. Cet écrivain, qui date du cinquième

siècle avant J.-C., établit d'abord comme faits notoires:

«Que les anciens Asiatiques, et spécialement les Chaldéens et les

Perses, eurent une foule de livres historiques; que ces livres

furent partie extraits, partie traduits en langue grecque, surtout

depuis que les Ptolomées eurent établi la bibliothèque

d'Alexandrie, et encouragé les littérateurs par leurs libéralités;

de manière que la langue grecque devint le dépôt et la mère de

toutes les sciences. Ne vous étonnez donc pas, continue-t-il, si

pour mon histoire d'Arménie, je ne vous cite que des auteurs grecs,

puisqu'une grande partie des livres originaux a péri (par l'effet

même des traductions). Quant à nos antiquités, les compilateurs ne

sont pas d'accord sur tous les points entre eux, et ils diffèrent

de la Genèse sur quelques autres: cependant Bérose et Abydène,

d'accord avec Moïse, comptent _dix_ générations avant le déluge;

mais selon eux, ce sont des _princes_, et des noms barbares avec

une immense série d'années, qui diffèrent non-seulement des nôtres

(qui ont 4 saisons), et des _années divines_, mais encore de celles

des Égyptiens, etc. Abydène et Bérose comptent aussi 3 _chefs

illustres_ avant la tour de Babel; ils exposent fidèlement

(c'est-à-dire comme la Genèse) la navigation de Xisuthrus en

Arménie; mais ils _mentent_, quant aux noms, (c'est-à-dire qu'ils

_diffèrent_ de la Genèse)... Je préfère donc de commencer mon récit

d'après ma véridique et chérie _sibylle bérosienne_, qui dit: Avant

la tour et avant que le langage des hommes fût devenu divers, après

la navigation de Xisuthrus, en Arménie, _Zérouan_, _Titan_ et

_Yapétosthe_ gouvernaient la terre: s'étant partagé le monde,

_Zérouan_, enflammé d'orgueil, voulut dominer les deux autres:

_Titan_ et _Yapétosthe_ lui résistèrent, et lui firent la guerre,

parce qu'il voulait établir ses fils rois de tout. _Titan_ dans ce

conflit s'empara d'une certaine portion de l'héritage de _Zérouan_:

leur sœur _Astlik_, en se _mettant entre eux_, apaisa le tumulte

par ses _douceurs_. Il fut convenu que _Zérouan_ resterait chef;

mais ils firent serment de tuer tout enfant mâle de _Zérouan_, et

ils préposèrent de forts Titans à l'accouchement de ses femmes...

Ils en tuèrent deux; mais _Astlik_ conseilla aux femmes d'engager

quelques Titans à conserver les autres, et de les porter à

l'_orient_, au mont Ditzencets ou _Jet des Dieux_, qui est

l'Olympe.»

Le lecteur voit qu'ici nous avons une sibylle comme dans Polyhistor; et

elle est appelée _Bérosienne_. Les anciens nous apprennent que Bérose

eut une fille dont il soigna beaucoup l'éducation, et qui devint si

habile, qu'elle fut comptée au rang des sibylles. N'avons-nous pas lieu

de voir ici cette femme savante, surtout quand il s'agit d'antiquités de

son pays? Le fragment cité à une analogie marquée avec le _Sem_, _Cham_

et _Iaphet_ de la Genèse, et c'est par cette raison que le dévot

_auteur_ arménien le préfère aux récits de Bérose et d'Abydène; mais ce

fragment nous reporte, comme les autres, à des traditions mythologiques

qu'il nous importe de multiplier pour en éclaircir le sens. Notre

Arménien en rapporte une très-ancienne de son pays, qui dit:

Un livre qui n'existe plus, a dit de Xisuthrus et de ses trois fils:

«Après que _Xsisutra_ eut navigué en Arménie, et pris terre, un de ses

fils, nommé _Sim_, marcha entre le couchant et le _septemtrio_; et

arrivé à une petite plaine sous un _mont très-élevé_, par le milieu de

laquelle les fleuves coulaient vers l'Assyrie, il se fixa _deux mois_ au

bord du fleuve, et appela de son nom _Sim_, la montagne; de là il revint

par le même (chemin), entre orient et midi, au point d'où il était

parti; un de ses enfants cadets, nommé _Tarban_, se séparant de lui avec

30 fils, 15 filles et leurs maris, se fixa sur la rive du même

fleuve...; d'où vint à ce lieu le nom de _Taron_, et à celui qu'il avait

quitté, le nom _Tseron_, à cause de la _séparation_ qui s'y était faite

de ses enfants.

«Or, les peuples de l'Orient appellent _Sim_, _Zerouan_, et ils montrent

un pays appelé _Zaruandia_.[97] Voilà ce que nos anciens Arméniens

chantaient dans leurs fêtes, au son des instruments, ainsi que le

rapportent Gorgias, Bananus, David, etc.»

Nous touchons ici aux sources où a puisé l'auteur juif. Notre Arménien

cite un autre écrit plus intéressant par son origine et ses

développements; c'est le volume que le Syrien Mar I Bas trouva dans la

bibliothèque d'Arshak, 80 ans après Alexandre, et qui portait pour

titre:

«Ce volume a été traduit du chaldéen en grec. Il contient l'histoire

vraie des anciens personnages illustres, qu'il dit commencer à

_Zerouan_, Titan et Yapetosth; et il expose par ordre la série des

hommes illustres nés de ces 3 chefs.»

Le texte commence: «Ils étaient terribles et brillants, ces premiers des

dieux, auteurs des plus grands biens, et principes du monde et de la

multiplication des hommes... D'eux vint la race des géans, au corps

robuste, aux membres (ou bras) puissants (ou vigoureux), à l'immense

stature, qui, pleins d'insolence, conçurent le dessein impie de bâtir

_une tour_. Tandis qu'ils y travaillaient, un vent horrible et _divin_,

excité par la colère des dieux (Elahim), détruisit cette masse immense,

et jeta parmi les hommes des paroles inconnues qui excitèrent (ou

causèrent) le tumulte et la confusion: parmi ces hommes, était le

Iapétique Haïk, célèbre et vaillant gouverneur (_præfectus_),

très-habile à lancer les flèches et à manier l'arc.[98] Ce Haïk, beau,

grand, à chevelure brillante, aux bras puissants, à l'œil perçant, plein

d'hilarité, se trouvant l'un des _géants_ les plus influents, s'opposa à

ceux qui voulurent commander _aux autres géants_, et à la race des

dieux, et il excita du tumulte contre l'impétueux effort de _Belus_. Le

genre humain, dispersé sur la terre, vivait au milieu des _géants_, qui,

mus de fureur, tirèrent leurs sabres les uns contre les autres, et

luttèrent pour le commandement. _Belus_ ayant eu des succès, et s'étant

rendu maître de presque toute la terre, Haïk ne voulut pas lui obéir, et

après avoir vu naître son fils _Armenak_ dans _Babylone_, il alla vers

le pays d'Ararat, placé au nord, avec son fils, ses filles et des

braves, au nombre de 300, sans compter des étrangers qui s'y joignirent:

il se fixa ou s'assit au pied d'un certain mont très-étendu dans la

plaine, où habitaient quelques-uns des _hommes dispersés_. Haïk le

soumit et y établit son domicile, etc.»

Voilà donc un livre original chaldéen qui, à raison de sa célébrité,

excita la curiosité d'Alexandre, et qui, par ce léger fragment, nous

prouve 1° l'antiquité réelle des traditions recueillies par Bérose, par

Abydène, par la Sibylle; 2° l'analogie de ces traditions avec celles du

livre juif appelé la _Genèse_. Cette analogie est sensible dans ce qui

concerne le déluge, l'homme sauvé dans un navire; les trois princes ou

chefs du genre humain issu de cet homme; la séparation de leurs enfants;

l'entreprise de la tour de Babel, la confusion qui en résulte, etc.;

enfin dans ces _géants_, nés des enfants des dieux (Elahim) et des

filles des hommes, _géants grands de corps_ et _fameux de nom dans les

temps anciens_ (_Genèse_, ch. VI, v. 2 à 5); ce sont les propres

expressions de la Genèse. Leur entreprise de monter aux cieux est la

même que celle des géants chantés par les mythologues grecs, et cette

ressemblance vient confirmer l'origine chaldéenne de toutes ces

allégories, dont l'explication nous écarterait trop de notre sujet[99].

Nous nous bornerons à remarquer, que ces mêmes allégories se trouvent

dans les récits cosmogoniques des sectateurs de _Budha_, réfugiés au

Thibet, et qui, sous le nom de _Samanéens_, étaient une secte indienne,

célèbre et déja ancienne au temps d'Alexandre. Leur cosmogonie qui, sous

d'autres rapports, ressemble singulièrement à celle de la Genèse, parle

comme ce livre, de la corruption des hommes, de la colère de Dieu, des

déluges dont il punit le genre humain; et ils tournent dans un sens

moral tout ce que les mythologues grecs présentent sous un aspect

astrologique. Or, si l'on considère que les récits des Grecs se

rapportent à une époque où la constellation du taureau ouvrait l'année

et la marche des signes, c'est-à-dire au delà de 4000 ans avant notre

ère, tandis que les récits des Juifs et des Perses indiquent l'_agneau_

ou _bélier_ comme _réparateur_, l'on pensera que les Grecs ont mieux

gardé le type originel, parce qu'ils sont plus anciens que les autres,

et que les autres l'ont altéré, parce qu'ils sont venus plus tard; en

sorte que le système moral et mystique, dans lequel il faut comprendre

l'Elysée, le Tartare, et toute la doctrine des mystères, n'aurait pas

une origine plus reculée que 2500 à 2300 ans avant notre ère, et ce

serait de l'Égypte et de la Chaldée que se seraient répandues dans

l'Orient et dans l'Occident toutes ces idées, comme s'accordent à le

témoigner tous les anciens auteurs grecs et même les arabes, qui ont eu

en main d'anciens livres échappés aux ravages des guerres et du temps.

Il est remarquable qu'un de ces livres, cité par le Syncelle sous le nom

de livre d'_Enoch_, présente l'histoire des géants, nés des anges et des

filles des hommes, presque dans les mêmes termes que les livres de

Boudhistes du Thibet, et le livre de la Genèse; sans doute le livre

d'Enoch est apocryphe quant au nom que lui a donné l'auteur anonyme,

pour imprimer le respect, mais non quant à sa doctrine qui est

chaldéenne et de haute antiquité. Revenons à nos confrontations.

Après le déluge de _Noh_ ou de _Xisuthrus_, le partage de la terre entre

3 _personnages_ puissants et brillants, dont Titan est un, ressemble

beaucoup à ce que les Grecs nous disent des 3 frères, Jupiter, Pluton et

Neptune[100]. La construction de la tour de Babylone semblerait prendre

un caractère plus historique; et lorsqu'on se rappelle que pour bâtir

cette ville et la pyramide de Bel aux sept étages (comme les sept

sphères), Sémiramis employa deux millions d'hommes tirés de tous les

peuples de son empire, par conséquent parlant une multitude de dialectes

divers, on serait tenté de croire que cette confusion de langage a donné

lieu à une tradition ensuite altérée. Mais Sémiramis était trop récente

pour être oubliée et méconnue; l'événement porte un caractère

mythologique beaucoup plus ancien: et comme en langage astrologique, le

_zodiaque_ s'appelait la _grande Tour Burg_, en grec, _pyrg-os_, la

partie de cette tour, composée de _six signes_ ou _six étages_, qui,

depuis le solstice d'hiver jusqu'à celui d'été, s'élevait vers le nord

où était le mont Olympe (Ararat et Merou), était censée élevée ou bâtie

par les géants, c'est-à-dire par les constellations ascendantes de

l'horizon au zénith. Il faudrait connaître tous les détails de ces

mystères chaldéens, pour expliquer tous ceux du récit..... Il est du

moins évident que le repeuplement de la terre en 5 ou 6 générations, est

une rêverie au physique comme au moral. Par suite de cette

impossibilité, l'on ne peut admettre, à la onzième génération,

l'apparition d'_Abraham_ comme homme et comme personnage historique; et

les soupçons s'accroissent lorsqu'on lit ce qu'en rapportent Bérose,

Alexandre Polyhistor et Nicolas de Damas.

CHAPITRE XIV.

Du personnage appelé Abraham.

«Bérose, dit Josèphe[101], en supprimant le nom d'Abraham, notre

ancêtre, l'a cependant indiqué par ces mots:

«A la dixième génération après le déluge, exista chez les Chaldéens, un

homme juste et grand, qui fut très-versé dans la connaissance des choses

célestes.»

Effectivement, dans la généalogie juive, Abraham se trouve à la dixième

génération depuis le déluge, et cela prouve l'identité continue et

l'origine commune des deux récits.

Josèphe ajoute: «Hécatée a écrit sur Abraham un volume entier. Nicolas

de Damas, au quatrième livre de son recueil d'histoire, dit: Abraham

régna à Damas; c'était un étranger venu du pays des Chaldéens; au-dessus

de Babylone, à la tête d'une armée[102]. Peu de temps après, il quitta

le pays avec tout son monde, et il émigra dans la contrée appelée alors

_Kanaan_, aujourd'hui _Judée_».

D'autre part, Alexandre Polyhisrot, citant Eupolème, dit[103]:

«Qu'Abraham naquit à _Camarine_, ville de la Babylonie, appelée _Ouria_,

ou _ville des Devins_; cet homme surpassait tous les autres en naissance

et en habileté. Il inventa l'astrologie et la _chaldaïque_[104]; par sa

piété il fut agréable à Dieu... Les Arméniens ayant attaqué les

Phéniciens, Abraham les chassa (comme le dit la Genèse). Il eut en

Égypte de longs entretiens avec les prêtres sur l'astrologie.»

Artapan, écrivain persan, cité par Eusèbe (l. 9, chap. 18), parlait

également de ce séjour d'Abraham en Egypte, où «il enseigna pendant 20

ans l'astrologie; il ajoutait qu'Abraham se rendit ensuite à Babylone

chez les géants, qui furent exterminés par les dieux, à cause de leur

impiété.»

Enfin Josèphe parle, comme tous ces auteurs, «de la grande connaissance

qu'Abraham avait des changements qui arrivent dans le ciel, et de ceux

que subissent le soleil et la lune (les éclipses), etc.;»[105] ce qui

signifie, en mots décents, qu'Abraham était versé en astrologie.

En examinant ces récits, l'on s'aperçoit que, semblables à ceux sur le

déluge, ils viennent d'une source antique où la Genèse a puisé; mais

parce qu'ils ont mieux conservé le caractère mythologique qu'ils avaient

originairement, ils suscitent plus de doutes et de soupçons sur

l'existence d'Abraham, comme individu humain. En effet, dès lors que le

déluge chaldéen n'est qu'une fiction astrologique, que peuvent être les

personnages et les générations mis à la suite d'un événement qui n'a pas

existé? Si un déluge détruisait aujourd'hui la race humaine, à

l'exception d'une famille de 8 personnes, cette famille, isolée et

faible, accablée de tous ses besoins, ne vaquerait qu'aux soins

pressants de sa conservation; et avant 3 générations, sa race serait

retombée dans un état sauvage, qui ne permettrait ni écriture, ni

conservation de souvenirs anciens. Chez les peuples policés eux-mêmes,

personne, sans l'écriture, n'a idée de la 6e génération antérieure;

comment donc la prétendue généalogie d'Abraham eût-elle pu se conserver,

surtout chez les Juifs, qui n'ont pu conserver aucun monument régulier

et suivi, ni de la période des juges, ni du séjour de leurs ancêtres en

Egypte? cette généalogie ne leur appartient point; ils l'ont empruntée

des Chaldéens; elle est toute chaldéenne. Or, chez les Chaldéens elle

est du temps mythologique, comme le déluge et comme les géants avec qui

Abraham eut des relations; c'est pour cette raison que tous les détails

ont tant de précision. Dans l'habitude où nous sommes de regarder

Abraham comme un _homme_, il est choquant, au premier aspect, de dire

que ce personnage est fictif et allégorique, et qu'il n'est que le génie

personnifié d'une planète; cependant tel est le cas d'une foule de

prétendus rois, princes et patriarches des anciennes traditions de

l'Orient. Qui ne croirait qu'Hermès a été un sage, un philosophe, un

astronome éminent chez les Égyptiens? et néanmoins Hermès analysé, n'est

que le génie personnifié, tantôt de l'astre Sirius, tantôt de la planète

Mercure. Qui ne croirait que chez les Indiens, les 7 _richis_ ou

patriarches ont été de saints pénitents qui ont enseigné aux hommes des

pratiques dévotes encore subsistantes? et cependant les 7 richis ne

sont que les génies des 7 étoiles de la constellation de l'ourse,

réglant la marche des navigateurs et des laboureurs qui la contemplent.

Du moment que par la métaphore naturelle de leurs langues, les anciens

Orientaux eurent personnifié les corps célestes, l'équivoque introduisit

un désordre d'idées, qui s'accrut de jour en jour, et par l'ignorance

d'un peuple crédule, superstitieux, et par l'usage mystérieux,

énigmatique, qu'en firent les initiés à la science, et par la tournure

poétique que lui donnèrent des écrivains à imagination. Il ne faudrait

donc pas s'étonner si Abraham, _roi_, _patriarche_ et _astrologue_

chaldéen, analysé dans ses actions et son caractère, ne fût que le génie

d'un astre ou d'une planète.

D'abord tout génie d'astre est _roi_: il gouverne une portion du ciel et

de la terre soumise à son influence; ses _images_ ou _idoles_ portent

toujours une couronne, emblème de son pouvoir suprême:[106] «Abraham,

nous dit-on, avait régné à Damas; son nom y était resté.» S'il n'eût été

qu'un chef d'armée passager, il n'eût pas laissé une impression si

durable. Il était allé en Egypte et y avait enseigné l'astrologie; il

l'avait même inventée, dit Eupolème, ainsi que la _chaldaïque_.

Un étranger enseigner l'astrologie aux Égyptiens, et cela 16 ou 17

siècles avant notre ère, quand les Égyptiens étaient, depuis tant

d'autres siècles, les maîtres et les inventeurs de cette science! cela

est inadmissible et décèle la fable: Abraham a ici les caractères de

_Thaut_ ou _Hermès_, qui inventa l'astrologie et les lettres de

l'écriture;[107] qui surpassa tous les hommes dans la connaissance des

choses célestes et naturelles; qui fut un sage et un roi, mais qui, dans

son type originel, n'est que le génie de l'astre _Sothis_ ou _Sirius_,

qui annonçait l'inondation du Nil, etc.

Abraham, dans le sacrifice homicide de son fils unique, retrace une

autre divinité également célèbre par sa science.

Écoutons Sanchoniaton, qui écrivit environ 1300 ans avant notre ère.

/#

«Saturne, que les Phéniciens nomment _Israël_, eut d'une nymphe du

pays, un enfant mâle qu'il appela _Iêoud_, c'est-à-dire _un_ et

_unique_. Une guerre survenue, ayant jeté le pays dans un grand

danger, Saturne dressa un autel, y conduisit son fils paré d'habits

royaux, et l'immola:»

#/

Or Saturne avait été _roi_ en Phénicie, ayant pour secrétaire _Thaut_ ou

_Hermès_, et après sa mort on lui avait consacré l'astre de son nom.

Dira-t-on que _Sanchoniaton_, qui consulta un prêtre hébreu nommé

_Iérombal_, à défiguré le récit de la Genèse? Nous disons, au contraire,

que les récits de cet écrivain tendent à prouver qu'elle n'existait pas

de son temps, vu leur différence absolue. La vérité est que les

Phéniciens, peuple bien plus ancien que les Hébreux, ont eu leur

mythologie propre et particulière, à laquelle ce trait appartient, et

qu'ils ne l'ont pas emprunté des Juifs, qu'ils haïssaient: pourquoi donc

cette ressemblance? Parce qu'une tradition semblable existait chez les

Chaldéens, peuple d'origine arabique, comme les Kananéens; mais

l'écrivain juif, auteur de la Genèse, a pris à tâche d'effacer tout ce

qui retraçait l'idolâtrie, pour donner à son récit le caractère

historique et moral convenable à son but.

L'analogie ou plutôt l'identité d'Abraham et de Saturne ne se borne pas

à ce trait. «Les plus savants auteurs persans, dit le docteur Hyde,[108]

assurent que dans les anciens livres chaldéens, Abraham porte le nom de

_Zerouan_ et _Zerban_, qui signifie _riche en or_, _gardien de l'or_ (il

est remarquable que la Genèse appelle Abraham, _très-riche en or et en

argent_;[109] elle l'appelle aussi _prince très-puissant_,[110] ce qui

se retrouve dans les anciens livres où il est appelé _roi_); ces mêmes

livres l'appellent encore _Zarhoun_ et _Zarman_,[111] c'est-à-dire

_vieillard décrépit_. Les Perses lui appliquent l'épithète spéciale de

_grand_, et il est de tradition antique que l'on voyait son tombeau à

Cutha en Chaldée. Sa réputation ne se bornait pas à la Judée, elle était

dans tout l'Orient.»

Maintenant rappelons-nous que le nom de _Zerouan_ se trouve dans la

_Sibylle bérosienne_, et dans le fragment de Mar I Bas, cités au 5e

siècle de notre ère, par Moïse de Chorène, et copiés par le livre

chaldéen traduit par ordre d'Alexandre. Déja la bonne information des

auteurs persans est prouvée: ajoutons qu'une autre sibylle, dans la même

circonstance, au lieu de _Zerouan_, nomme _Saturne_; qu'Abydène associe

Saturne au lieu de _Zerouan_ à Titan;[112] l'identité de Saturne, de

Zerouan et d'Abraham devient palpable. Les accessoires cités complètent

la démonstration: Abraham est nommé _Zerouan_, _Zerban_, _riche en or_;

Saturne fut le roi de l'âge d'or: Abraham est nommé _Zarhoun_ et

_Zarman_, _vieillard décrépit_; Saturne, dans les légendes grecques, est

un _vieillard_, emblème du _temps_ que sa planète mesure par la marche

la plus lente et la carrière la plus longue de toutes les planètes. L'on

a donné à ce vieillard le caractère habituel de son âge; on l'a peint

avare, aimant l'or et entassant l'or: on lui a aussi donné la _faux_,

parce qu'il moissonne tous les êtres, et qu'il fait mourir tout ce qu'il

fait naître; c'est sous ce rapport que, de temps immémorial, les Arabes

et les Perses l'ont appelé l'ange de la mort, _Ezrail_: or Israël, chez

les Phéniciens, était le nom de Saturne, dit _Sanchoniaton_: l'une des

épithètes d'Abraham, en Bérose, est _Mégas_[113], _grand_; son épithète

spéciale chez les Perses, est _Buzoug_, qui signifie aussi _grand_. Sa

femme _Sarah_ portait primitivement le nom d'_Ishkah_, signifiant

_belle_ et _beauté_: la Genèse en fait la remarque spéciale (chap. 12,

v. 14); et dans le fragment de Sanchoniaton[114], Saturne épouse la

_beauté_ que son père avait envoyée pour le séduire. Enfin le nom

primitif d'_Abram_[115] désigne _Saturne_; car il est composé de deux

mots, _Ab-ram_, signifiant _père de l'élévation_; et dans l'hébreu,

comme dans l'arabe, c'est la manière d'exprimer le superlatif

_très-élevé_, _très-haut_, tel qu'est Saturne, la plus élevée, la plus

distante des planètes.

Tout s'accorde donc à démontrer qu'_Abraham_ n'a point été un individu

historique, mais un être mythologique, célèbre sous divers noms chez les

anciens Arabes que nous nommons _Phéniciens_ et _Chaldéens_, et chez

leurs successeurs, les Mèdes et les Perses. Si l'auteur juif de la

Genèse en a fait un personnage purement historique, c'est parce que

voulant faire remonter l'origine de sa nation jusqu'aux temps les plus

reculés, il a, sciemment ou par ignorance, commis une méprise qui se

retrouve à d'autres égards chez la plupart des historiens de

l'antiquité.

Mais, nous dira-t-on, si l'histoire d'Abram-Zérouan n'est réellement

qu'une légende astrologique, comme celle d'_Osiris_, d'_Hermès_, de

_Mênou_, de _Krishna_, etc., l'histoire de son fils _Isaak_, de son

petit-fils _Jacob_, et même des 12 fils de celui-ci, tombera dans la

même catégorie; alors où s'arrêtera la mythologie des Hébreux? à quelle

époque commencera leur histoire véritable, et comment expliquerez-vous

la tradition immémoriale d'après laquelle ils se sont appelés enfants de

Jacob, d'Israël et d'Abram?

Ces difficultés puisent leur solution dans la nature même des choses.

D'abord il est dans le génie des langues arabiques, dont l'hébreu est

un dialecte, que les habitants d'un pays, les partisans d'un chef, les

sectateurs d'une opinion, soient appelés enfants de ce pays, de cette

opinion, de ce chef: c'est le style habituel de tous leurs récits, de

toutes leurs histoires.

2° Chez les anciens, comme chez les modernes, un usage presque général

fut que chaque peuple, chaque tribu, chaque individu eussent un patron;

et ce patron fut le génie d'un astre, d'une constellation ou d'une

puissance physique quelconque. Tous les cliens ou sectateurs de cette

divinité tutélaire étaient appelés et se disaient _ses enfants_; la

Grèce, dans ses origines soi-disant historiques, offre de nombreux

exemples de ce cas.

En troisième lieu, l'origine des anciens peuples est généralement

obscure, comme celle de tous les êtres physiques, parce que ce n'est

qu'avec le temps que ces êtres, d'abord petits et faibles, font des

progrès et acquièrent un volume ou une action qui les font remarquer.

D'après ces principes, combinant les récits divers sur les Hébreux avec

les faits avérés, nous pensons que ce peuple dérive d'une secte ou tribu

chaldéenne qui, pour des opinions politiques ou religieuses, émigra de

gré ou de force de la Chaldée, et vint, à la manière des Arabes, camper

sur la frontière de Syrie, puis sur celle de l'Égypte, où elle trouvait

à subsister. Ces étrangers durent être appelés par les Phéniciens,

_Eberim_, c'est-à-dire _gens d'au delà_, parce qu'ils venaient d'au delà

du _grand fleuve_ (l'Euphrate), et encore _béni Abram_, _béni Israël_,

enfants d'_Abram_ et d'_Israël_, parce qu'Abram et Israël étaient leurs

divinités patronales. Ce que l'Exode raconte de leur servitude sous le

roi d'Héliopolis, et de l'oppression des Égyptiens, leurs hôtes, est

très-vraisemblable: là commence l'histoire; tout ce qui précède,

c'est-à-dire le livre entier de la Genèse, n'est que mythologie et

cosmogonie. Les chances de la fortune voulurent qu'un individu de cette

race fût élevé par les prêtres égyptiens, fût instruit de leurs

sciences, alors si secrètes, et que cet individu fût doué des qualités

qui font les hommes supérieurs. Moïse, ou plutôt _Moushah_, selon la

vraie prononciation, conçut le projet d'être roi et législateur, en

affranchissant ses compatriotes; et il l'exécuta avec des moyens

appropriés aux circonstances et une force d'esprit vraiment remarquable.

Son peuple, ignorant et superstitieux, comme l'ont toujours été et le

sont les Arabes errants, croyait à la magie dont est encore infatué tout

l'Orient; Moïse exécuta des prodiges, c'est-à-dire qu'il produisit des

phénomènes naturels, dont les prêtres astronomes et physiciens avaient,

par de longues études et par d'heureux hasards, découvert les moyens

d'exécution.... Quand on lit comment des feux lancés du tabernacle

s'attachèrent aux séditieux qui le voulaient lapider au retour des

espions, et comment ces feux les dévorèrent, on touche au doigt et à

l'œil ce feu _grégeois_, composé de naphte et de pétrole, qui d'époque

en époque s'est remontré dans l'Orient. On pourrait ramener à un état

naturel tous les _miracles_ dont Moïse sut grossir les apparences; mais

il faudrait écarter de leur récit les circonstances exagérées et fausses

dont lui-même ou les écrivains posthumes ont entouré les faits réels.

Ainsi l'on verrait le passage de la mer Rouge fait par les Hébreux à gué

et à basse marée, comme il se fait encore; tandis que les Égyptiens

voulant passer au moment du flux, en furent surpris, comme ils le

seraient encore, car à peine le connaissent-ils. On verrait le passage

du Jourdain, projeté par Moïse, exécuté par Josué, en dérivant cette

petite rivière, comme Krœsus dériva l'Halys; les murailles de Jéricho

renversées par une mine pratiquée, et par le feu mis aux étançons dont

on les avait étayées; on verrait Coré, Dathan et Abiron engloutis dans

une fosse recouverte, où des combustibles cachés prirent feu par leur

chute; et enfin l'on verrait que cette voix qui parlait dans le

propitiatoire,[116] et que l'on croyait être la voix de Dieu causant

avec le prophète, n'était que la voix du jeune Josué, fils de _Noun_,

qui[117] ne sortait point du tabernacle où il servait Moïse, et qui fut

son successeur plus habile et plus heureux que ne fut _Ali_, le Josué de

Mahomet. Mais ce sujet curieux nous écarterait trop de notre sphère;

qu'il nous suffise de dire que Moïse a dû être le véritable créateur du

peuple hébreu, l'organisateur d'une multitude confuse et poltronne,[118]

en un corps régulier de guerriers et de conquérants. Le séjour dans le

désert fut employé à cette œuvre difficile. La division en douze corps

ou tribus fut très-probablement son ouvrage; mais lors même qu'elle eût

existé auparavant, elle ne prouverait point encore la réalité de

l'histoire de Jacob et de ses enfants; d'abord, parce que nous n'avons

qu'un seul témoin déposant, l'auteur juif, qui, après toutes les

déceptions que nous avons vues sur d'autres articles, ne peut mériter

notre confiance; et ensuite parce que la légende de Jacob porte des

détails du genre fabuleux, tels que sa vision des anges montant au ciel

avec des échelles, ses conversations avec Dieu, sa lutte contre l'homme

divin qui lui paralysa la cuisse, et lui donna le nom d'_Israël_,

tout-à-fait suspect en cette occasion. Si l'on nous eût transmis sur

Jacob des détails vraiment chaldéens, comme sur Abraham, nous y

trouverions sûrement la preuve de son caractère mythologique déguisé par

le rédacteur juif. Mais revenons aux analogies de la Genèse avec la

cosmogonie chaldéenne.

CHAPITRE XV.

Des personnages antédiluviens.

Ces analogies que nous avons vues se suivre depuis le déluge, se

continuent au delà, et remontent jusqu'à l'origine première, dite la

_création_. Les anciens auteurs chrétiens en ont tous fait la remarque,

en se plaignant d'ailleurs de l'_altération_, c'est-à-dire de la

différence des noms et des âges que les livres chaldéens donnent aux

personnages antédiluviens appelés par nous _patriarches_, et _rois_ par

les Chaldéens. Le Syncelle[119] nous a rendu le service d'en conserver

la liste, copiée d'Alexandre Polyhistor ou d'Abydène, copistes eux-mêmes

de Bérose.

/*[2]

_Patriarches antédiluviens | _Rois chaldéens antédiluviens

selon la Genèse._ | selon Bérose._

|

Noms. Ages. Années. | Noms. Ages en _sares_. En années.

Adam . . . . . 930 | Alor . . . . . . 10 36,000

Seth . . . . . 912 | Alaspar . . . . 3 10,800

Enos . . . . . 905 | Amèlon . . . . . 13 46,800

Kaïnan . . . . 910 | Amènon . . . . . 12 43,200

Mahlaléel . . 862 | Metalar . . . . . 18 64,800

Iared . . . . 895 | Daôn . . . . . . 10 36,000

Enoch . . . . 365 | Evedorach . . . . 18 64,800

Mathusala . . 969 | Amphis . . . . . 10 36,000

Lamech . . . 777 | Otiartes . . . . 8 28,800

Nohé . . . . 950 | Xisuthrus . . . 18 64,800

-----------------------

TOTAL . . . . 120 432,000

*/

Voilà les prétendus rois que les Chaldéens disaient avoir régi le monde

pendant 120 sares, équivalant à 432,000 ans. Ce calcul seul nous montre

qu'il s'agit ici d'êtres _astronomiques_ ou _astrologiques_, et le

Syncelle lui-même nous en avertit, lorsque, page 17, il dit que «les

Égyptiens, les Chaldéens et les Phéniciens se donnent une antiquité

extravagante, au moyen de certaines supputations astrologiques.»

L'Arménien Moïse de Chorène, environ 300 ans avant le Syncelle, avait

fait les mêmes remarques. «L'origine du monde, dit-il (chap. 3), n'est

pas exposée par nos saints livres, de la même manière que par les

historiens; j'entends le très-savant Bérose et Abydène; dans Abydène,

les chefs de famille diffèrent quant au temps et aux noms (mais non

quant au nombre qui est également de 10). Ces auteurs présentent même le

chef du genre humain, Adam, sous un autre caractère que la Genèse, car

ils disent: Dieu très-prévoyant fit Alorus pasteur et directeur du

peuple, et il régna 10 sares, qui sont 36,000 ans. De même, ils donnent

à Noi (Nohé), un autre'nom (Xisuthrus) et un temps immense, d'accord

d'ailleurs, _sur la corruption des hommes_, et la violence du déluge.

Ils établissent dix chefs (ou rois) avec Xisuthrus; et leurs _années_

diffèrent non seulement de nos années qui ont _quatre saisons_, et des

_années divines_, mais encore ils ne comptent point les levers de lune

comme les Égyptiens, ni les levers dont le nom se tire des dieux (les

constellations personnifiées). Néanmoins les auteurs qui les prennent

pour des _années_ (ordinaires), les adaptent aux calculs grecs, etc.»

On voit que les Chaldéens nous ont donné une sorte de logogriphé à

résoudre; il ne faut pas s'étonner s'il a été mal compris de beaucoup

d'auteurs anciens et même modernes, puisque sa solution exige la

connaissance d'une doctrine astrologique assez compliquée, et qui,

long-temps tenue secrète, a été trop négligée depuis qu'elle a perdu son

empire. Pour donner, quelques idées claires sur cette énigme, il faut

les reprendre à leur origine.

Lorsque l'expérience eut fait connaître aux anciens peuples agricoles,

les rapports intimes qui se trouvent entre la production des substances

terrestres et la marche du soleil dans le cercle céleste, un premier

système astronomique et physique fut organisé, conforme aux besoins de

l'agriculture et aux phénomènes des corps célestes les plus

remarquables. Ce système, inculqué dans tous les esprits, par

l'éducation civile et religieuse, et par l'habitude, devint la base de

tous les raisonnements, le type de toutes les hypothèses qui firent

naître ensuite des idées plus étendues. Le grand cercle céleste avait

été divisé en douze maisons (les douze signes du zodiaque), d'après les

lunes qui se montraient tandis que le soleil le parcourait; chacune de

ces maisons était subdivisée en 30 parties (ou degrés), d'après les

jours de chaque lune. Les étoiles, individuellement et en groupes,

avaient reçu des noms tirés des opérations de l'homme ou de la nature

pendant la révolution solaire; et le ciel astronomique était devenu

comme un miroir de réflexion de ce qui se passait sur la terre. Cet

ordre de choses, si intéressant pour le peuple, en fut d'abord bien

compris; mais par le laps du temps plusieurs causes introduisirent dans

les idées une confusion qui eut des suites à la fois ridicules et

graves. Une classe d'hommes, livrés spécialement à l'observation des

astres, était parvenue à découvrir le mécanisme des éclipses, à en

_prédire_ les retours. Le peuple, frappé d'étonnement de cette _faculté

de prédire_, imagina qu'elle était un don divin qui pouvait s'étendre à

tout: d'une part, la curiosité crédule et inquiète, qui sans cesse veut

connaître l'avenir; d'autre part, la cupidité astucieuse, qui sans cesse

veut augmenter ses jouissances et ses possessions, agissant de concert,

il en résulta un art méthodique de tromperie et de charlatanisme que

l'on a appelé _astrologie_, c'est-à-dire, l'_art de prédire tous les

événements de la vie par l'inspection des astres_ et par la connaissance

de leurs _influences_ et de leurs aspects. La véritable _astronomie_

étant la base de cet art, ses difficultés le restreignirent à un petit

nombre d'initiés, qui, sous les divers noms de _voyans_, de _devins_, de

_prophètes_, de _magiciens_, devinrent une corporation sacerdotale

très-puissante chez tous les peuples de l'antiquité. Quant aux

_influences_ des corps célestes, leur préjugé dut sa naissance aux

premiers observateurs, qui, remarquant un rapport habituel entre le

lever et le coucher de tel astre, avec l'apparition de tel phénomène ou

de telle substance terrestre, supposèrent une action secrète de cet

astre, par un fluide subtil, tel que l'air, la lumière ou l'éther. Ce

préjugé devint le grand lévier de toute l'astrologie; les astres étant

censés les moteurs et régulateurs de tout ce qui arrive dans le monde,

le mortel qui connut leurs lois, put tout connaître, et par conséquent

tout prédire.

Ces lois semblèrent d'abord assez simples, parce que l'on crut que le

ciel avait un état fixe, comme il semble au premier aspect. Mais lorsque

des observations séculaires eurent montré des changements considérables

dans le premier ordre arrangé, il fallut inventer de nouvelles théories,

que les progrès des sciences mathématiques rendirent plus savantes et

plus compliquées.

Une première école d'astronomie avait divisé le grand cercle céleste (le

zodiaque) en douze parties, subdivisées chacune en 30 degrés, faisant au

total 360, et ce nombre avait été regardé comme suffisant aux horoscopes

du calendrier. Une seconde école d'astronomes plus raffinés, le trouva

insuffisant aux horoscopes bien plus nombreux de la vie humaine: elle

divisa chaque signe zodiacal en douze _sections_, dites

_dodécatémories_; puis chacune de ces sections en soixante _particules_

ou _minutes_, partagées elles-mêmes en soixante secondes, etc. Cette

division avait l'inconvénient de couper les 30 degrés de chaque signe

par une première fraction de 2 ½. Une troisième école voulut y remédier,

en y appliquant le calcul décimal; et elle partagea chaque signe en

trois _sections_ ou _décatémories_, comprenant chacune 10 degrés; puis

chaque section en soixante _minutes_, et chaque _minute_ en soixante

_secondes_, etc. Ptolomée, qui nous apprend ce fait, ajoute que cette

dernière méthode est _chaldaïque_, c'est-à-dire qu'elle fut inventée par

les _Chaldéens_; de là ne semble-t-il pas résulter que les Arabes de

Chaldée sont les inventeurs des chiffres qui la constituent, et qui

portent le nom d'_Arabes_, tandis que la méthode _duodécimale_

appartiendrait aux astronomes égyptiens. Quoi qu'il en soit, la méthode

chaldaïque, en donnant dix _sections_ à chaque signe, divise le cercle

zodiacal en 120 parties; et parce que chaque section se subdivise en

_soixante_ multiplié par _soixante_, il en résulte une subdivision de

3,600 parties pour chacune, et une somme de 432,000 pour la totalité du

cercle. Maintenant il est remarquable que ce nombre 432,000 est

précisément l'expression de la période antédiluvienne, c'est-à-dire du

temps écoulé entre le commencement du _monde_ et sa destruction par le

déluge; et que les parties élémentaires de ce nombre sont exactement

les _sares_, les _sosses_ et les _nères_ mentionnés par le chaldéen

Bérose. En effet, selon lui, le _sare_ vaut 3,600 ans; et nous voyons

que la section _décatémorie_ vaut 3,600 secondes: le _nère_ valait 600

ans, et nous trouvons que chaque signe contient 600 minutes, savoir, 10

sares de 60 minutes chaque: selon Bérose, le _sosse_, qui est la moindre

période, vaut 60 ans; et nous trouvons que 60 secondes sont la dernière

sous-division du _sare_. L'on voit que le logogriphe commence à se

dévoiler; mais d'où vient cette conversion du zodiaque mathématique en

valeurs chronologiques? Pour expliquer ceci, il faut savoir ou se

rappeler que chez les anciens, le mot _année_ qui signifie un _cercle_,

un _anneau_[120], une _orbite_, ne fut point restreint à l'année

solaire, mais qu'il fut étendu à tout _cercle_ dans lequel un astre, une

planète quelconque exécute, une _révolution_; bien plus, il devint chez

les astronomes l'expression des révolutions simultanées de plusieurs

astres partis d'un même point du ciel, et s'y retrouyant après une

longue série de leurs mouvements inégaux: ainsi ayant appelé _année_ de

Mars, la révolution de cette planète, qui dure _deux ans_ solaires;

_année_ de Jupiter, celle qui dure 12 ans; _année_ de Saturne, celle qui

dure 31 ans; ils appelèrent encore _année_ de _restitution_, et _grande

année_, l'espace de temps que le soleil, les planètes et les étoiles

fixes employaient ou étaient censés employer à revenir et à se trouver

tous ensemble à un point donné du ciel; par exemple, au premier degré

d'_Aries_, d'où ils étaient partis. Cette dernière idée ne put avoir

lieu que lorsque le phénomène de la précession des équinoxes eut été

connu, et que l'on eut vu l'ordre du premier planisphère dérangé de

plusieurs degrés, par l'anticipation que fait le soleil dans le cercle

zodiacal à chacune de ses révolutions. Cette grande année fut d'abord

estimée 25,000 ans, puis 36,000, puis enfin 432,000. Et voilà ces

_années divines_ dont nous venons de voir l'indication dans Moïse de

Chorène, et dont les livres indous nous ont conservé une mention

clairement détaillée, en disant: «qu'une année de Brahma est composée de

plusieurs années des nôtres, et qu'un jour des dieux est précisément une

année des hommes, etc.[121]».

Ce premier équivoque n'a pu manquer d'occasioner beaucoup de confusions

d'idées; un second vint compléter le désordre. Dans la langue des

premiers observateurs, le grand _cercle_ s'appelait _mundus_ et _orbis_,

le _monde_. Par conséquent, pour décrire l'année solaire, ils disaient

que le monde _commençait_, que le monde _naissait_ dans le signe du

_Taureau_ ou du _Belier_; que le _monde finissait_, était _détruit_ dans

un tel autre signe; que le monde était composé de 4 âges (les 4

saisons); et parce que leur année commençait, selon l'ordre rural, au

printemps où tout naît, et finissait en hiver où tout dépérit, ils

disaient que ces _âges allaient en se détériorant_; que le monde _allait

de mal en pis_. Ces idées naturelles et vraies, au sens physique,

s'imprimèrent dans tous les esprits. Lorsqu'ensuite par le laps de

temps, par les progrès ou l'altération du langage, les mots _année_ et

_monde_ prirent un sens plus précis, les idées attachées à l'un ne se

détachèrent pas de l'autre, et les astrologues et les moralistes

profitèrent de l'équivoque pour dire «que le _monde_ subissait des

_naissances_ et des _destructions_ successives; que la _méchanceté_ des

hommes était la cause de ces _destructions_; que dans les premiers âges,

les hommes étaient bons, mais qu'ensuite ils se pervertirent;» et ils

ajoutèrent que le _monde_ périssait tantôt par des _incendies_, tantôt

par des déluges; parce que, selon que nous l'apprend Aristote, la

_saison brûlante_ de l'été avait été appelée _incendie_, et que la

saison pluvieuse de l'hiver avait été appelée _déluge_[122]; or le

_monde_, c'est-à-dire, l'_année_ ayant eu son commencement tantôt au

solstice d'été, comme chez les Égyptiens, tantôt au solstice d'hiver, on

avait dû dire que sa fin arrivait dans ces saisons.

Ainsi c'est par l'équivoque des mots, et par l'association vicieuse des

idées, que le _Zodiaque_ matériel fut converti en Zodiaque

chronologique, et que l'on supposa pour _durée infinie du monde_, ce qui

ne fut primitivement que la durée limitée d'une révolution circulaire.

Voilà toute l'illusion du calcul chaldéen et le mot de son logogriphe.

Les 432,000 ans de Bérose ne sont qu'un calcul fictif de la _grande

période_ qui, selon les mathématiciens devait rétablir toutes les

sphères célestes dans un premier état donné. Cette grande période avait

d'abord été supposée de 36,000 ans; mais l'observation ayant fait

connaître que le concours de toutes les sphères n'était pas parfait,

qu'il restait des intervalles et des fractions, les mathématiciens, pour

atténuer ces fractions et les rendre insensibles, imaginèrent de les

reverser sur plusieurs révolutions; multipliant 36,000 par 12, ils

obtinrent le nombre cité 432,000. Ils ne s'en sont pas tenus là; il

paraît que leur doctrine s'étant introduite dans l'Inde, à une époque

plus ou moins reculée, leurs successeurs, dans cette contrée, ont voulu

ajouter un nouveau degré de précision, et ont, pour cet effet, multiplié

ces 432,000 par 10, ce qui leur a produit les 4,320,000 qu'aujourd'hui

les Indous nous présentent comme durée du _monde_, avec des

circonstances semblables à celles des Chaldéens; car ils terminent cette

durée par un déluge, et ils remplissent le prétendu temps antérieur par

_dix_ avatars ou apparitions de _Vishnou_, qui répondent _aux dix Rois

antédiluviens_. Ces analogies sont remarquables et mériteraient d'être

approfondies, mais elles nous écarteraient trop de notre sujet; il doit

nous suffire, pour terminer cet article, de dire que les 432,000 ans

étant une fiction, les dix prétendus _Rois_ en sont une autre du même

genre: chacun d'eux doit désigner un période partielle; et en effet,

_Alor_ et _Dâon_ nous en offrent un exemple connu dans leur nombre

36,000, qui est une période élémentaire de 432,000 ans. Par cette

analyse, les 10 patriarches de la Genèse, identiques aux 10 rois de

Bérose, se trouvent jugés; mais pourquoi portent-ils tous des noms et

des chiffres différents? ne serait-ce pas que cette légende serait plus

ancienne que celle de Bérose, et qu'elle aurait été faite avant

l'ampliation décimale des nombres? D'ailleurs les écoles arabe et

chaldéenne étant diverses, chacune d'elles a pu avoir son système

particulier calqué sur un fond commun. Celui qu'a préféré l'auteur de la

Genèse doit être antérieur à Moïse, puisque le dogme des 7 jours qui se

lie à l'histoire d'Adam, se trouve consacré dans la législation de ce

réformateur: le nom même d'_Adam_ se trouve dans son cantique[123], en

admettant cette pièce comme autographe. Si les détails des légendes nous

fussent parvenus sur chacun des 10 rois et patriarches, nous y eussions

trouvé le mot de leurs énigmes respectives[124]; nous en sommes

dédommagés par l'histoire d'_Adam_, d'_Ève_ et de leur serpent, dont le

caractère astrologique est d'une évidence incontestable.

CHAPITRE XVI.

Mythologie d'Adam et d'Ève.

En effet, prenez une sphère céleste dessinée à la manière des anciens;

partagez-la par le cercle d'horizon en deux moitiés: l'une supérieure,

qui sera le ciel d'_été_, le ciel de la lumière, de la chaleur, de

l'abondance, le royaume d'Osiris, dieu de tous les biens; l'autre moitié

sera le ciel inférieur (_infernus_), le ciel d'hiver, le séjour dés

ténèbres, desprivations et des souffrances, le royaume de Typhon, dieu

de tous les maux. A l'occident et vers l'équinoxe d'automne, la scène

vous présente une constellation figurée par un _homme_ tenant une

faucille[125], un _laboureur_ qui chaque soir descend de plus en plus

dans le ciel inférieur, et semble être expulsé du ciel de lumière; après

lui vient une _femme_, tenant un rameau de fruits _beaux à voir_ et

_bons à manger_: elle descend aussi chaque soir et semble _pousser_

l'homme, et _causer sa chute_: sous eux est le grand serpent,

constellation caractéristique des boues de l'hiver, le _Python_ des

Grecs, l'_Ahriman_ des Perses, qui porte l'épithète d'_Aroum_ dans

l'hébreu. Près de là est le _vaisseau_ attribué tantôt à _Isis_, tantôt

à Iason, à Nohé, etc.; à côté se trouve _Persée_, génie ailé, qui tient

à la main une épée flamboyante, comme pour menacer: voilà tous les

personnages du drame d'Adam et d'Ève, qui a été commun aux Égyptiens,

aux Chaldéens, aux Perses, mais qui reçut des modifications selon les

temps et les circonstances. Chez les Égyptiens, cette femme (la _Vierge_

du Zodiaque) fut _Isis_, mère du _petit_ Horus, c'est-à-dire du soleil

d'hiver qui, languissant et faible comme un _enfant_, passe 6 mois dans

la sphère inférieure, pour reparaître à l'équinoxe du printemps,

_vainqueur_ de Typhon et de ses géans. Il est remarquable que dans

l'histoire d'Isis, c'est le Taureau qui figure comme signe équinoxial;

tandis que chez les Perses, c'est le _Belier_ ou l'_Agneau_, sous

l'emblême duquel le dieu Soleil vient _réparer les maux du monde_: de là

naît l'induction que la version des Perses est postérieure au

vingt-unième siècle avant notre ère, dans lequel le Belier devint signe

équinoxial; tandis que la version des Égyptiens peut et doit remonter à

près de 4200 ans, époque où le Taureau devint signe de l'équinoxe du

printemps[126].

L'auteur juif, qui sans cesse écarte les indices de l'idolâtrie, et

substitue un sens moral au sens astrologique, a supprimé ici plusieurs

détails; mais il a conservé un trait qui forme un nouveau lien de sa

version à celles des Égyptiens et des Perses, lorsqu'il fait dire à

Dieu, maudissant le serpent: «J'établirai la haine entre la _race_ de la

femme et entre la tienne, et son rejeton écrasera ta tête[127].» Ce

rejeton est l'enfant que dans les anciennes sphères célestes, la vierge

(Isis, Ève) portait dans ses bras, et dont l'histoire, prise en

contre-sens, est devenue si célèbre dans le monde. Le lecteur qui

désirera plus de détails sur ce sujet, en trouvera de démonstratifs dans

l'ouvrage de _Dupuis_, aux articles _Apocalypse_ et _Religion

chrétienne_. En nous bornant au récit de la Genèse, relativement à Adam

et au lieu de délices où il fut placé, nous observons que deux des

fleuves mentionnés comme y ayant leur source, savoir, le Tigre et

l'Euphrate, indiquent encore une origine chaldéenne, car ils

appartiennent spécialement à la Chaldée. Le troisième, appelé _Gihoun_,

est sans contredit le _Nil_, puisqu'il entoure la terre de _Kus_, qui

est l'Éthiopie ou l'Abissinie.

Le quatrième, appelé _Phishoun_ ou _Phison_, n'est point aussi facile à

désigner, parce que la terre d'_Hevila_, qu'il _entoure_, n'a pas une

position claire, ainsi que nous le dirons bientôt; seulement on peut

assurer qu'il n'y a point de raison solide à le prendre pour le _Phase_

de Colchide. D'ailleurs lorsque le texte nous dit que ces _quatre

fleuves_ sortaient d'une _même source_, il nous avertit qu'il y a encore

ici de l'allégorie, puisque rien de tel n'existe dans la géographie

connue, à moins qu'il n'ait voulu indiquer pour cette source l'_Océan_,

duquel les anciens peuples ont souvent cru que sortaient les fleuves et

les rivières; mais ici le mot de l'énigme est plus compliqué, plus

ingénieux: il faut le trouver dans cette même doctrine astrologique qui

vient de nous en éclaircir d'autres. Or dans cette doctrine, et

conformément au génie oriental, qui exprime tout par figures, il paraît

que les adeptes représentèrent le Zodiaque sous l'image d'un _fleuve_,

dont le cours entraîne tous les événements du ciel et de la terre. Pour

exprimer ce qui se passe pendant la saison d'été, ils peignirent au bord

de ce fleuve, _à la porte_, c'est-à-dire à l'équinoxe du printemps, qui

_ouvre_ la belle saison, ils peignirent un _arbre_ vêtu de ses feuilles,

emblème sensible de la végétation; ce fut l'arbre de vie, le _lignum

vitæ_ de l'Apocalypse, portant 12 fruits, un pour chaque mois. Jusqu'à

l'automne le _jardin_ où étaient ce fleuve et cet arbre, était _un lieu_

de délices; mais venait ensuite le semestre d'hiver, saison de ténèbres,

de souffrances, empire du _mal_. L'_homme_ qui goûta les fruits de cette

seconde période, acquit l'expérience des deux états; il eut la science

du _bien_ et du _mal_; et lors-qu'il revint à la porte du printemps,

l'_arbre de vie_ ne fut plus que l'_arbre de cette science_. Ce texte

fut trop riche pour être négligé par les prêtres moralistes; en suivant

cette première idée du Zodiaque, devenue _fleuve_, le _monde_ se

_trouva_ entouré de l'_Océan_; par la raison que _Océan_ et _fleuve_

s'expriment par un seul et même mot chaldéen-arabe, _Bahr_. De là cette

antique opinion exprimée par Hésiode et par Homère, que l'_Océan est

comme une ceinture autour de la terre_; ici nous avons la sphère

terrestre (la géographie) confondue avec la _haute-sphère_: cette

confusion dont nous voyons un trait dans les _quatre_ fleuves de la

Genèse, est devenue un système complet dans les livres non moins anciens

des sectes indiennes de Boudha. Tout ce que ces livres, conservés au

_Thibet_, à _Ceylan_, au _Birmah_ et dans l'_Inde_, nous disent du

_monde entouré_ de 7 _montagnes_; de 7 mers entre ces 7 montagnes,

formant 7 grandes îles; chaque mer et chaque montagne avec un nom

distinct et des qualités relatives aux métaux, l'or, l'argent, etc., et

aux couleurs, rouge, vert, etc.; aux pierres précieuses; tout ce qu'ils

disent de la division du monde en _quatre parties_, et des _quatre

faces_ du _mont Righel_ ou _Merou_ (qui est l'Olympe): tout cela, qui au

sens littéral est absurde et sans type physique, devient raisonnable et

vrai, quand on le prend pour une description du _monde céleste_ et de

ses divisions physiques, selon les systèmes anciens. Il y a cette

particularité dans la cosmogonie du Thibet, que près d'un grand _arbre_,

qui est la figure du monde, sont placés 4 rochers, desquels _sortent

quatre fleuves sacrés_, _dont_ l'un fait face à l'orient, l'_autre_ au

midi, le troisième au couchant, et le quatrième au nord; c'est-à-dire

qu'ils sont placés aux _quatre portes_ du cercle zodiacal (les 2

solstices et les 2 équinoxes); et afin que l'on ne s'y trompe point,

chacun de ces 4 fleuves est caractérisé par la tête d'un animal[128]

qui, dans le Zodiaque lunaire indien, est affecté à l'un de ces points

du cercle céleste. Nous avons ici une analogie sensible avec les _quatre

fleuves_ de la Genèse qui, chez les Chaldéens comme chez les Indiens,

ont été la figure des influences célestes s'écoulant du grand fleuve

Zodiaque par les quatre portes du ciel, c'est-à-dire par les coupures

des solstices et des équinoxes qui ouvraient chaque saison et

déterminaient son caractère. Il est à remarquer que l'historien Josèphe,

qui, en sa qualité de prêtre, ne fut pas étranger à la _doctrine

secrète_, dit que le fleuve _Phison_ est le Gange, ce qui indique une

sorte de parenté entre les deux systèmes: il ajoute que chacun de ces

fleuves a un sens moral; que l'Euphrate signifie _dispersion_ (il a

voulu dire _division_, séparation, _pharat_);[129] le Tigre, _rapidité_;

le Phison, _multitude_ ou _abondance_; et le Gihoun, _venant d'Orient_.

Ne serait-ce point ici la cause des noms de ces 4 fleuves qui, par

l'effet du hasard, se seraient trouvés avoir le nom des qualités

attribuées aux époques des influences. Au reste les Indiens ont aussi

leur paradis, et les 4 fleuves qui en sortent, viennent également d'une

source commune, placée au _point de partage_ des eaux de l'Indus, de

l'Oxus (appelé _Gihoun_ par les Arabes) et de deux autres rivières.

Chaque peuple a dû chercher et trouver chez lui ces fleuves d'un monde

primitivement fictif, et la ressemblance des noms qu'ils portent est un

indice de la source commune de toutes ces idées. Prétendre, avec les

missionnaires chrétiens, que cette source est _dans les livres de

Moïse_, d'où elle se serait répandue chez tous les peuples, est une

hypothèse insoutenable, surtout quand _ces livres_ sont une énigme qui

ne s'explique que par les livres des autres peuples. La vérité est que

le petit peuple hébreu, plus obscur chez les anciens que les Druses ches

les modernes, a pris sa part des idées que le commerce et la guerre

répandirent dès la plus haute antiquité, et rendirent communes aux

grandes nations civilisées, telles que les _Égyptiens_, les _Chaldéens_,

les _Assyriens_, les _Mèdes_, les _Bactriens_, et les _Indiens_, qui

tous eurent leurs collèges de prêtres astronomes et astrologues, livrés

aux mêmes travaux, par conséquent soumis aux mêmes révolutions de

découvertes, de disputes, d'erreurs, de perfectionnement que nous voyons

dans tous les siècles agiter les corps savants et même ignorants. Plus

on a pénétré, depuis 30 à 40 ans, dans les sciences secrètes, et

spécialement dans l'astronomie et la cosmogonie des Asiatiques modernes,

les Indous, les Chinois, les Birmans, etc., plus on s'est convaincu de

l'affinité de leur doctrine avec celle des anciens peuples nommés

ci-dessus;[130] l'on peut dire même qu'elle s'y est transmise plus

complète à certains égards, et plus pure que chez nous, parce qu'elle

n'a pas été aussi altérée par des innovations anthropomorphiques qui ont

tout dénaturé... Cette comparaison du moderne à l'ancien est une mine

féconde, qui n'attend que des esprits droits et dégagés de préjugés

pour fournir une foule d'idées également neuves et justes en histoire;

mais, pour les apprécier et les accueillir, il faudra aussi des lecteurs

affranchis de ces mêmes préjugés ennemis de toute idée nouvelle, etc.

CHAPITRE XVII.

Mythologie de la création.

Poursuivons nos recherches sur la Genèse, et montrons que son récit de

la _création_ se retrouve, comme les précédens, presque littéralement

exprimé dans les cosmogonies anciennes, et toujours spécialement dans

celles des Chaldéens et des Perses. Notre traduction va être plus fidèle

que celles du grec et du latin:

/#

«Au commencement, les dieux (Elahim) créa (bara) les cieux et la

terre. Et la terre était (une masse) confuse et déserte, et

l'obscurité (était) sur la face de la terre..... Et le _vent_ (ou

esprit) des dieux s'agitait sur la face des _eaux_. Et les _dieux_

dit: Que la lumière soit! et la lumière fut; et il vit que la

lumière était _bonne_; et il la _sépara_ de l'obscurité. Et il

appela _jour_ la lumière, et _nuit_ l'obscurité; et le soir et le

matin furent un premier jour.

«Et les _dieux_ dit: Que le _vide_ (Raqîa) soit (fait) au milieu

des eaux, et qu'il sépare les eaux des eaux; et les _dieux_ fit le

_vide_ séparant les eaux qui sont sous le vide, des eaux qui sont

sur le _vide_; et il donna au vide le nom de _cieux_; et le _soir_

et le _matin_ furent un second jour; et les _dieux_ dit: Que les

eaux sous les cieux se rassemblent en un seul lieu, et que la terre

sèche se montre; cela fut ainsi; et il donna le nom de _terre_ à la

sèche, et le nom de _mer_ à l'amas d'eaux; et il dit: Que la terre

produise les végétaux avec leurs semences; et le soir et le matin

furent un troisième jour, etc.

«Et le quatrième jour, il fit les corps lumineux (le soleil et la

lune), pour _séparer le jour de la nuit_, et pour servir de signes

aux temps, aux jours et aux années.

«Au cinquième jour, il fit les reptiles d'eau, les oiseaux et les

poissons.

«Au sixième jour, les _dieux_ fit les reptiles terrestres, les

animaux quadrupèdes et sauvages, et il dit: _Faisons_ l'homme à

_notre image_ et à _notre_ ressemblance, et il créa (bara) l'homme

à son image; et le créa (bara) à son image; et il les créa (bara)

_mâle et femelle_; et il se reposa au septième jour, et il bénit ce

septième jour.

Or, il ne pleuvait point sur la terre; mais une source (abondante)

s'élevait de la terre, et arrosait toute sa surface.

«Et il avait planté le jardin d'_Éden_ (antérieurement ou à

l'Orient); il y plaça l'homme. Au milieu du jardin était l'_arbre

de vie_ et l'arbre de la _science du bien et du mal_. Et du jardin

d'Éden sortait un _fleuve_ qui se divisait en 4 têtes appelées le

_Phison_, le _Gihoun_, le _Tigre_ et l'_Euphrate_.

«Et _Iahouh-les-dieux_[131] dit: Il n'est pas bon que l'homme soit

seul; et il lui envoya un sommeil, pendant lequel il lui retira une

côte, de laquelle il _bâtit_ la femme, etc., etc.»

#/

Si un tel récit nous était présenté par les brahmes ou par les lamas, il

serait curieux d'entendre nos docteurs contrôler ses anomalies. «Voyez,

diraient ils, quelle étrange physique! Supposer que la lumière existe

avant le soleil, avant les astres, et indépendamment d'eux; et ce qui

est plus choquant, même dans le langage, dire qu'il y a un _soir_ et un

_matin_, quand le soir et le matin ne sont que l'apparition ou

disparition de l'astre qui fait le jour! Et ce vide produit au milieu

des eaux, qui suppose qu'au-dessus du ciel visible, il y a un amas

d'eaux subsistant! aussi cette physique nous parle-t-elle des

_cataractes du ciel_ ouverte au déluge; et l'un de ses interprètes ne

craint pas de nous dire que la voûte du ciel est de cristal[132]. Et

cette terre sans pluies, sans nuages, par conséquent sans évaporation,

ayant une seule source qui arrose sa face! et cet homme créé tout seul

et cependant _mâle_ et _femelle_! en vérité ces Indous avec leurs

_Shastras_ et leurs _Pouranas_ nous font des contes arabes.»

Nous le pensons comme nos docteurs; mais parce que ce côté de la

question est jugé pour tout esprit de sens rassis et non imbu des

préjugés de l'enfance, nous allons nous borner à considérer le côté

allégorique, et à développer le sens. Tout lecteur aura été choqué de

notre traduction les _dieux créa_; néanmoins telle est la valeur du

texte, de l'aveu de tous les grammairiens. Pourquoi ce pluriel

gouvernant un singulier? parce que le rédacteur juif, pressé par deux

autorités contradictoires, n'a vu que ce moyen de sortir d'embarras.

D'une part, la loi de Moïse proscrivait la pluralité des dieux; d'autre

part, les cosmogonies sacrées, non seulement des Chaldéens, mais de

presque tous les peuples, attribuaient aux _dieux secondaires_, et non à

ce grand Dieu unique, l'organisation du monde. Le rédacteur n'a osé

chasser un mot consacré par l'usage. Ces Elahim étaient les _décans_

des Égyptiens, les génies des mois et des planètes chez les Perses et

les Chaldéens, génies-dieux cités sous leur propre nom par l'auteur

phénicien Sanchoniaton; lorsqu'il dit: les compagnons d'_Il_ ou _El_ qui

est Kronos (Saturne), furent appelés _Eloïm_ ou _Kroniens_[133] et on

les disait les égaux de Kronos.

Or Kronos ou Saturne est, comme on sait, l'emblème du _temps_, mesuré

par la planète de ce nom: ses égaux furent donc naturellement des génies

de la même espèce. La lettre _h_ manquant à l'alphabet grec, le mot

Eloïm a rendu le mieux possible le phénicien arabe _Elahim_, pluriel

hébreu de _Elah_, _Dieu_. Mais pourquoi leur attribuait-on

l'organisation ou la _création du monde?_ Par la raison simple et

naturelle que le _monde_ dans son sens primitif, fut le grand _orbe_ des

cieux, et spécialement l'_orbe_ ou cercle du Zodiaque. Or, comme à

partir de l'équinoxe du printemps les êtres terrestres, engourdis et

comme morts pendant l'hiver, prenaient une vie nouvelle; que la

production des feuilles, des fleurs et de tout le règne végétal semblait

être une véritable création, les génies qui présidaient à chaque signe

du Zodiaque furent _considérés_ comme les auteurs et moteurs de tout ce

mouvement de vie; et parce que cette période de vie, d'abondance et de

délices, ne durait que jusqu'à l'équinoxe d'automne, la création fut

dite ne durer que _six mois_, qui, par d'autres équivoques, ont été

appelés dans les diverses cosmogonies tantôt des _jours_, tantôt des

_mille_, etc.

Avec le progrès des connaissances, les astronomes physiciens ayant

considéré le _monde_ sous un point de vue plus vaste, des esprits

subtils raisonnèrent sur l'origine de tous les êtres visibles; et alors

naquirent ces systèmes plus ou moins extravagants qui de l'Inde et de la

Chaldée passèrent dans l'ancienne Grèce, et qui, commentés par

Pythagore, par Thalès, par Platon, par Zénon, par Aristote, ont donné

naissance à d'autres systèmes que l'on peut appeler des _délires_

organisés. Quant au mot _création_, pris dans ce sens de _produire_ de

rien, de _tirer_ du néant des substances solides et sensibles, il est

douteux que cette idée abstraite, due à l'exaltation des cerveaux

jeûneurs des pays chauds, ait été connue ou reçue par les anciens juifs;

ce qu'il y a de certain, c'est que le mot _bara_, traduit par (les

dieux) _créa_, ne comporte point ce sens, puisqu'on le trouve en

beaucoup d'occasions employé comme dans le sens de fabriquer, _former_:

nous en avons trois exemples dans le morceau cité, où il est dit que

Dieu créa l'homme à son image, qu'il _les créa_ mâle et femelle, etc. Le

_limon rouge_ dont l'homme fut formé existait; et la distinction du sexe

n'est qu'une disposition de la matière déja formée: il n'y eut donc

point là une _création_ dans le sens de _tirer du néant_, de produire

quelque chose avec rien.

Nous avons dit que les six mois de la création furent considérés sous

des rapports et sous des noms divers, selon les divers systèmes des

anciens astrologues. Leurs livres, chez les Perses et chez les

Étrusques, nous en offrent deux exemples d'une analogie sensible avec la

Genèse.

/#

«Un auteur toscan très-instruit, dit Suidas[134], a écrit que le

grand _Dêmi-ourgos_, ou architecte de l'univers, a employé 12,000

ans aux ouvrages qu'il a produits, et qu'il les a partagés en 12

temps distribués dans les 12 maisons du soleil (les 12 signes du

Zodiaque).»

#/

[Notez que ce grand architecte, ou son type originel, est le soleil, qui

dans toutes les premières théogonies, est le créateur, le régulateur du

monde supérieur et inférieur.]

/#

«Au premier mille, il fit le ciel et la terre.

Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome I · 第 4 / 8 章